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Barcelone, une citadelle libertaire au cœur de l’Europe

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Publié le

11 décembre 2018

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Barcelone semble ne s’être jamais vraiment réveillée des années Movida. La belle catalane reste une cité libertaire, où une relative prospérité économique cimente une population mue par un art de vivre tout en décontraction jouisseuse. Alors que l’Espagne est au bord de la sécession, tiraillée par d’antiques ethno-nationalismes, que nous dit Barcelone de l’état présent de notre continent ?

 

La rue barcelonaise est bouillonnante, enfiévrée, perpétuellement en mouvement. Cette ville ne dort jamais. À quatre heures du matin, les ramblas sont presque aussi fréquentés qu’à dix-sept heures, et vous n’aurez aucun mal à trouver un taxi au débotté pour vous rendre dans un des innombrables établissements que compte la ville. Nocturne et festive jusqu’à l’excès, la deuxième ville d’Espagne est une vraie méditerranéenne, tournée vers la mer, qui ne manque pas d’atouts avec sa gastronomie moderne, appuyée sur des produits exceptionnels, comme avec son patrimoine architectural. De quoi attirer chaque année des millions de touristes, notamment des Anglo-saxons venus enterrer leur vie de garçon dans un pays beaucoup moins regardant sur l’illicite.

 

En plein centre-ville en tout début de soirée, des hommes se baladent ainsi avec des baluchons remplis de drogues dures, dans l’impunité la plus totale. Tout est fait pour que les touristes s’y sentent à leur aise, ce qui ne va pas sans agacer une partie des natifs de la ville, comme Alfonso, un chauffeur Uber gouailleur : « Barcelone est une capitale de la drogue, c’est le bordel permanent ! La mairie laisse les touristes faire n’importe quoi parce que ça fait vivre énormément de commerçants. »

Absorbés par leur lutte millénaire, les Catalans de Barcelone sont comme déconnectés des autres Européens et de leurs propres concitoyens de la péninsule.

Alfonso sera d’ailleurs l’une des rares personnes interrogées à tenir un discours critique sur l’immigration, en dépit de ses légères accointances avec le séparatisme catalan : « Vous avez des centaines de migrants subsahariens errant sur le Paseo de Gracia, ce qui constitue une véritable plaie pour les hôteliers de la vieille ville. L’État ne sait plus quoi faire. L’Espagne n’a pas de projet pour ces gens ! On les retient dans des centres qui ressemblent à des prisons, mais il n’y a pas de travail pour eux. Je crois que personne ne quitte son pays par plaisir, mais que Zapatero n’aurait pas dû les attirer. Maintenant on doit gérer une situation incontrôlable. Récemment, quinze jeunes ont agressé une femme puis tué son fiancé. Parmi eux, plusieurs étaient des sans-papiers musulmans ! Barcelone devient comme votre Marseille à cause de la permissivité d’Ada Colau [N.D.L.R. le maire Podemos de la ville]. La dernière fois, elle a distribué de l’eau aux vendeurs à la sauvette plutôt que de les faire mettre en prison ». Un avis partagé par les Mossos (police catalane) rencontrés, qui se sentent un peu abandonnés par la mairie.

 

D’ailleurs, notre homme, s’il reste sceptique quant à la personnalité de Manuel Valls qu’il juge très « arrogant et opportuniste », trouve plutôt séduisant son discours, semble-t-il beaucoup plus musclé que celui de ses contradicteurs espagnols. Car, oui, Manuel Valls passe pour un homme très à droite auprès du peuple barcelonais. Serveuse d’origine argentine venue travailler à Barcelone, Rachel a été gagnée à la cause du séparatisme catalan : « Pour moi, Manuel Valls, c’est l’extrême droite ! Comme le Partido Popular et Ciudadanos. Vox ? Ce sont des phalangistes habillés en jeunes de bonne famille. C’est un parti raciste et fasciste ».

 

Lire aussi : [EXCLUSIF] Santiago Abascal : « VOX est un parti d’extrême nécessité »

 

Quand on lui fait remarquer que le catalanisme est un nationalisme, Rachel ne voit pas de paradoxe : « Je suis pour le séparatisme catalan parce que l’Espagne est une construction réactionnaire au service du capitalisme. La Catalogne et Barcelone peuvent justement être un rempart contre des gens comme Abascal, qui gouvernent d’autres pays. Regardez Salvini en Italie ! Je parie que Vox finira aussi à accéder au pouvoir. Et ce jour-là, j’espère que la Catalogne sera un pays résistant à la montée de la vague brune en Europe ».

 

LA BELLE ANDALOUSE…

 

Peu aimée dans l’enceinte de la ville de Gaudi, la jeune formation droitière dirigée par Santiago Abascal est désormais connue de tous. Diabolisée, elle fait figure de repoussoir pour une population catalane de plus en plus acquise à l’indépendantisme, à l’agressivité dirigée contre le reste de l’Espagne, exception faite, peut-être, d’autres régions en quête d’autonomie et de formations de gauche moins unionistes dans le discours, à l’image de Podemos.

 

De fait, le catalanisme est vivace, réunissant en son sein des contraires. Quoi de commun entre la démocratie libérale de Puigdemont et les anarchistes-libertaires du CUP, si ce n’est une même défiance dirigée contre Madrid, sa monarchie, ses corridas et son « machisme » supposé ? L’impression est peut-être trompeuse, mais le cœur de Barcelone semble battre à un rythme commun : se dévoile face à nous une société très organique. Riches et pauvres se côtoient et vivent vraiment ensemble, les barrières sociales transcendées par la communauté de destin et du sang.

 

Lire aussi : Le retournement – brève analyse des résultats des élections andalouses

 

Un garagiste d’origine andalouse a su faire part de son malaise : « Les séparatistes nous préfèrent les étrangers et les maghrébins. Ils ont même du mal avec les sud-américains hispanophones qu’ils croient trop liés à la culture castillane ». En dépit de toutes ces particularités, Barcelone garde quelques éléments typiquement espagnols : amour de la vie d’extérieur, du jambon, et même, çà et là, quelques salles de concerts flamencos.

 

Des images d’Épinal un peu trompeuses à l’heure où la ville et sa région s’émancipent de plus en plus, cherchant par tous les moyens à se distinguer du reste du pays. Les fameux « classicos » opposant le FC Barcelone au Real de Madrid arborent des airs encore plus politiques, sortes d’échappatoires ludiques à une guerre qui aurait été inévitable en des temps plus barbares que le nôtre. « Nous ne voulons pas en arriver au conflit armé, mais c’est une possibilité qu’il ne faut plus éluder », confie ainsi une coquette commerçante quinquagénaire, répondant au prénom très typique de Maria-Concepcion. Presque surréaliste.

 

…AUSSI BELLE QUE JALOUSE

 

Absorbés par leur lutte millénaire, les Catalans de Barcelone sont comme déconnectés des autres Européens et de leurs propres concitoyens de la péninsule, en témoigne cet avis de Maria-Concepcion sur le problème islamique : « Le terrorisme islamiste n’est pas un vrai problème au jour le jour. C’est un souci. Mais je crois qu’il y a beaucoup plus grave ! Les femmes voilées ne me dérangent pas du tout. Je m’habille sexy, mais chacun fait ce qu’il veut après tout ».

 

De l’autre côté des Pyrénées, on veut avant tout lever son drapeau catalan sans demander l’autorisation au vieil ennemi madrilène. Profondément identitaires et ethno-nationalistes, les tenants du catalanisme se parent pourtant parfois des atours de citoyens du monde tolérants et progressistes, prêts à accueillir des « migrants » par milliers, pourvu qu’ils parlent leur langue et s’assimilent intégralement. Du moins en façade…

 

Lire aussi : L’édito Monde de Hadrien Dessuin : La droite espagnole à la reconquête

 

Se fait jour un vrai peuple de gauche formé et engagé, réunissant des ouvriers et des universitaires, ayant encore à l’esprit la mémoire des évènements de 1936. Si l’opinion barcelonaise est plus diverse qu’elle ne veut bien le montrer, les quartiers populaires étant probablement bien plus proches des idées de la France qui vote Le Pen que de la France qui vote Emmanuel Macron, ces opinons n’ont pour l’heure que peu de débouchés électoraux, hors parmi les Barcelonais issus de la diaspora castillano-andalouse. Épicentre des enjeux européens du siècle – terrorisme islamiste, immigration, économie parallèle et casse sociale en tête – la fière ville portuaire n’est pas prête de rejoindre le mouvement « populiste » occidental, privilégiant un régionalisme chauvin à tendance libertaire, confinant presque à l’égoïsme. Pour combien de temps ?

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