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Auteur du remarqué Un dissident (Albin Michel) en septembre, le jeune romancier Guényveau s’inquiète de la tendance « fusioniste » qui nous promet un mariage serein avec dame Machine. Propos à contre-vent.
Ton tout premier roman traite de la question du transhumanisme, c’est un sujet qui t’inquiète particulièrement ?
Le transhumanisme, c’est un rejeton de la modernité à l’heure de l’économie de marché. Ce qui m’inquiète surtout, c’est son succès garanti : d’un côté, une pensée simplifiée de l’homme et du monde, aussi binaire qu’un code informatique ; de l’autre, le culte du fric et l’expansion de l’homme soi-disant augmenté par simple effet de mimétisme.
Ton héros, Christian, se caractérise par de profondes carences en « humanité », on a l’impression en te lisant que le transhumanisme déshumanise, c’est le cas ?
Le transhumanisme nous promet un humanisme « augmenté » par la technique. Premier soupçon : qui peut se dire augmenté par rapport aux autres ? L’ironie de l’histoire veut que les progressistes de la Silicon Valley en viennent à définir un nouveau rapport de force entre les hommes. Et puis, qu’est-ce que ça veut dire « augmenté » ? Quels sont les critères retenus ? Qui les choisit ? Étrange contradiction : les tenants du transhumanisme adhèrent au paradigme post-moderne (renversement des valeurs, flou des frontières, déconstruction de l’homme) mais ils y répondent à l’aide d’une pensée moderne simpliste qui voudrait nous faire croire que le progrès de l’homme passe par la fusion avec la machine.
Je crois qu’on ne peut pas vivre dans un monde complexe avec une pensée simple, par essence « mutilante ». Enfin, si certains sont « augmentés », que fera-t-on des autres, des diminués ? Cette question est aussi vieille que ce brave Sapiens, mais le transhumanisme a le mérite de nous forcer à y répondre. Christian, le personnage principal d’Un dissident, va ainsi progressivement interroger le projet « Homme Augmenté » qu’il dirige dans son laboratoire ultra-moderne. Entre les pieds puants des grattes-ciel new-yorkais et le calme voluptueux de Cold Spring, il va faire des rencontres inattendues. Ces rencontres le feront croître en maturité, en complexité et, je le crois, en humanité.
Un dissident est présenté comme un roman d’anticipation. On a donc bien dépassé le stade de la science-fiction ?
L’histoire commence dans les années 1980 et s’achève à une époque floue qui ressemble à la nôtre. S’agit-il d’aujourd’hui ? De demain ? Est-ce réel ? Chaque jour, nous faisons cette expérience : nous réalisons les scénarios de science-fiction de nos ancêtres, pire, nous les dépassons. Si le lecteur ne sait plus en quelle année il se trouve dans la dernière partie du roman, tout ce qui y est décrit est techniquement faisable.
Nous devons apprendre à vivre dans ce monde ci. Pas dans un monde technique simplifié François-Régis de Guényveau
Dantec disait que la science est devenue folle lorsqu’on l’a coupée de la théorie de la Révélation. En gros, la quête du savoir a été bouffée par « l’hybris ». En te lisant, on a l’impression que vous vous rejoignez avec Dantec.
Ta remarque me fait chier. Sur le plan des idées, je considère Dantec comme un détraqué. Je conçois très bien qu’un journal comme L’Incorrect soit en connivence avec sa pensée, mais je ne partage pas la plupart de ses opinions. En revanche, sur le plan littéraire, je le trouve brillant – une sorte de Philip K. Dick à la française – même si je ne suis pas un amoureux du genre.
Ce que tu dis à propos de l’hybris, on le retrouve chez d’autres penseurs ou romanciers depuis la fin du XIXe. Ceux-là m’inspirent davantage parce que, tout en étant traversés par une grande vitalité, ils savent craindre la nature et s’en émerveiller : je pense à Jack London, à Steinbeck, mais aussi à Thoreau, Jonas, Ellul, Leopold, et même François (les deux d’ailleurs, le saint et le pape).
Lire aussi : L’homme augmenté perspective de l’homme diminué par Olivier Rey
Au fond, le transhumanisme prend sa source dans le péché originel : la tentation pour l’homme de devenir l’égal de Dieu…
Ha ha, dit comme ça, je trouve que ça fait un peu dogmatique. Where is your soutane ? Je crois que le danger du transhumanisme provient de la technique. Je ne la condamne pas, elle est le propre de l’homme, mais elle en veut toujours trop : elle rêve de nous pousser à maîtriser le monde pour mieux nous en débarrasser, puis le remplacer par un autre où elle sera reine. Nous devons apprendre à vivre dans ce monde ci. Pas dans un monde technique simplifié, pas dans un monde après la mort : celui-ci !
Tu es devenu écrivain parce que tu t’intéressais au transhumanisme ou est-ce l’inverse ?
Le transhumanisme, pour un primo-romancier, c’est un sujet extraordinaire, actuel et intemporel à la fois. Avec un tel sujet, on pourrait remplir une bibliothèque ou mieux, faire exploser un disque dur. Mais je ne veux pas m’arrêter là : il existe d’autres histoires brûlantes à raconter…
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