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D’Underground Youth à DJ Muggs : L’apocalypse sur votre platine

DJ Muggs the Black Goat (la chèvre noire), figure de l’aristocratie hip hop californienne, offre avec Dies Occidendum un opus qui n’aurait pas dépareillé dans la bande-son du Rosemary’s baby de Roman Polanski, un heureux mélange de rock psychédélique, de folk tzigane et de trap, la musique actuelle des ghettos. Un album qui, comme le menaçait Marcelus dans Pulp fiction, « gonna get medieval on your ass ». Les seules voix que l’on entend sur ce disque viennent de dialogues sans doute extraits d’un film fantastique des années soixante de la Hammer. On ne remerciera jamais assez celui qui a pris comme symbole un animal démoniaque de nous réveiller l’âme par la peur. En son temps, Jérôme Bosch, peignant des visions de l’enfer parvenait de la même manière à raviver la Foi par l’effroi. Cette conception du christianisme originel nous console parfois des errements mièvres post Vatican II.

Les rois de la boue

De Screaming Jay Hawkins à Black Sabbath en passant par Joe Meek, le rock a depuis toujours flirté avec les « peurs indicibles » chères à Jean Ray, l’auteur de Malpertuis. Si le label Magnetic Eye est basé à Los Angeles, ses poulains viennent de tous les coins du monde électrifié. Le Royaume-Uni pour Elephant Tree, la Suède pour Domkraft, l’Australie pour Horsehunter, et les États-Unis pour Summoner. Tous ces groupes se sont réunis un soir de novembre 2019 afin d’injecter un peu de testostérone dans le très gender fluid quartier de Brooklyn. De tous ces groupes rassemblés pour annoncer l’apocalypse, le plus convaincant reste Domkraft. [...]

Bertrand Tavernier : le cinéaste passionné de cinéma

Il fallait le voir et l’entendre s’émerveiller du cinéma « patrimoine », des films de Gremillon, de Raymond Bernard ou d’Anatole Litvak, il fallait l’écouter parler de Gabin et de Darrieux, des chefs d’œuvres de Renoir ou de Becker et des drôleries de Guitry. Tavernier c’était le cinéaste qui parlait des films des autres, avec la fougue des premières amours même à soixante-quinze ans. « Découvrir ces films, je trouve, à chaque fois, moi, ça me donne envie d’en créer. Ça me nourrit, ça me donne envie d’en créer. Et je dirais même plus, ce sont vraiment ces films-là qui m’ont fait aimer mon pays, qui m’ont fait aimer la France. », racontait-il en 2018. Ce travail de mémoire il y consacra ses dernières années, avec son documentaire Voyage à travers le cinéma français sorti en 2016 puis remonté en série de huit épisodes un an plus tard.

Sa première rencontre avec le 7e art a lieu dans un sanatorium. Le jeune Tavernier souffre de la tuberculose, et lors des projections organisées le dimanche, il découvre Dernier Atout, le premier film de Jacques Becker. Un choc « que j’ai mis trente ans à identifier », dira-t-il. Le souffle qui lui manque, il le goûte à l’écran dans une scène de poursuite nocturne en voiture. C’est devant un western de John Ford que le jeune Tavernier comprend qu’il veut être metteur en scène. Il a 13 ans et se dit « Je veux filmer ces ciels ». Il attendra un peu. Né dans [...]

En thérapie : notre critique

Il est important de le dire haut et fort, en cette époque de désert cinématographique français, une œuvre de cinéma magnifique et bouleversante, l'un des plus beaux films français de ces dernières années, a été diffusée sur la chaîne ARTE durant sept jeudis au mois de février et mars. Il s'agit de l'excellente série En thérapie adaptée de la série originale israélienne, BeTipul, dirigée par le réalisateur Hagai Levi.

Dirigée par Olivier Nakache et Eric Toledano, réalisateurs à succès avec leurs comédies sociales et populaires (Intouchables ou encore Le sens de la fête) bénéficiant d'un scénario très documenté, d'une puissance émotionnelle et d'une intelligence politique rare, notamment écrite par les excellents David Elkaïm, Vincent Poymiro, Alexandre Manneville et Nacim Methar, filmée par les cinéastes Olivier Nakache, Eric Toledano, Mathieu Vadepied, Nicolas Pariser et Pierre Salvadori, la série En thérapie est une mosaïque de portraits accidentés et une lecture pertinente et courageuse de nos existences minées par le chaos.

Lire aussi : Les Trois Visages de la peur : notre critique

La série, comme l'originale, se déroule en huis-clos dans le cabinet du psychiatre et psychanalyste Philippe Dayan, interprété par le formidable Frédéric Pierrot, bienveillant et perspicace, perturbé et volontaire. Il reçoit dans la France post-traumatique de 2015 après les terribles attentats de novembre, plusieurs patients : Ariane, une chirurgienne incarnée par Mélanie Thierry, audacieuse et provocante, en première ligne la nuit du 13 novembre ; Adel, policier de la BRI, en plein choc post-traumatique après son intervention au Bataclan, joué par l'excellent Reda Kateb ; Camille, une jeune championne de natation aux tendances suicidaires, remarquablement campée par Céleste Brunnquell (déjà formidable dans le film Les Éblouis) ; et un couple en plein désarroi interprété par les parfaits Pio Marmaï et Clémence Poésy. Le psychanalyste lui-même ébranlé par les événements récents et la déroute de son pays, sa situation familiale complexe et son souci de rester un excellent médecin et analyste au service de ses patients décide de consulter sa confrère, Esther - jouée par l'inoubliable Carole Bouquet - une amie qu'il n'a plus vue depuis 12 ans en raison de désaccords profonds sur les questions de la théorie psychanalytique. [...]

Station opéra : Pauvre Aida !
La scène lyrique se réduit à une tribune d’où une nouvelle génération de dramaturges vient prêcher la morale antiraciste. Cet Aida « décolonisé » est le terme d’un processus amorcé depuis des années[...]
Georges-Olivier Châteaureynaud : est-il le dernier révolutionnaire du roman Français ?

On le déplore souvent ici même, mais la littérature française depuis deux bonnes décennies semble se complaire unanimement dans des formes déceptives : autofictions, dépôts de bilan, tracts idéologiques, aveux d’échec et autres précis de dolorisme post-houellebecquien. Pour un Antoine Volodine, combien d’Aurélien Bellanger à la voix blanche, de pâles compilateurs de pages Wikipédia, de croque-morts du style qui dissimulent leur manque d’ambition dans des historiettes sans sève, dans des tranches de vie égolâtres ou éco-compatibles ? Et puis, parfois, un météore fuse et nous rappelle que la littérature, fut un temps, se piquait aussi de délire, de baroque, elle se rêvait totale, affabulatrice, dangereuse, éblouissante. On ne vous parle pas de Le Tellier et de sa petite série télé goncourtisée, non, mais d’une comète venue de plus loin : Georges-Olivier Châteaureynaud.

OUI. CHÂTEAUREYNAUD RENOUE AVEC LA GRANDE TRADITION DES ROMANS-FEUILLETONS

Châteaureynaud tourne délibérément le dos à cette mode de la série TV qui contamine tragiquement le monde littéraire d’aujourd’hui. Il lui préfère nos authentiques romans-feuilletons – dont les pulps américains ne furent qu’une adaptation – et qui se vendaient par palettes entières dans les années 1900. On pense à Eugène Sue et à ses Mystères de Paris, pour la construction d’une réalité alternative, viscéralement romanesque, travaillée par la culture populaire et l’inconscient collectif : un monde parallèle truculent qui serait en tout point conforme au nôtre – et tout à fait différent. Ainsi Châteaureynaud fait d’Écorcheville la matrice même de son inspiration, une enclave fictionnelle inespérée. [...]

Les Trois Visages de la peur : notre critique

Si un cinéaste mérite des copies Blu-ray étalonnées avec soin, c’est bien Mario Bava, maître incontesté de la toile sur pellicule, fascinant peintre du septième art qui réalisait ses plans comme autant de compositions picturales, avec un faste de couleurs qui, aujourd’hui, laisse pantois. Rendons donc hommage au travail du Chat qui Fume qui s’est lancé dans une intégrale Bava avec des éditions luxueuses, pleines de suppléments passionnants et dont les cartonnages reprennent les affiches d’époque pour en faire de véritables objets de collection. [...]  

Lire aussi : L’Important c’est d’aimer : notre critique

Les critiques littéraires de mars 1/2

DISCRIMINATION POSITIVE

Friday black de Nana Kwame Adjei-Brenyah, Albin Michel, 272 p. — 21,90 €

Le premier recueil de nouvelles de Nana Kwame Adjei-Brenyah nous arrive couvert de références prestigieuses : prix multiples, sélection de l’auteur parmi les jeunes écrivains américains les plus prometteurs, etc., jusqu’aux éloges appuyés de Colson Whitehead, reproduits sur la couverture de l’édition française. La curiosité est donc grande, et la douche, tiède. Sans être ratées, ces nouvelles dystopiques ou satiriques recourent à des ficelles voyantes et traitent des thèmes attendus – le capitalisme, le racisme ordinaire, l’Amérique qui va mal. La première donne le ton : un Noir en quête d’un job actualise sans cesse son « degré de noirceur », autrement dit la perception défavorable de sa personne par autrui ; pendant ce temps, l’assassin blanc de gamins noirs fanfaronne au tribunal… Ce n’est pas tellement plus fin dans « L’Ère », nouvelle de SF spectaculaire mais balourde, ni dans « Friday Black », critique à gros sabots du consumérisme, trop courte pour inspirer plus qu’un intérêt poli. Jérôme Malbert [...]

Patrick Dupond : mort d’une étoile incorrecte

La mémoire de ce danseur ailé mais blessé, rigoureux mais rebelle, acclamé mais délaissé, ne doit certainement pas se dissiper dans le brouhaha de l’époque, tant nous aura offert ce virtuose de la danse un brin indiscipliné. Dupond rencontra la danse par hasard alors qu’il était sur un tatami à enchaîner les prises de judo. Entendant de la musique classique, il se dirigea vers une salle et découvrit un cours de danse. Le jeune garçon demanda à sa maman « Qu’est-ce-que c’est ? » – « De la danse », lui répondit-elle. « Mais, on peut gagner sa vie en faisant de la danse ? », s’inquiéta le jeune garçon. « Oui, mais seulement si tu es le meilleur ». 

Être le meilleur, tel fut alors le mantra qui guida sa vie. Et ce, dès son enfance, puisqu’en 1967 il prit des cours particuliers avec l’ancien danseur étoile Max Bozzoni qui, très vite, endossa le rôle de père de substitution pour le jeune garçon (Patrick Dupond rencontra son père biologique par hasard à l’âge de 38 ans). Le goût de l’effort et les longues heures passées à la barre payèrent : en 1969, ce prodige de dix ans entra à l’École de danse de l’Opéra de Paris. [...]  

L’Incorrect

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