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La France et l’Europe à contretemps face au retour des Empires

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Publié le

29 octobre 2021

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États-Unis, Chine, Russie ou Turquie : la géopolitique contemporaine témoigne d’un retour des grands empires au détriment du magistère occidental. S’ils ne s’adaptent pas en défendant leurs intérêts, la France et l’Europe seront balayées.
G7

La CIA y accorde une large part dans son dernier rapport sur l’État du Monde en 2040 (Equateurs), et Alexandre Del Valle vient de publier La Mondialisation dangereuse (L’Artilleur) avec Jacques Soppelsa sur ce thème : le temps des empires est de retour. Et avec lui la question fondamentale du rôle de la France, de l’Europe, de l’Occident même, dans un nouveau contexte international marqué par la désoccidentalisation et la multi-polarisation.

La crise des sous-marins australiens, mais surtout le nouvel accord AUKUS, tri bientôt quadripartite avec l’arrivée de la Nouvelle-Zélande, dont la France ne fait pas partie, est l’un des derniers signes du regain de compétition entre États-stratèges dans le monde. Plus tôt, l’épidémie de Covid-19 avait déjà mis à nue les dépendances des chaînes d’approvisionnement envers la Chine, dont on sent encore les effets dans le domaine des micro-processeurs, ou plus prosaïquement au moment d’effecteur ses premiers achats de Noël.

L’Europe, avec la France comme moteur, doit re-légitimer sa puissance souveraine et son identité contre une vision mondialiste et un universalisme occidental

L’échiquier mondial est balayé par des forces opposées, avec la mondialisation pour axiome. Les États-Unis continuent d’en promouvoir son versant libéral et économique ; la Chine la sinise et l’utilise à des fins expansionnistes, purgée de ses valeurs universalistes occidentales ; la Russie s’en défend, au titre de la protection de son identité. La tension entre les deux premiers a déplacé l’équilibre géopolitique du monde dans la région indopacifique, c’est la « grande bascule » initiée par Barack Obama, alors que les relations entre l’OTAN et la Russie restent tendues en ex-URSS.

Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène ont consacré récemment avec l’Inserm une somme aux réseaux d’influence de la Chine. Intitulé Les opérations d’influence chinoises : un moment machiavélien, le rapport postule la « russianisation » des opérations d’influence chinoise. Ajoutons à ce contexte les ambitions néo-ottomanes de la Turquie d’Erdogan, et le constat de la fin du multilatéralisme d’inspiration Bretton Woods est sans appel. La mondialisation n’est plus un état dernier souhaité, tel le communisme en son temps, ou le signe de fin de l’histoire, elle s’est transformée en outil dans la guerre de tous contre tous.

Si l’agenda de toutes ces puissances est limpide – défendre leurs intérêts souverains –, on ne peut pas en dire autant de l’Europe et de la France. Pris au piège d’une construction économique imposée par les États-Unis post-guerre, le bloc d’Europe de l’Ouest est le seul qui semble encore verser dans un universalisme multiculturel et libéral suranné, étranger aux logiques de souveraineté et d’identité qui sous-tendent l’ordre du monde depuis la fin du XXIème siècle.

Pourquoi ? Pas pure idéologie semble-t-il. Construction commerciale américaine, l’Union européenne se veut plus royaliste que le roi. Dans l’application par la Commission des règles de la concurrence au sein du marché unique par exemple. Inconsciente de faire le jeu des États-Unis et d’autres puissances mondiales, elle empêche ainsi l’émergence de champions industriels à l’échelle du bloc. Pire, le modèle se défait de l’intérieur, avec la perte de légitimité du politique, et les difficultés à faire vivre les promesses de l’État-Providence face à la concurrence mondiale. La crise est accentuée par un Groupe de Višegrad qui s’érige, à l’inverse, en héraut de la souveraineté des États membres.

Lire aussi : Affaire des sous-marins : et la France eut mal AUKUS

Quid de la suite ? Le Vieux Continent doit choisir. Continuer d’être balayé aux vents contraires des puissances globales ? Embrasser davantage un cosmopolitisme anglo-saxon et accepter le rôle de protectorat de l’Empire américain ? Répondre à cette question impose préalablement de sortir de la naïveté pour regarder le réel et accepter que la souveraineté et l’enracinement civilisationnel sont les conditions sine qua non de toute expression de puissance. Pas de quo vadis sans unde venis.

La prégnance du thème de l’identité dans la pré-campagne présidentielle française prouve que l’introspection précède la géopolitique. Dans un contexte mondial de retour des Empires, l’heure n’est plus à la timidité et à l’auto-flagellation civilisationnelle. L’Europe, avec la France comme moteur, doit re-légitimer sa puissance souveraine et son identité contre une vision mondialiste et un universalisme occidental qui sert d’abord le primat anglo-saxon L’enjeu n’est rien de moins que le déclassement de l’Occident. Prima caritas incipit a se ipso.

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