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En prenant la décision d’exhumer le corps du général Francisco Franco, le socialiste Pedro Sanchez a rouvert les plaies d’un passé que l’on croyait enseveli avec le caudillo, il y a 43 ans.
En plein cœur de la Castille, au nord-ouest de Madrid, repose « l’abbaye de la Sainte-Croix de la vallée de ceux qui sont tombés ». Sa croix de 150 mètres de hauteur, installée au sommet de la montagne, surplombe la capitale du royaume. C’est ici que reposent, autour du général Franco, les figures marquantes ou anonymes, victimes des combats qui plongèrent l’Espagne dans la guerre civile. Voulu comme un lieu de réconciliation, le mausolée est aujourd’hui le théâtre de rassemblements des partisans du franquisme.
L’annonce de l’exhumation du Caudillo a aussitôt cristallisé les passions. Il n’est pas un jour sans que les médias espagnols n’en fassent un sujet de controverses. Le parti socialiste espère ressouder toute la gauche sur cette affaire qui encombre la droite. La guerre de mémoire, que se livrent les partis autour de la dépouille de l’ancien chef de l’État, est donc repartie de plus belle.
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Alors que le royaume est secoué par une tentative de sécession de la Catalogne, province qui a fait les frais de la répression franquiste au début de la guerre civile, l’affaire a également mis sous les feux des projecteurs, le prince Louis-Alphonse de Bourbon. L’aîné des capétiens est l’arrière-petit-fils du roi Alphonse XIII d’Espagne mais aussi du général Francisco Franco. À ce titre, il a pris la présidence d’honneur de la Fondation Franco en mars dernier. Le 15 juillet, la famille du duc d’Anjou assistait à la messe d’hommage organisée en l’honneur du général. Le descendant de Louis XIV a grandi dans le souvenir du généralissime, notamment grâce à sa grand-mère qui a toujours été à ses côtés, Carmen Franco y Polo, la fille du Caudillo, décédée en décembre 2017.
Cette guerre mémorielle, le prince Louis-Alphonse de Bourbon, entend la mener de front. Avec en toile de fond, le duché héréditaire de Franco créé par le roi Juan-Carlos et qui est aujourd’hui, l’apanage de Carmen Martínez-Bordiú y Franco. Celle qui est la mère de Louis-Alphonse a épousé en 1972, le prince Alphonse de Bourbon, un temps pressenti comme un possible successeur au général Franco. Finalement, le général choisit son cousin Juan-Carlos pour héritier. Ce dernier organisa la transition vers la démocratie sans toutefois renier le restaurateur de la monarchie.
« Le gouvernement espagnol actuel fait tout pour effacer son héritage. On abat des statues, on rebaptise des rues. » Louis-Alphonse de Bourbon
Louis-Alphonse de Bourbon, futur Grand d’Espagne, assume quant à lui pleinement l’héritage franquiste : « le gouvernement espagnol actuel fait tout pour effacer son héritage. On abat des statues, on rebaptise des rues, et c’est regrettable. Franco a créé la classe moyenne en Espagne, il a créé des forêts, des lacs et des routes, il a empêché que le pays n’entre dans la guerre et que le communisme s’installe. Évidemment il y a eu la guerre civile, mais il ne l’a pas voulue » déclare-t-il dès 2010. « Il est totalement immoral d’exhumer qui que ce soit » ajoute le Prince à la chaîne Télecinco cet été. L’histoire ne dit pas si Louis-Alphonse de Bourbon a eu, à ce moment précis de son entretien, une pensée pour tous les prisonniers mis aux travaux forcés et morts durant la construction de ce mausolée.
Légitimité
Au-delà de l’affront familial, Louis-Alphonse de Bourbon, entend aussi incarner la flamme catholique et traditionaliste exaltée par le régime de son arrière-grand-père, à l’ombre de « cette grande croix qui représente la réconciliation des deux Espagne ». Sur les réseaux sociaux, il accuse le gouvernement socialiste d’être dirigé par des « communistes, des séparatistes et des terroristes » : « Il n’y avait jusqu’ici qu’une seule Espagne fière de son avenir passé et remplie d’espoir. Mais de nouveaux ressentiments ont conduit à nouveau à réveiller de vieilles haines pourtant enfouies. L’histoire condamnera ceux qui tentent de désacraliser ce grand temple » regrette-t-il. Saluts romains à l’appui, les franquistes n’hésitent pas à lui apposer virtuellement une couronne royale sur la tête.
Rien d’étonnant car pour les médias espagnols, « les phalangistes le considèrent comme le véritable héritier d’un trône, puisque la seule monarchie qu’ils reconnaissent est celle de sa naissance et du mariage de ses parents ». Le duc d’Anjou se défend d’avoir des ambitions royales, de faire de la politique, de vouloir diviser ou même d’attaquer son cousin Philippe VI. Ce dernier est muré dans un silence qu’imposent son statut mais aussi les origines franquistes de la restauration monarchique. Il est partisan de « l’unité, la réconciliation et le respect de la mémoire des Espagnols » en dépit de ceux qui s’expriment publiquement dans les médias sur cette affaire.
Ils ont été rejoints dans leur combat par le Parti populaire (PP) qui a demandé à La gauche d’être « plus courageuse avec les dictateurs vivants et non pas ceux qui sont morts ».
Pourtant les chiffres semblent donner raison à Louis-Alphonse. Selon un récent sondage, ses concitoyens sont 54 % à s’opposer à cette exhumation contre 34 % en sa faveur. Appelé à l’aide, le Vatican ne semble pas aller dans le sens de la famille, puisque le secrétaire d’État, le cardinal Parolin, a exhorté les deux parties à trouver de « manière opportune » un terrain d’entente satisfaisant, tout en déclarant que le Saint-Siège « ne s’opposerait pas à l’exhumation des restes du Caudillo ».
Courageuse avec les morts
Une alternative a été proposée par la famille Franco, la cathédrale de l’Almudena, située au centre de Madrid où reposent ses grands-parents paternels. Une solution rejetée par le gouvernement qui craint que le lieu ne devienne le cadre de nouvelles manifestations franquistes au cœur de la capitale. Remettant en cause l’impartialité du sous-secrétaire à la Justice, qui leur a proposé le cimetière Mingorrubio à El Pardo, les descendants de Franco ont d’ores et déjà refusé la proposition de Manuel-Jesus Dolz Lago. Ils ont été rejoints dans leur combat par le Parti populaire (PP) qui a demandé à La gauche d’être « plus courageuse avec les dictateurs vivants et non pas ceux qui sont morts ». Un dernier recours a été proposé par une association franquiste, la basilique San Juan el Real à Oviedo, où la famille du général Franco dispose d’une niche. Une hypothèse incertaine puisqu’elle suppose une incinération à laquelle la famille est opposée.
Faute d’accord et une fois exhumé, le gouvernement pourrait lui-même prendre la décision de faire enterrer « dignement » le Caudillo, en janvier prochain, dans un endroit de son choix. « La seule alternative, si le gouvernement ne souhaite pas voir Franco à l’Almudena, est alors simplement de le laisser dans la Vallée des morts » rétorque l’avocat de la famille Franco qui estime que Pedro Sanchez n’est pas légitime pour déterrer le généralissime. [/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





