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La France truquée de Bruno Dumont

La plus grande méprise qu’on puisse faire sur France de Bruno Dumont, c’est sûrement de croire son dossier de presse : non, Dumont ne s’intéresse pas à la télévision, ni aux chaînes d’info en continu et encore moins à notre politique contemporaine. Non, Dumont ne brosse pas un portrait des médias « au vitriol ». Dumont s’en fout. Dumont fait du Dumont. Il n’a pas probablement pas allumé sa télévision depuis les années 80, comme le prouve sa vision candide et complètement surannée d’une journaliste « star » : France de Meurs, incarnée par Léa Seydoux, n’est jamais qu’une poupée de chiffon, sans aucune vraisemblance, dont le cinéaste s’amuse à changer les toilettes presque à chaque plan avec un fétichisme maniaque.

Qui peut croire un seul instant à cette présentatrice en total look Dior qui passe son temps entre les studios de télévision et les scènes de guerre au Maghreb ? C’est sans doute là la principale qualité et la principale faiblesse du film : Dumont envoie balader toute vraisemblance dès les premières minutes de son film (grotesque scène avec Macron) et nous emmène dans son « Dumont-verse », un univers truqué, conçu pour la parabole, au surréalisme parfois truculent et parfois extrêmement paresseux. [...]

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La pop contemporaine est-elle transgressive ? De Grimes à Halsey

La pop est devenue plus totalitaire que jamais. Connu pour sa critique radicale de la musique populaire, et même plus largement de la culture populaire, Theodor Adorno aurait probablement viscéralement haï notre époque, où non seulement ces formes d’expression sont estimées de la même manière que la culture savante, mais atteignent aussi une qualité de plus en plus discutable. À propos des « tubes » de la pop qu’il estime enfermés dans des « schèmes standards » et des « modèles stéréotypés », l’auteur de La Dialectique de la raison écrivait que « la musique populaire prive l’auditeur de sa spontanéité et provoque des réflexes conditionnés (…) La construction schématique impose la façon dont il doit écouter en même temps qu’il rend tout effort pour écouter inutile ».

Paradoxalement, ce que nous dit Adorno est précisément ce que Trent Reznor a expliqué à la jeune Hasley avant de produire son album If I Cant Have Love, I Want Power, ainsi qu’elle a expliqué au célèbre magazine britannique New Musical Express :

« Il m’a d’abord dit qu’il serait peut-être préférable qu’il ne soit pas impliqué dans la conception de mon album quand il a écouté les premières maquettes, car il le trouvait bien en l’état.

Drive my car : éloge de la prothèse

Spike Lee et son jury de peigneuses de culs ont beau avoir donné la Palme d’or de l’opportunisme idéologique à l’arnaque Ducournau (on tremble déjà devant la marée noire de films d’horreur genderfluid que cette sinistre « consécration » va engendrer), ils se sont tout de même fendus d’un très discret prix du scénario pour le dernier opus de Ryusuke Hamaguchi, Drive my car. Un lot de consolation pour un film qui brille pourtant par sa maîtrise et sa mise en scène : à côté, le vilain Titane de Ducournau ressemble à une glaire sur pellicule.

Les deux films ne sont pas si éloignés qu’on pourrait le penser : là où Ducournau se réclamait pompeusement de Cronenberg (estimant sûrement qu’il suffit de filmer une strip-teaseuse embrochée sur un levier de vitesse pour mériter le label « body horror »), Drive my car entretient une relation bien plus intime avec Crash, chef-d’œuvre du maître canadien : ainsi, la première partie du film s’attache à décrire le quotidien apathique d’un couple en déshérence, marqué par le deuil et incapable de rétablir le dialogue. L’homme est un dramaturge réputé, la femme une scénariste télé : tous les deux appartiennent à une upper class de créatifs désœuvrés, exactement comme les protagonistes de Crash, et sont habités par un néant qui efface les contours de leur être. Un couple peu à peu dissous dans la morosité citadine, à l’image de ces bretelles d’autoroute désertes et de ces zones aéroportuaires sans âme qu’ils semblent traverser indéfiniment (là encore, l’aéroport comme « zone limite » de la cité est une figure récurrente de Crash). [...]

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Kælan Mikla, les filles du froid

Pouvez-vous nous parler de la formation de votre groupe et du choix du nom Kælan Mikla ?

Tout a commencé par un simple concours de poésie organisé par une bibliothèque de Reykjavík en 2013, auquel nous avons participé avec une performance de spoken word. Nous avons continué naturellement à faire de la musique ensemble. Kælan Mikla, c’est un personnage du dessin animé finlandais Les Moomins. Elle est la Dame du froid, qui apporte l’hiver dans la vallée des Moomins… C’est une sorte de femme fatale au look enfantin et nous avons grandi avec ce personnage.

Vous êtes très jeunes et vos influences sont plutôt celles d’une époque que vous n’avez pas connue, notamment une cold wave très marquée par les années 80.

Nous avons toutes des goûts très différents en matière de musique, mais nous recherchons effectivement les atmosphères froides et sombres. Nous n’avons jamais décidé d’un genre à jouer, c’est plutôt le genre qui nous a trouvées. Lorsque nous nous réunissons, nous essayons de faire ce que nous avons envie de faire, de continuer à bâtir cet étrange univers musical et esthétique qui s’est imposé à nous. Nous avons commencé Kælan Mikla très jeunes et nous avons grandi avec le projet, notre musique est une sorte de témoignage de notre évolution parfois troublée. Tous nos albums sont très différents mais ils dépeignent nos émotions principales, qui sont la tristesse et la colère, sans oublier de louer la nature qui nous entoure.

L’Islande est très isolée, elle est audacieuse, elle est vaste, et ces trois facteurs peuvent conduire à une sorte de radicalité artistique, bien sûr, qui se reflète probablement dans nos créations

Vous avez tourné avec le groupe français Alcest, bien connu pour son mélange de shoegaze et de black metal. Comment les avez-vous rencontrés ?

Le groupe avait entendu parler de nous et s’était intéressé à notre musique. Ils nous ont simplement contactées pour nous demander si nous voulions nous produire avec eux en tournée. La tournée elle-même a été un véritable succès et nous sommes très heureux de l’avoir vécue. Alcest, Birds in Row et nous étions un bon combo parce que nous ne jouons pas du tout le même genre de musique, mais que tous les trois étions tout de même attachés à décrire le même genre de monde à la fois sombre et beau. Ici, en Islande, la scène est petite mais toutes les musiques sont bien représentées, donc nous sommes habituées à partager une scène avec deux groupes de black metal avant un DJ set Italo Disco ! [...]

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Les critiques littéraires de l’été (2/2)

GÉNÉRATION NÉANT

Ceux qui voudraient fuir de Julien Teyssandier, Nouvelle Marge, 156 p., 13 €

Auteur d’un essai sur Arvo Pärt et d’un autre sur Odilon Redon, Julien Teyssandier est assurément un homme de goût. Son premier roman, publié par Nouvelle Marge, présente un jeune médecin légiste, Gabriel, subtil et inapte à la vie, dans sa rencontre avec Marion, une héroïnomane davantage capable de feu, mais environnée du cirque spectral d’amis du cinéma plus vides encore que les cadavres que Gabriel inspecte. Êtres gelés, errance permanente, dialogues délayés, ce livre comateux et bien écrit a des charmes dostoïevskiens. Romaric Sangars


CHASSE AU TRÉSOR

Si fragiles et si forts d’Élisabeth Segard, Eyrolles, 360 p., 16 €

Pélagie vit seule avec son fils qui aime les dinosaures et Napoléon. Sur la foi d’un vieux livre, il part à la recherche du trésor d’un ancien de la Grande Armée, qu’il suppose être aux Invalides. Les pensionnaires de l’établissement, vieux soldats ou civiles blessées, vont l’aider. Élisabeth Segard livre là son troisième roman, toujours plein de personnages bien dessinés, de rencontres improbables, d’ironie sans férocité (même si elle ne répugne pas au grotesque), de leçons discrètes sur des valeurs dont on ne sait plus trop bien si elles sont encore républicaines ; et surtout rempli d’une joyeuse fantaisie qui ne rechigne devant aucune péripétie et ne se laisse pas impressionner par sa matière : les quelques courts chapitres historiques consacrés à l’histoire du fameux trésor sont des perles anachroniques, moquant le grand homme comme nos médias contemporains. On sourit souvent, entre deux moments d’émotion maîtrisée, l’auteur ayant l’élégance de ne pas forcer nos sentiments. Richard de Seze[...]

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Sélectron : Rambo pour le meilleur et pour le pire, mais surtout le meilleur

 4 – Rambo II, La Mission (1985)

John Rambo purge une peine de prison lorsque le Colonel Trautman lui donne la possibilité de sortir pour une mission délicate : avoir la preuve qu'il reste bel et bien des prisonniers américains au Vietnam. Du cinoche, du vrai comme on n’en fait plus (et c’est bien dommage), à une époque où le LaserDisc squattait les têtes de gondoles de la Fnac et où le mâle blanc osait encore s’inoculer de la testostérone par cathéter. Des muscles luisants, un QI d’huître et une mission suicide en guise de psychanalyse-éclair, Rambo repart au Vietnam mais « cette fois-ci, on y va pour gagner ».  Les répliques fusent : « Ce que vous appelez l'enfer, il appelle ça chez lui », ou le sublime : « Pour survivre à la guerre, il faut devenir la guerre ». Ça défouraille de partout au M60, ça prend des bains de sangsues, et en moins de deux heure, Stallone éparpille façon puzzle les deux démons de l’Amérique : le Vietnam et l’URSS. Sublime.

https://www.youtube.com/watch?v=uJ_76yL0hMg

3 – John Rambo (2008)

John Rambo s'est retiré dans le nord de la Thaïlande où il mène une existence simple dans les montagnes, se tenant à l'écart de la guerre civile qui fait rage à proximité, sur la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar. Mais la violence du monde rattrape notre héros lorsqu'un groupe de volontaires humanitaires mené par Sarah et Michael Bennett vient lui demander d’être leur guide jusqu'à un camp de réfugiés auxquels ils veulent apporter aide médicale et nourriture. Comme avec son surprenant Rocky Balboa, Stallone ressuscite Rambo vingt ans après Rambo III. A la fois réalisateur, scénariste et acteur, Sylvester offre un film, certes bourrin, mais aussi terriblement humain où cet homme construit pour tuer, devenu une masse informe rongée par les cauchemars, plonge une dernière fois dans l’enfer de la guerre caméra à l’épaule pour trouver une rédemption. Touchant. [...]

Muray aggrave son cas

Ce nouveau tome du journal couvre les années 1992 et 1993, soit sept cents pages pour seulement deux années de la vie de Muray ! Des années qui voient l’apothéose de la Mitterrandie putrescente : référendum sur le traité de Maastricht, suicide de Bérégovoy, lancement d’Arte… Elles voient aussi l’acculturation de la France à l’american way of life, dont l’implantation d’EuroDisney fait alors augure d’effroyable symbole. Mais le pays, déjà, sécrète ses premiers anticorps comme L’Idiot international auquel Muray contribue. Lui traverse presque indemne ces sinistres années en pratiquant, comme à son habitude, l’art du dégagement aristocratique, tout en excitant à tout propos sa misanthropie native jusqu’à aggraver méthodiquement chaque symptôme de son « rejet de greffe ».

Sous son plus mauvais jour

Ultima necat est désormais pour lui une forme d’automédication : « Je n’écris plus, je produis du contrepoison ». Il est également une arme privilégiée dans la guerre permanente qu’il livre à l’époque, mais aussi aux autres qu’il tient à distance comme pour les empêcher d’altérer sa singularité. Le journal est le moyen de leur échapper mieux, sa tenue quotidienne participe et témoigne d’un art de vivre caché : « Qu’est-ce que tenir son Journal ? Multiplier les pensées clandestines, les actes négatifs, traverser la vie en fraude, tromper tout le monde ». [...]

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Roland Jaccard, esthétique de la négligence et de la grâce

Jamais loin de la symphonie postromantique, du dégoût nécessaire mais pas suffisant, le journal de Roland Jaccard m’était destiné. Les fonds de poubelles et les messages impromptus aident à vivre. On y banalise les idées et y affole les émotions. On suit son bon plaisir. Le corps est à la fois maître et traître. Le suicide, la meilleure preuve qu’on peut se passer de soi.

Les malheurs partagés ont toujours l’air moins triste. La vie semble être ce mauvais téléfilm où l’on comprend tout dès les premières minutes. Nous devons être des adolescents à la disponibilité extrême. Des adolescents angoissés à l’idée de tomber malade, de manquer d’argent, et qu’on se moque d’eux. À cet âge, tout désaccord est une offense. D’ailleurs, on y apprend que sa citation fétiche à 15 ans était celle de Montaigne : « Qui craint de souffrir, souffre déjà de ce qu’il craint ». Indifférent et dragueur. Charmer ou disparaître, dirait Roland Jaccard. Une seule ambition, l’indépendance. D’Oudinot à Sils-Maria. De Montreux à Taormina.

Dans une complaisance avec le vide, le ricanement face à l’absolu et aux beautés funèbres, on décompose le dérisoire en cherchant l’intense.

L’homme agit souvent contre son intérêt. Mais il entend la principale caractéristique de l’époque qui est la compassion pour tout ce qui est lointain et une indifférence pour tout ce qui est proche.

Le sentiment du ratage, et celui d’avoir fait le tour de la question ne le quitte pas, mais la curiosité non plus. La vérité est toujours pathétique et pitoyable. L’espoir et la révolte sont vains. La pulsion vitale est précaire. De l’amusement avant toute chose.

Il faut tenir quoi qu’il advienne. Il faut toujours se comporter en maître – et trouver sa béquille. [...]

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