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Christianisme au cinéma : la résurrection ?

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Publié le

19 mars 2018

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LApparition

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L’Apparition, La Prière, Marie-Madeleine, Jésus, L’enquête… Autant de films à l’affiche qui gravitent autour de la foi. Et si le christianisme était en train de redevenir une source d’inspiration majeure du cinéma ?

Par Arthur de Watrigant

 

Le christianisme a toujours été une source d’inspiration pour les cinéastes. Louis Lumière tourne La Passion en 1897, Robert Taylor se convertit dans Quo Vadis, Jésus donne à boire à Charlton Heston dans Ben-Hur et James Stewart redécouvre que La Vie est Belle par l’intercession d’un ange. Croyant, agnostique ou simplement en quête, nombre d’artistes ont cherché et nourri ce qu’Amédée Ayfre, prêtre et grand critique, appelait le « cinéma spiritualiste ». On pense à Bresson, Dreyer, Bergman ou Fellini, une double décennie qui a vu éclore Journal d’un curé de campagne, Le Septième Sceau, la Passion de Jeanne d’Arc, La Strada et bien d’autres.

Si, en France, nos rebellocrates aux cheveux gras ont inondé de leur idéologie matérialiste la critique et les salles obscures, le cinéma américain a quant à lui perpétué cette tradition de cinéastes en quête de sens. Dresser la liste serait inutile et fastidieux, mais on peut tirer quelques exemples parmi les films à succès, comme The Truman Show où Truman (l’homme vrai) découvre qu’il n’est qu’un pantin d’une téléréalité pilotée par Christof (en dehors du Christ). Impitoyable, de Clint Eastwood, est une dénonciation de l’homme prométhéen : un salaud repenti se retrouve à nouveau en proie à ses démons lorsqu’il croise la route de l’homme de loi, mauvais charpentier, faux juge et vraie ordure. Des allégories bibliques qui sont également présentes dans l’ultime film de Stanley Kubrick Eyes Wide Shut, une brillante métaphore de la Création.

 

Un contenu chrétien explicite

 

« Un film chrétien explique une histoire vraie en utilisant les moyens de la fiction pour faire ressortir la vérité profonde de l’histoire. Les grands mystères ne peuvent être dits que par la poésie et l’art », affirme l’abbé Gaultier de Chaillé, 32 ans, vicaire à Notre-Dame de Versailles et membre actif du Padre Blog. « Un film dit chrétien est cohérent avec la définition anthropologique de l’homme et les Écritures. Le cinéma chrétien est une illustration, une redite, de ce qui a déjà été écrit dans un langage et un format plus contemporains. Prenons Le Seigneur des anneaux, Tolkien utilise un référentiel culturel qui ne dit rien d’autre que ce que dit la Bible. Mais l’œuvre doit laisser un espace d’interprétation. Le philosophe Martin Steffens dit que « l’homme est un clair-obscur qui requiert une interprétation ». Le cinéma fonctionne pareil. Une œuvre qui dit tout n’est pas bonne. »

 

La Prière de Cédric Kahn – © Carole Bethuel-Les films du Worso

 

Si le made in catho a son public aux États-Unis, peu de films ont réussi à traverser l’Atlantique. Il fallut un farouche lobbying pour que Cristeros trouve quelques salles, la renommée d’un Scorsese ou d’un Gibson ainsi qu’une polémique pour que Silence et La Passion bénéficient d’une distribution façon blockbusters. En France, qu’un Nicolas Boukhrief avec La Confession, Xavier Giannoli avec L’Apparition ou Cédric Kahn avec La Prière, trois réalisateurs reconnus par la profession, la critique et le public, questionnent aussi explicitement la foi catholique aujourd’hui est loin d’être anodin. Certes, Natalie Saracco et sa magnifique Mante religieuse, et Cheyenne Caron, réalisatrice du puissant L’Apôtre, œuvraient depuis quelques années pour infuser les salles obscures d’un regard chrétien, mais leur cinéma reste circonscrit à quelques initiés.

 

Un cinéma français en quête de sens

 

« J’étais il y a quelques jours à une avant-première du film Jésus, l’enquête, raconte le père Denis Dupont-Fauville, chapelain de la cathédrale Notre-Dame de Paris et critique de cinéma. Observer plus de 700 personnes dans une salle comme le Gaumont Opéra, regarder un film explicitement religieux était surprenant. Il y a dix ans c’était inimaginable. Aux États-Unis, à la suite du succès de films sur la religion, les grandes majors ont créé des départements de films chrétiens qui sortent des dizaines de longs-métrages par an. En France, je ne parlerais pas de renouveau, mais on assiste, sous des formes différentes, à un retour du questionnement spirituel au cinéma. Il est surprenant de voir que ce questionnement demeure explicitement chrétien. Il n’y a pas, par exemple, de films sur l’islam alors que les médias présentent un islam en progression et un christianisme en chute. On assiste, je pense, à une vraie quête de sens, qui va en augmentant puisqu’aujourd’hui plus personne ne croit aux réponses de la société de consommation. Et on revient étonnamment à des questions très anciennes. ».

 

 

L’Apparition de Xavier Giannoli en est un bel exemple. En mettant en scène un journaliste (Vincent Lindon), mandaté par le Vatican pour participer à une enquête canonique sur une apparition en France, le réalisateur d’À l’origine s’attaque au mystère de la foi. « J’avais depuis longtemps le désir de savoir où j’en étais par rapport à la question religieuse, à la foi… Je crois que ce questionnement traverse plusieurs de mes films, à commencer par À l’origine où il était question de promesses et de mensonges, d’autoroute qui n’allait nulle part et à qui tout le monde voulait croire. J’ai eu besoin de me recentrer sur la part la plus intime de ces sujets et un jour j’ai lu un article de presse sur les mystérieuses “enquêtes canoniques” », explique le réalisateur.

 

Réappropriation spirituelle

 

Une révolution dans le cinéma français où les sujets chrétiens avaient disparu depuis le milieu des années soixante-dix. « Depuis quelque temps on constate qu’un cinéaste peut traiter à nouveau ces thématiques sans être ni moqué ni insulté », observe le père Denis Dupont-Fauville. Des sujets traités sinon avec bienveillance, du moins avec une vraie volonté de trouver des réponses. « J’avais besoin de me réapproprier ces questions loin des clichés de représentations médiatiques, des débats sur le choc des civilisations, le retour du religieux et le dévoiement intégriste ou encore l’Église et ses scandales. Car il s’agit d’abord pour moi d’une quête intime et secrète… Chacun y répond comme il veut, comme il peut, ou en restant comme moi dans un trouble. On ne répondra pas au sens de nos vies avec des algorithmes, des smartphones, des promesses économiques ou des illusions politiques », raconte Xavier Giannoli.

 

Le cinéma comme révélateur de mystères

 

Le cinéma est une illusion qui veut restituer le réel. Une représentation artificielle bien plus puissante que tout autre art puisqu’elle s’approche au plus près d’une réalité, créant une emprise immédiate sur le spectateur. Un outil fascinant pour transmettre, qui peut autant témoigner que détruire. Pour les cinéastes en quête de sens, cet art en tant qu’artifice possède cette capacité à transfigurer le réel, par le montage, c’est-à-dire le rapport des images entre elles, la musique, la parole, l’expression, le champ et le hors-champ. Avec La Prière, Cédric Kahn suit la route de Thomas, 22 ans, qui, pour sortir de sa dépendance, rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière et le travail. Il va y découvrir l’amitié, la règle, l’amour et la foi… « Filmer la foi ne va pas forcément de soi. J’ai résolu cette question par le doute », explique Cédric Kahn.

 

 

« Rien n’est imposé au spectateur, il a toujours la possibilité de forger sa propre conviction, même dans la scène de miracle. Je tenais à ce que tout reste rationnel… Et que les images créent cette subjectivité, cette illusion. Les chants en chapelle, les marches dans la montagne, l’écho dans le brouillard : avec les moyens du cinéma, je pensais qu’on pouvait faire ressentir la présence, l’invisible » ajoute le réalisateur français. Une idée partagée par le père Denis Dupont-Fauville. « Le cinéma ne devrait faire que ça : filmer le mystère, qu’il soit chrétien ou non. Le cinéma est là pour nous faire voir ce qu’on n’a jamais vu, nous faire percevoir la présence de quelque chose que seules les images rendent perceptible. » L’abbé Gaultier de Chaillé ajoute quant à lui : « On peut montrer le mystère par une émotion spirituelle forte. Regardez Moïse lorsqu’il découvre le buisson ardent, il retire ses pompes et est ébloui. Le mystère, c’est le contact avec le beau. »

 

Des images qui éclairent

 

Si des sujets explicitement chrétiens sont traités au cinéma, peut-on pour autant parler de cinéma chrétien ? La Passion de Mel Gibson, La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese ou L’Évangile selon Saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini proposent trois regards différents sur un même sujet. « Je me méfie de cette étiquette, explique le père Denis Dupont-Fauville. Je pense qu’un film est profondément chrétien non pas parce qu’il traite d’un sujet chrétien mais parce qu’il nous révèle quelque chose de la vérité de l’homme et du monde, et donc qu’il nous dit quelque chose du Christ. Je préfère un grand film qui me dit quelque chose de vrai comme Stromboli de Rossellini, sorti sous les hurlements de l’Église catholique, plutôt qu’un film médiocre dit chrétien comme Les Dix Commandements. »

Une mise en garde contre la tentation que pourraient avoir certains producteurs et spectateurs à s’amouracher un peu trop facilement de films tamponnés cathos. Plus que le sujet lui-même, ce sont les images que nous consentons d’accueillir qui comptent. « Il y a une scène bouleversante dans Le Fils de l’homme, raconte l’abbé Gaultier de Chaillé : un enfant qui naît dans un monde en guerre qui ne connaît plus de naissances, et, à ce moment-là, les armes se taisent. C’est une des scènes les plus fortes qu’il m’ait été donné de voir. » Le cinéma est un miroir qui, par les images qu’il reflète, nous renvoie à nous-même, par l’empathie, le rejet, l’immersion, le sens et la réflexion. Il nous projette au loin pour nous révéler notre réalité propre

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