Pourquoi « les catholiques, c’est pas automatique » ?
C’est une boutade empruntée à une campagne de communication contre l’usage excessif d’antibiotiques, justifiée par le fait que je m’intéresse à un sujet d’ordre médical, la pandémie, et ce qu’elle a pu changer d’un point de vue spirituel. C’est une tentative de faire un lien entre la foi, la place des catholiques dans la société et la pandémie comme expérience spirituelle, puisque si tout le monde a un avis sur les réponses techniques, une seule chose est laissée de côté : ce que cette pandémie peut changer sur le plan culturel et, de là, civilisationnel. Les églises ont été fermées durant le confinement, parce que la foi n’est pas considérée comme un bien de première nécessité. En cela on voit qu’être catholique n’est plus automatique dans une société complètement sécularisée. Un ministre de l’Intérieur a pu affirmer au sujet de la foi que « s’il s’agissait de prier on pouvait très bien faire ça chez soi ». Bref, on voit que comprendre ce qu’est la foi n’est plus automatique ni pour les pouvoirs publics, ni pour la société en général, ni pour les catholiques eux-mêmes qui ont été à la fois très engagés dans le service à la personne (distribution de repas) et relativement peu dans l’interprétation des événements.
Vous vous inscrivez dans le sillage de Vatican II qui dit que l’Église doit distinguer les signes des temps.
Depuis quelques années on observe une succession d’événements traumatiques (Notre-Dame, Arnaud Beltrame, le père Hamel), lors de moments clés d’ailleurs, comme la Semaine sainte : ce sont des chocs mais d’un point de vue chrétien ce sont surtout des invitations à la conversion.
Un ministre de l’Intérieur a pu affirmer au sujet de la foi que « s’il s’agissait de prier on pouvait très bien faire ça chez soi »
Si Jésus s’énerve quand on lui demande des signes et qu’il répond qu’il n’y en aura pas d’autres que celui de Jonas, c’est qu’il comprend bien que ses interlocuteurs demandent du grand spectacle et n’ont pas l’intention de se convertir.
Les catholiques ont déserté leurs églises même lorsqu’elles ont rouvert : que pensez-vous de cette relation à l’eucharistie qui apparaît soudain comme superficielle ?
Je suis catholique pratiquant, très attaché à l’eucharistie, j’ai besoin de me rendre à la messe le dimanche, j’ai vécu cette privation du sacrement comme quelque chose d’intense, et me suis précipité lors de la réouverture : je m’attendais à ce que les églises soient pleines, or il s’est avéré que beaucoup de gens ont purement et simplement disparu de la circulation. Le modèle sur lequel l’Église est orientée depuis le concile de Trente, celui de la communion pour tous par opposition au protestantisme, arrive à une forme d’épuisement. La question posée est celle de l ’Église « attestataire » : la succession des derniers évènements est une invitation urgente à un christianisme missionnaire.
N’est-on pas dans une situation où beaucoup de catholiques auraient une forme de lâche soulagement, à dire : « enfin minoritaires » ?
L’époque étant à la culture victimaire, on est satisfait de réclamer le droit de se plaindre et d ’être victime comme tout le monde. C ’est peut-être la maladie de l ’époque et les catholiques échappent rarement aux maladies de leur époque. Pour ma part, je ne pense pas que les catholiques soient meilleurs quand ils sont moins nombreux. Dire cela est gonflé quand on connaît l ’élan missionnaire extraordinaire du XIXe siècle.
Lire aussi : Catholiques, enfin minoritaires !
Je ne pense pas qu ’à l’époque de Thérèse de Lisieux, on ait vraiment eu un christianisme de mauvaise qualité. Je récuse complètement ce te lecture-là. Je suis le premier à être déstabilisé quand je vois que la religion chrétienne devient une langue étrangère pour beaucoup de monde et en particulier pour les élites culturelles, mais je crois qu ’il y a une vraie tentation de s ’enfermer là-dedans.
Vous comparez notre temps à celui de la destruction du temple et dites : « Dieu est sorti, il faut le suivre ». Mais où le suivre et comment ?
Les changements de civilisation entraînent immanquablement des changements cultuels définitifs. Lors de la destruction du temple, tout le contexte judéo-chrétien change ; lors des guerres de religion, le catholicisme change et devient celui du concile de Trente et de la Contre-Réforme. La question posée aux catholiques aujourd’hui est finalement simple : « êtes-vous capables de dire “je crois” ? » Parfois nous avons juste peur de notre ombre, alors que dans une époque où plus personne ne sait à quoi se raccrocher, le fait de dire « je crois » ne devrait pas être compliqué.

Éd. du Cerf, 184 p., 15 €





