Avant que ne soit commémoré en octobre le centenaire de la naissance de Georges Brassens, prenons les devants et gâchons d’emblée la fête : le moustachu égrillard de la chanson franchouille n’est le monument de rien si ce n’est de la beauferie autorisée parce qu’il commit trois rimes riches et, non, il ne fut pas plus un poète véritable qu’un anticonformiste. Sur le premier point, il eut du moins la décence de l’admettre et c’est bien le seul trait d’intelligence qu’on lui reconnaîtra ici. En effet, lorsque l’Académie française lui décerna le Grand Prix de poésie en 1967, Brassens, dans un éclair de lucidité, commenta : « Je ne pense pas être un poète… Un poète, ça vole quand même un peu plus haut que moi. » C’est le moins qu’on puisse dire.
Complètement au ras du sol, de Margot dépoitraillée au gorille à grosse bite, l’érotisme bas-de-gamme de Brassens se résume à une complicité salace de foule en manque
Régressif et graveleux
Complètement au ras du sol, de Margot dépoitraillée au gorille à grosse bite, l’érotisme bas-de-gamme de Brassens se résume à une complicité salace de foule en manque, au clin d’œil lubrique, aux jouissances de frotteur campagnard. Alors certes, maintenant que les ayatollahs châtrés de Médiapart le persécutent pour misogynie et phallocratie, on serait presque tenté de le défendre sur ce plan, mais quand même pas. Ni sulfureux ni sensuel, Brassens était juste régressif et graveleux. Une libido de caserne, de l’humour de caserne, des dictons de caserne : « Quand on est con, on est con ! », « les copains d’abord », et avec tout ça, pourtant, une prétention délirante d’échapper à la meute.
Sa « mauvaise réputation » fut évidemment usurpée, cosmétique, un simple badge à la mode pour se la jouer rebelle à bon compte : en quoi ce chanteur de coin du feu aura-t-il jamais été subversif ? En 1998, un groupe de rastas poussifs, Sinsémilia (le jeune lecteur devra faire un tour sur Wikipédia) en avait d’ailleurs proposé une reprise. Héritiers débiles d’un propos débile, ces pouilleux fumeurs de joints et scandalisés par le racisme imaginaire, soit des lycéens moyens des années 90 avec quinze ans d’attardement mental, se targuèrent à leur tour et à l’exemple du fastidieux moustachu de souffrir de « mauvaise réputation », bien que consacrant leur temps à syncoper le catéchisme de leur époque avec une docilité de Komsomols.
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La forme pire que le fond
Mais le pire, chez Brassens, ce n’est même pas le fond bêta en vers scolaires, ce ne sont même pas les ritournelles sautillantes et les mélodies pleurnichardes, non, le pire, c’est l’interprétation. Ce « pom pom pom » inflexible, cet accent placide et rocailleux avec lequel le chanteur déverse ses histoires connes dans une espèce de satisfaction tranquille. Ce qui le rend définitivement insupportable, c’est le ton bonhomme avec lequel notre sénile de naissance prêche sa morale de planqués : « Ô vous les boutefeux, ô vous les bons apôtres, mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas », marmonnait-il en hochant la tête dans « Mourir pour des idées », se souvenant peut-être qu’il n’avait quant à lui pas sauvé beaucoup d’Auvergnats en 40, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir énormément à nous apprendre en termes de comportement.
Brassens, c’est la désertion en charentaise qui s’affiche anarchiste, la veulerie commune qui se prétend singulière, le vague dandinement palmipède qui se voudrait de la grande chanson. On se passe très bien du dévalement grotesque de ces glissades mono-vocaliques, alors ne réveillez pas Brassens, l’oublier à jamais nous convient.





