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François-Timoléon de Choisy : abbé, académicien et… travesti ?

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Publié le

4 novembre 2021

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La vie tumultueuse de l’abbé de Choisy a fait couler beaucoup d’encre. Sa fonction sacerdotale et son goût prononcé pour les tenues féminines expliquent que la littérature se soit emparée de ce personnage pour en faire un grand excentrique. Mais est-ce bien vrai ?
travesti

Dans son éloge, lu en séance publique de l’Académie française et publié en 1779, d’Alembert prétend que la mère de l’abbé de Choisy lui avait donné « dans son enfance des habits qui n’étaient pas ceux de son sexe, encore moins de son état, et que la frivole indulgence de la nation française l’accoutuma trop à porter. L’espèce de goût qu’il conserva trop longtemps pour un travestissement si étrange et si blâmable est une triste preuve du malheureux empire que conservent sur certains esprits les premières sottises dont une mauvaise éducation les a infectés ».

Ce laïus hypocritement moralisateur trouve sa source principale dans une certaine Vie de Monsieur l’abbé de Choisy, parue à Lausanne et Genève en 1742, elle-même nourrie de pamphlets et de libelles plus anciens. François-Timoléon, quatrième et dernier fils de Jean de Choisy, conseiller d’État, intendant du Languedoc et chancelier de Gaston d’Orléans, voit le jour à Paris, le 16 août 1644. Sa mère, arrière-petite-fille du chancelier de L’Hospital, « femme de beaucoup d’esprit » et célèbre « Précieuse », aurait donc revêtu son jeune fils, d’une figure charmante, de robes de soie et l’aurait paré de colliers de perles et de boucles d’oreilles. Cette étrange idée lui serait venue afin de complaire à Mazarin qui cherchait à « efféminer » le frère cadet du jeune Louis XIV, Philippe futur duc d’Orléans.

Le digne ecclésiastique a connu une jeunesse raisonnablement brouillonne, mais sans trace d’extravagance vestimentaire

Investi à 19 ans de la charge lucrative d’abbé commendataire de Saint-Seine en Bourgogne, François-Timoléon aurait mené de front de très sérieuses études de théologie à la Sorbonne et une vie galante et désordonnée, passant avec brio du costume masculin au féminin, séduisant actrices et demoiselles de bonne famille, mais sans goût particulier pour l’homosexualité. Sa pratique du travestissement relèverait davantage du narcissisme que de déviance. « Il aime le miroir pour le miroir, la toilette pour elle-même », notera Sainte-Beuve. Ne lit-on pas dans ses fameux Mémoires : « Quand je me suis trouvé à des bals et à des comédies, avec de belles robes de chambre, des diamants et des mouches, et que j’ai entendu dire tout bas auprès de moi : “Voilà une belle personne”, j’ai goûté en moi-même un plaisir qui ne peut être comparé à rien, tant il est grand… »

De tels « aveux » réjouiront les anticléricaux du Siècle des Lumières – qui y voient le modèle du « prélat libertin » – avant de faire phosphorer les neurones des psychanalystes, dont l’inénarrable Jacques Lacan, qui classe Choisy parmi les « pervers normaux ». L’un de ses disciples précisera : « Lacan, dans son séminaire sur “La relation d’objet”, indique la fonction essentielle du voile dans la pratique travestie. C’est au triangle imaginaire entre la mère, l’enfant et le phallus que celle-ci est à référer. Dans la fixation travestie, l’enfant s’identifie à la mère phallée, la mère pourvue d’un pénis ». C’est en effet beaucoup plus clair…

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Le problème majeur de ce savant jargon est qu’il ne repose sur rien de concret?! Les prétendus Mémoires, enrichis, interpolés, seront réédités à maintes reprises sous le titre aguicheur d’Aventures de l’abbé de Choisy habillé en femme. Néanmoins, si l’on s’en tient aux documents vérifiables, il apparaît que le digne ecclésiastique a connu une jeunesse raisonnablement brouillonne, mais sans trace d’extravagance vestimentaire. À l’approche de la quarantaine, il se « convertit », au détour d’une grave maladie. Il entre alors au séminaire des Missions étrangères de Paris, rue du Bac, et s’embarque en mars 1685 avec le chevalier d’Alexandre de Chaumont, envoyé comme ambassadeur au Siam, auprès du roi Ramathibodi III, dans le vain espoir de convertir celui-ci au catholicisme. Ordonné prêtre durant le voyage, Choisy est élu à son retour, en août 1687, à l’Académie française, où il succède au duc de Saint-Aignan. Au fil des siècles, s’assiéront sur le même 17e fauteuil, Jean-François Marmontel, Émile Littré, Louis Pasteur, Jacques-Yves Cousteau et, aujourd’hui, Erik Orsenna.

L’abbé de Choisy mourra à l’âge de 80 ans, doyen de la respectable Compagnie, le 2 octobre 1724, après s’être tout entier consacré à l’étude et à l’érudition. Avec Charles Perrault, il collabore à la rédaction d’opuscules sur la langue française, traitant de points de grammaire. Entre autres travaux, on lui doit des Vies de David, de Salomon et de Saint Louis, ainsi qu’une traduction de l’Imitation de Jésus-Christ, dédiée à Madame de Maintenon. Son œuvre maîtresse consiste en une monumentale Histoire de l’Église en onze volumes. Il faut y rechercher davantage d’agrément et de vivacité que de profondeur ou de rigueur factuelle. N’avouera-t-il pas plaisamment : « J’ai achevé, grâce à Dieu, l’histoire de l’Église, je vais présentement me mettre à l’étudier ».

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