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Inéligibilité de Marine Le Pen : le député RN Hervé de Lépinau dénonce une « chasse aux opposants »

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Publié le

31 mars 2025

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Hervé de Lépinau dénonce une instrumentalisation de la justice visant à écarter Marine Le Pen par des moyens procéduraux discutables. L’avocat et député RN fustige un « climat de chasse aux opposants » et accuse le Parquet national financier de s’être mué en « club de chasseurs de gros gibiers ».
© Hervé de Lépinau

Comment avez-vous accueilli cette décision, en tant qu’avocat et en tant que député Rassemblement national ?

L’avocat est stupéfait de constater à quel point le droit a été détourné pour permettre une exécution provisoire. Pourtant, cette procédure est strictement encadrée par la loi, qui en fixe les conditions : elle ne peut être prononcée que s’il existe un risque de trouble à l’ordre public, de pression sur les témoins, ou de récidive de l’infraction. Or, Marine Le Pen n’est pas une délinquante. Il est donc difficile de justifier un quelconque risque sur les témoins ou de récidive, d’autant plus qu’elle n’est plus présidente de parti ni députée européenne. En réalité, c’est cette exécution provisoire elle-même qui génère un trouble à l’ordre public, et non l’inverse.

Dans ce type d’affaire, il n’est pas possible de saisir une juridiction en urgence pour demander la suspension de l’exécution provisoire. En matière civile, cela serait envisageable devant le premier président de la cour d’appel, mais pas en matière pénale. C’est là une faille du droit. Et sur le plan politique, cela commence à faire beaucoup.

Lire aussi : Et si Marine Le Pen était écartée en 2027 ? Le spectre de l’inéligibilité et le procès d’un système

En Roumanie, le candidat favori vient d’être déclaré inéligible par la Cour constitutionnelle. En Allemagne, l’AfD est dans le viseur de la justice. À l’échelle européenne, certains veulent même retirer le droit de vote de la Hongrie. Tout cela donne l’impression d’une volonté, de la part d’une oligarchie, de conserver le pouvoir à tout prix. On est face à une dérive grave du point de vue démocratique. Et il n’est pas question de s’en satisfaire.

Le Parquet national financier est né sous le mandat de François Hollande même si l’affaire a été jugée par le tribunal correctionnel. Avons-nous installé un climat de censure dont les responsables politiques de droite seraient les cibles privilégiées ?

Madame Bénédicte de Pertuis, présidente de la formation correctionnelle, a été magistrate au Parquet national financier (PNF). Or, ce PNF donne l’impression d’un club de chasseurs de gros gibiers, où certains juges se félicitent d’avoir fait tomber tel ou tel responsable politique. Il faudra un jour se pencher sérieusement sur le fonctionnement du PNF, devenu une juridiction d’exception. On ne peut ignorer la volonté manifeste d’écarter les candidats de droite pour laisser la voie libre au candidat du système. C’est ce que j’appelais tout à l’heure une logique oligarchique.

Marine Le Pen s’était positionnée en faveur de la loi Sapin II allant jusqu’à réclamer l’inéligibilité à vie dans le cadre de l’exercice d’un mandat. N’est-ce pas l’arroseur arrosé ?

Marine Le Pen, contrairement à ce que certains laissent entendre, n’est pas responsable de la loi qui a rendu cela possible. Elle n’était pas députée au moment de son adoption. Ce texte, comme tant d’autres, a été voté sans prendre en compte les effets de bords. Aujourd’hui, elle en paie les conséquences : elle est frappée d’inéligibilité avec exécution provisoire, sans recours possible en urgence. Les législateurs portent une part de responsabilité dans cette faille que la justice a su exploiter.

Craignez-vous que l’électorat RN ne glisse pas vers l’abstention tant la défiance envers les responsables politiques s’accentue ? Ou cette défiance est-elle catalysé par la justice ?

Cette situation pourrait bien se retourner contre ses auteurs. Aux États-Unis, plus les attaques contre Donald Trump se sont multipliées, plus sa base électorale s’est solidifiée. Une dynamique similaire pourrait émerger en France. Quand la justice devient excessive, ses décisions perdent leur légitimité. C’est précisément le cas ici. Le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 28 mars, a rappelé qu’un juge peut refuser l’exécution provisoire s’il la juge disproportionnée. Or, nous sommes face à une disproportion manifeste. Il ne faut donc pas s’étonner de la colère populaire : les juges rendent justice au nom du peuple français, et ce peuple commence sérieusement à s’agacer.

Lire aussi : Gilbert Collard : “Ce n’est pas un hasard si l’affaire Fillon est tombée entre les mains des juges les plus hargneux”

Il faut penser l’après, Marine Le Pen a fait savoir par son conseil qu’elle interjette appel. Le chemin juridique qui lui permettrait de se présenter en 2027 semble étroit.

Je ne suis pas devin, mais si je croise Gérald Darmanin, je lui rappellerai qu’il a toujours autorité sur les parquets. Il peut donc demander au parquet général de la cour d’appel de Paris d’accélérer l’audiencement du procès en appel de Marine Le Pen. C’est tout à fait possible.

Sur le plan purement politique, quelle est la stratégie de votre famille politique ? Le plan Bardella ?

Il ne faut pas céder à la précipitation. Nous vivons une période de grande instabilité politique et institutionnelle. Gardons la tête froide et le calme des vieilles troupes. Ce qui compte, c’est de prendre, le moment venu, des mesures concrètes pour mettre à l’épreuve la sincérité de ceux qui se sont indignés de cette décision. Car bien souvent, après de grandes déclarations, plus personne ne se manifeste quand il s’agit d’agir. Il faudra rapidement déposer une proposition de loi pour créer une voie de recours spécifique à l’exécution provisoire. C’est cette faille procédurale qui nous a conduits à une telle aberration.

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