Skip to content

Régis Le Sommier : embedded

Par

Publié le

15 octobre 2020

Partage

Lorsque nous nous entretenons dans les locaux de Paris Match, il rentre tout juste d’Afghanistan. Régis Le Sommier y réalisait un reportage sur une jeune fille nommée Qamar Gul, devenue une icône pour avoir abattu, seule avec sa kalachnikov, les assassins islamistes de ses parents. Au programme du voyage, une rencontre inédite avec les Talibans, avant de repartir pour la Libye du maréchal Haftar. Régis Le Sommier ne craint pas le danger physique. Peut-être un héritage de son père, officier sous-marinier, qui lui a donné le sens du sang-froid.

C’est peu dire que le directeur adjoint de Paris Match ne manque pas de culot. D’ailleurs c’est crânement qu’il pousse les portes du magazine à la fin des années 80 pour demander un stage (rituel de passage obligatoire pour tout bon jeune journaliste qui se respecte). À force de travail il devient pigiste, et découvre peu à peu le monde très fermé des grands reporters. Les seigneurs de la profession. « Je voyais des mecs revenir de Tchétchénie ou des Balkans avec des histoires fabuleuses ! » raconte-t-il, des étoiles dans les yeux. Alors il se lance. Après quelques années à couvrir des faits divers qui sentaient bon la fin de l’histoire fukuyamienne, le tragique fait son retour et lance le XXIe siècle d’une manière aussi spectaculaire qu’inattendue, excepté pour les lecteurs de Tom Clancy. « Je suis un enfant du 11 septembre », se définit-il. Ce tremblement de terre connaît ensuite plusieurs répliques : Régis Le Sommier suit la trace sanglante des islamistes jusqu’à Bali en 2002, ou Casablanca en 2003.

Il finit par être envoyé comme correspondant permanent aux États-Unis, pendant six ans, de 2003 à 2009. « Ce furent des années magnifiques », se souvient-il, un brin nostalgique. « L’Amérique de Trump, je l’ai vue venir après m’être trompé, comme tout le monde, sur la réélection de Georges W. Bush face à John Kerry, que je voyais gagnant », se remémore-t-il. Cette élection a été pour lui un premier signal d’alerte sur le fait que l’horloge politique américaine, jusqu’alors parfaitement régulière, commençait lentement et imperceptiblement à se dérégler. Il part donc à la rencontre de cette Amérique périphérique, si différente de la côte Est, et si éloignée des lumières trompeuses de la prospère Californie.

S’il y a bien une chose que Régis Le Sommier, au cours de sa longue carrière, a soutenue et servie, c’est la recherche de la vérité, par l’information et le terrain

C’est à ce moment qu’il parvient à décrocher un entretien avec le candidat démocrate Barack Obama, qui sera élu 44e président des États-Unis. Derrière le sourire inclusif et radieux de ce président marketé comme le dernier iPhone, Régis Le Sommier découvre une autre face des États-Unis: le Home Front, le retour des GI d’Irak ou d’Afghanistan, soit vivants, mais souvent détruits intérieurement par des syndromes post-traumatiques ; soit, hélas, entre quatre planches. Désireux de comprendre de plus près ce qui motive des boys du Kentucky ou de l’Ohio à partir combattre les Talibans dans le Wardak, ou Al Qaeda à Fallujah, Le Sommier décide de se joindre à eux, tout simplement.

Il devient donc reporter de guerre. Et en 2009, directeur adjoint de Paris Match. L’année précédente, il tente de décrocher un entretien avec le président syrien Bachar al-Assad, alors reçu en grande pompe à Paris, sans succès. Il faut néanmoins plus d’un échec pour le décourager. Le début de la guerre en Syrie, en mars 2011, va lui permettre d’approcher de très près le pouvoir syrien. Il est frappé par la dichotomie entre les faits rapportés par la presse occidentale et la réalité du terrain.

Lire aussi : Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé

Il comprend que les soi-disant « rebelles modérés » ne tarderont pas à dévoiler leur vrai visage à la Syrie et au monde, celui du terrorisme islamique, du sunnisme le plus radical et violent. Si Régis Le Sommier est alors, parce qu’il fait le choix de couvrir les deux côtés de la Syrie, accusé de complaisance envers le pouvoir baasiste, il s’en défend vigoureusement : « Ma démarche n’est pas idéologique, elle est explicative ! Je ne fais que raconter ce que je vois ». À plusieurs reprises, il rencontre et interviewe le président syrien. Il tire de ces entretiens un livre, Assad, qui fera grand bruit lors de sa parution en 2018. Malgré les accusations du landerneau néoconservateur français, Le Sommier n’hésite pas à couvrir l’évacuation de la Ghouta, banlieue sunnite de Damas occupée par la rébellion islamiste, dont les combattants sont, en mars 2018, évacués vers la poche d’Idleb, tenue encore à l’heure actuelle par Al-Qaeda. Il réussit à approcher les islamistes, et est le témoin d’une scène surréaliste qui voit soldats de l’Armée arabe syrienne et djihadistes discuter de leur quartier avant la guerre, alors que quelques heures plus tôt, tout ce petit monde se tirait allègrement dessus.

S’il y a bien une chose que Régis Le Sommier, au cours de sa longue carrière, a soutenue et servie, c’est la recherche de la vérité, par l’information et le terrain. La base du journalisme, somme toute. Certains confrères seraient fort avisés de s’en souvenir. Et de l’imiter.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest