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Arachnofolies : entretien avec Mauro Durante

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Publié le

17 septembre 2021

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Mauro Durante dirige depuis 2007 l’ensemble époustouflant du Canzionere Grecanico Salentino dédié aux danses et musiques traditionnelles du sud de l’Italie, pizzica et tarentelle. Ce violoniste et tambouriniste émérite de la région des Pouilles avait déjà contribué au rayonnement de ces traditions. Une réussite de plus à son palmarès, Meridiana est un album mélodique mais toujours aussi explosif, et qu’agrémentent les nappes électroniques de Giacomo Greco. Mauro Durante nous offre ses propos optimistes autour de la sortie d’un disque qui sera doublé d’une expérience immersive et visuelle en ligne.
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Groupe, chorale, polyphonie, comment vous définiriez-vous ?

Peut-être qu’il s’agit avant tout de musique, d’une musique parfaite pour danser. Et puis surtout il s’agit de notre propre compréhension du genre pizzica. Rythmes, danses, et voix ! Voilà ce que nous sommes.

Pouvez-vous décrire la tarentelle et la pizzica ?

Il existait chez nous dans le Sud, depuis les temps les plus reculés, un phénomène de possession et de transe très renommé : le tarentisme. C’était un vestige païen, voire dionysiaque, relié à l’antiquité grecque classique par le mythe d’Arachné. Il n’a cessé d’être pratiqué même après son interdiction par l’Église. Cette forme d’état second possédant à la fois une dimension psychologique et une dimension sociale provenait de la conviction que la morsure de la tarentule lycosa rendait très malade, fou et impuissant. Le seul moyen de guérir était alors de danser pendant des heures, des jours et des nuits, aux rythmes et mélodies de la pizzica tarantata afin d’expulser le venin et d’exorciser le démon. On utilisait littéralement le pouvoir de guérison de la musique et de la danse.

Si le tarentisme a disparu aujourd’hui, la pizzica elle, fait toujours l’objet d’études importantes. Quel est l’aspect contemporain de ce fort symbole de fierté et de rédemption en Italie ?

Oui, le tarentisme est mort, mais il peut revêtir d’autres formes puisqu’il y a de nouveaux démons à exorciser. Et puis c’est un patrimoine très ancien, ultra-codifié avec des attitudes et des personnages ritualisés révélateurs du monde agricole. Une partie du langage corporel et musical émane de cette ancienne affiliation mais nous nous le sommes réapproprié. Pour nous, il est primordial que l’acte créatif parte de la recherche sur le terrain. Pour être original, il faut nécessairement connaître l’origine !

Meridiana est consacré au thème du temps. La musique peut être finalement un moyen d’échapper à ses règles

Qu’est-ce qui explique ce renouveau des danses traditionnelles ?

Les gens veulent à la fois être identifiés de façon unique et ne pas oublier leurs racines, tout cela dans un monde de globalisation ! Cela s’explique aussi assurément par l’envoûtement que produit une danse cathartique si puissante. La pizzica, c’est une importante et longue histoire de connexion à soi, aux autres, à la famille, à l’histoire, aux ancêtres, au lignage… Puis, osons le dire : c’est magique ! Enfin, le gouvernement régional investit énormément pour la préservation et la présentation du patrimoine culturel de nos traditions.

Lu Sittaturu, Orfeo sont deux petits bijoux où le son électro et la tradition s’épousent merveilleusement…

Orfeo possède de multiples niveaux d’interprétation. Le plus évident est l’évocation du mythe. La musique d’Orphée avait le pouvoir de changer le monde, jusqu’à influer sur le cours du temps lui-même. Il a convaincu le dieu des enfers de lui rendre sa bien-aimée Eurydice. On y aborde le thème de la mort dans son aspect inéluctable, mais il est aussi question de la persistance dans nos vies d’un être aimé, même après son départ. Musique et magie, vie et mort, amour et douleur, c’est cela Orfeo. Meridiana est aussi consacré au thème du temps. La musique peut être finalement un moyen d’échapper à ses règles.

Avez-vous trouvé quelque chose de spécifique durant cette période étrange ?

Pour un groupe nombreux habitué à se réunir pour créer, cette phase d’isolement s’est révélée difficile et nous avons mesuré à quel point les moments passés ensemble étaient productifs.

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Quelle est la particularité de Meridiana ?

Je l’ai coproduit avec Justin Adams, guitariste et producteur britannique, collaborateur de longue date de Robert Plant (Led Zeppelin). Durant l’écriture et les enregistrements, il a surveillé constamment la vision d’ensemble qui lui importait bien davantage que les détails. C’est un sacré superviseur du son, des arrangements et de la direction artistique ! Comme nous étions privés de scène, le but a été d’élaborer un enregistrement au plus proche de nos concerts afin de restituer l’énergie sauvage que nous dégageons sur scène. C’était donc un peu moins centré sur la structure des chansons et plus loyal à l’esprit du groupe, et j’ai aimé cette approche plus directe.

Ce sont vos parents, Daniele et Rina, qui ont fondé ce projet en 1975…

Ils étaient très jeunes à l’époque et avaient un rêve d’avenir pour la pizzica : en faire une musique et une danse de culture rayonnant à l’international. Mon père, qui est mort il y a à peine deux mois, était très fier du travail que nous partagions ! C’est maintenant mon héritage et je suis fier de le pérenniser. J’ai grandi, mangé et rêvé Canzionere Grecanico Salentino. À 14 ans, je jouais du violon et du grand tambourin. Mon père m’a laissé la direction de l’orchestre après quelques années, en 2007.

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Comment recrutez-vous vos musiciens ?

Les artistes qui m’entourent sont souvent les mêmes : humblement, j’ai les meilleurs danseurs, chanteurs et musiciens dans le domaine ! Alessia Tondo au chant et percussions a rejoint le groupe depuis six ans, et c’est un choix dont je me félicite chaque jour. C’est une belle âme à l’écriture intelligente, avec une sensibilité et des dons rares. Giulio Bianco, aux différentes flûtes, à la clarinette, harmonica et au zampogna (cornemuse italienne) affiche un talent infini. Emanuele Licci est notre âme grecque en guitare et notre pont vocal vers la musique méditerranéenne. Massimiliano Morabito, à l’accordéon diatonique, est expert des musiques traditionnelles et c’est un grand chercheur. Giancarlo Paglialunga, est sauvage et passionné, il frappe tamburello et bendir de façon puissante. La texture de sa voix est antique et moderne en même temps. Silvia Perrone incarne notre musique en mouvement, elle nous rassemble tous dans un corps unique et pizzica ne pourrait pas être pizzica sans la danse ! Quant à Francesco Aiello, notre ingénieur du son, il n’est pas sur scène mais il est vraiment le huitième élément du groupe.

Et votre rôle à vous ?

Je tiens la barre du navire, et je sens que je dois rester au contrôle au gré des tempêtes ou des accalmies. Un groupe est une entité vivante et nous n’arrêtons jamais d’expérimenter et d’explorer.

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