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Écriture inclusive : les débuts d’une contre-attaque ?

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Publié le

2 mars 2021

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Après des années de laxisme sur la question de l’écriture inclusive, une réaction semble enfin s’amorcer parmi la classe politique française. De quoi enrayer le phénomène ?
Paris

Elle a d’abord été l’invention de quelques marginaux dans les milieux associatifs et universitaires militants, précurseurs en cela de la cancel culture. Raillée par la majorité silencieuse, qui n’a pas cru à la force politique du phénomène, elle s’est ensuite généralisée à quelques cercles d’initiés de plus en plus visibles. Depuis, l’écriture inclusive, dite aussi langage épicène, s’est étendue progressivement mais sûrement dans l’administration et dans les hautes écoles françaises, au point de prendre la place du français dans les communications officielles.

Certes, une circulaire du 21 novembre 2017 a interdit son utilisation dans les textes réglementaires. Gardienne de la langue, l’Académie française avait dénoncé en 2017 tout à la fois la complexité et l’illisibilité, les menaces pour l’apprentissage des jeunes et pour les promesses de la francophonie. Les immortels n’avaient pas hésité à parler de « péril mortel » pour la langue française « dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures ».

Les maires de gauche imposent l’écriture inclusive

Des recommandations qui ne freinent pourtant pas les élus de gauche progressiste, loin s’en faut. Ainsi, sur le site de la mairie de Paris et à la demande du maire Anne Hidalgo, les fonctions sont rédigées en écriture inclusive. La municipalité Les Verts de Lyon a décidé d’aller encore plus loin : toutes ses communications sont en écriture inclusive. Le maire socialiste de Périgueux Delphine Labails a même fait rédiger le règlement de sa mairie en écriture inclusive, décision que l’opposant Patrice Reboul (PRG) a attaqué devant le tribunal administratif au motif de l’article 2 de la Constitution : « La langue de la République est le français ».

Il était précisé en en-tête de la copie que l’écriture inclusive « est encouragée » mais que « son non-usage ne sera pas pénalisé, les étudiant.e.s étrangers.ères pouvant avoir davantage de difficultés à la mettre en œuvre »

Associations et écoles s’adonnent aussi pleinement à cette dernière lubie idéologique. Dans de nombreux Instituts d’études politiques, les communications internes sont en écriture inclusive. Certains professeurs vont encore plus loin : fin février, des étudiants de Sciences Po révélaient avoir été poussés à utiliser l’écriture inclusive lors d’un partiel de sociologie. D’après Le Figaro étudiants, il s’agirait du cours de deuxième année « Les grandes questions de sociologie : au prisme du genre », dont le site de l’école indique qu’il est donné par Emmanuel Beaubatie. En 2017, le sociologue a soutenu une thèse sur les « Transfuges de sexe. Genre, santé et sexualité dans les parcours d’hommes et de femmes trans’ en France », thèse qui a été récompensée en 2018 par l’Institut du genre et qui a été co-lauréate de prix de la thèse par le Défenseur des droits. Rebaptisée Transfuges de sexe. Passer les frontières du genre, cette thèse sera d’ailleurs publiée cette année aux éditions La Découverte. Sur le site de Sciences Po, le descriptif du cours – qui invite à « chausser les lunettes du genre » – est rédigé en écriture inclusive.

A Science Po, des points bonus pour ceux qui utilisent l’écriture inclusive

L’enseignant aurait, selon certains élèves, mentionné de pénalités pour les élèves n’utilisant pas l’écriture inclusive lors du partiel. L’affaire serait alors remontée jusqu’au directeur du campus parisien, et l’enseignant aurait alors choisi de valoriser les élèves l’utilisant. Ainsi, il était précisé en en-tête de la copie que l’écriture inclusive « est encouragée » mais que « son non-usage ne sera pas pénalisé, les étudiant.e.s étrangers.ères pouvant avoir davantage de difficultés à la mettre en œuvre ». Surtout, « un demi-point bonus sera attribué à celles et ceux qui tenteront de l’utiliser ». L’énoncé décrivait ensuite le mode d’emploi de l’écriture inclusive et de son trop célèbre point médian.

Lire aussi : Cancel culture : effacer l’historique

Scandale de trop pour la classe politique, qui décide de réagir. Le 23 février, à l’initiative de François Jolivet (LREM), une centaine de députés, d’Aurore Bergé (LR) à Julien Aubert (LR), ont déposé une proposition de loi qui se donne pour « objectif d’interdire dans les documents administratifs (rapports, études, comptes rendus, procès?verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, avis, décisions, courriers électroniques envoyés aux usagers, publications officielles sur internet…) l’usage de l’écriture dite inclusive. » Dans les faits, il s’agit d’étendre la circulaire de 2017 à toutes les administrations, tout en lui conférant un statut de loi. Les rédacteurs du texte dénonce le militantisme des partisans de l’écriture inclusive, qui « usent de tous les moyens pour imposer à la société leur vision très personnelle et en rien majoritaire. » L’exposé des motifs rappelle que la langue française est « le liant qui permet au peuple de communiquer à l’oral et à l’écrit » et « un facteur d’intégration, d’appartenance et de rayonnement de la culture française ». Et pour cause : pays culturel par essence contrairement à l’Allemagne – d’où la querelle politique entre Renan et Herder, l’identité française vit par ses véhicules culturels, qu’ont été historiquement l’Église, le Roi et la langue. Nul doute que le déboulonnage des normes est la conclusion logique de la déconstruction identitaire qui a précédé.

Valérie Pécresse l’a supprimé en Île-de-France

Invitée sur la question par le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ce dimanche 28 février, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse s’est félicitée d’avoir été encore plus loin que ladite proposition : « J’ai fait même pire, j’ai supprimé l’écriture inclusive à la région Île-de-France, parce que mon prédécesseur avait instauré l’écriture inclusive obligatoire sur tous les documents de la région. […] L’écriture inclusive rend plus difficile l’acquisition du français pour beaucoup de jeunes. »

Quand bien même elle est portée par un membre de la majorité, la proposition de loi est loin d’être votée. Le gouvernement semble en effet peu enclin à légiférer sur la question, et a adopté pour élément de langage la priorité donnée à d’autres problématiques. Pour le porte-parole Gabriel Attal, le gouvernement doit « se consacrer aux priorités de notre pays » que sont la crise sanitaire et économique, et le séparatisme. Un argument dont le cynisme interroge : le gouvernement n’a-t-il pas, en pleine crise sanitaire, mis le projet de loi bioéthique sur la table ? Les amoureux de la langue française n’en sont pas moins prévenus : l’inaction et le dédain ne sont pas des digues suffisantes.

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