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Marius : ecce commando

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Publié le

22 mai 2018

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MARIUS © Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

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L’armée française a toujours offert une deuxième chance à ceux que la société abandonne ou désavoue. Le Commando Marine Marius, ancien voyou devenu héros, en est le parfait exemple.

 

Ilot Saint-Michel, Bretagne, 1985. Le stage commando 59 touche à sa fin. Alain Alivon peut être fier: il est « pistard », c’est-à-dire provisoirement premier du stage. Le « coxage » vient de se terminer. Cette épreuve redoutable et confidentielle est destinée à entraîner les commandos à ne pas parler lorsqu’ils sont otages. Un enfer. Mais il n’a rien lâché. Pour la première fois depuis plusieurs jours, sa cagoule est arrachée, mais il est aussitôt rendu aveugle par la lampe d’un instructeur, qui lui annonce que « dans chaque salle de ce parcours il y a une issue pour sortir ». Alain pénètre dans le bunker. Dans la première pièce, il trouve à tâtons une trappe qui donne sur une buse de béton. Il s’y engage et après quelques dizaines de mètres, la galerie se divise en deux. Un des deux boyaux est sec et ouvert, l’autre obstrué de parpaings et immergé. Alain fait un choix. Quelques instants plus tard, le ciel breton ne lui a jamais paru si scintillant. « Bienvenue au monde, c’est ta deuxième naissance ! » Marius est né. Il est perclus de courbatures, ses poignets sont brûlés par les liens, ses jambes et ses bras sont couverts de bleus, mais il est submergé de bonheur.  

Le surnom de « Marius » lui a été attribué pour son origine marseillaise, par un instructeur commando qui connaissait son Pagnol. Né à Marseille en 1965, placé à l’assistance publique, l’adolescent perd ses repères et se compromet petit à petit dans le banditisme. Un jour, alors qu’il est en garde à vue, il démolit malgré ses menottes le visage d’un policier qui l’avait frappé au visage. Un inspecteur de police lui donnera alors cet avertissement décisif : « Je ne vois que deux issues à votre vie si vous continuez à fréquenter vos amis et votre quartier : la prison ou la mort. Mais il doit y avoir un moyen de vous en sortir. » Il lui suggère de devancer son service militaire. Le souvenir d’un vieux sac de marin ayant appartenu à son père lui fait opter pour la marine. C’est parti pour l’école des fusiliers marins à Lorient. Puis pour le stage commando.

« Je ne connais que deux médicaments : Motivex et Moraline. » Marius

Dans son autobiographie, Parcours commando (2013), il évoque, sans trop s’attarder, le Liban, Djibouti, la Côte d’Ivoire et quelques autres. Ses mots sont parfois maladroits mais toujours justes. Hélie de Saint Marc écrivait que les militaires de carrière sont de grands sentimentaux. Une vérité palpable chez Marius lorsqu’il évoque avec pudeur sa quête de verticalité et de transcendance. Marius deviendra célèbre à la diffusion d’un documentaire d’Envoyé spécial sur France 2 en 2005. Il est alors instructeur commando. Une notoriété soudaine, tardive et inattendue pour un professionnel de la discrétion. Ses expressions maisons entre autres, auront fait mouche auprès du public : « Je ne connais que deux médicaments : Motivex et Moraline »; « Quand on a 20 ans, on crache le tonnerre par devant et on pète des éclairs par derrière »; « Si tu lâches, c’est la chute; si tu chutes, c’est la tombe ! »

 

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En 2006, Marius quitte la Marine. Direction Marseille pour prendre la direction de la sûreté du port. Toujours en réserve opérationnelle, il effectue de temps en temps des missions. Le réalisateur d’Envoyé spécial lui propose de participer au film Forces spéciales en 2010, en qualité de conseiller technique et d’acteur. Sa carrière à l’écran se poursuit avec l’émission Garde à vous produite par M6 en 2016, où il dirigeait en téléréalité un service militaire à l’ancienne. De quoi en perdre son authenticité ? « Non, je ne joue jamais. Et si la production n’est pas contente je me barre. La liberté c’est le choix, et le choix c’est l’autonomie. »

Marius organise désormais des stages où il dispense aux civils les valeurs qui lui importent : « Le goût de l’effort, la cohésion sociale. » Celui qui a entraîné des bêtes physiques à Lorient s’est mis au service de plus modestes. Les fonds récoltés dans ces stages sont reversés à des associations œuvrant pour le bien commun. Une manière de restituer ce qui lui a été donné.

 

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