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La Daronne : notre critique
Patience Portefeux travaille comme interprète pour la brigade des stups. Un jour, elle protège un dealeur dont la mère s’occupe de la sienne en EPHAD et, de fil en aiguille, devient une des plus grandes trafiquantes de drogue de la capitale. On aurait aimé apprécier La Daronne, d’autant que le long-métrage excelle par éclairs, quand il ose l’insouciance, servi par l’humour pince-sans-rire d’Isabelle Huppert. Mais il hésite trop entre comédie, polar et drame familial alors que la première option était la seule qui lui aurait convenu. [...]
Petit pays : notre critique
Adaptation du best-seller de Gaël Faye, Petit Pays propose un point de vue inédit sur le génocide rwandais : en se plaçant à hauteur d’enfants – Gabi et sa sœur sont issus de l’union d’une Tutsi et d’un entrepreneur français – la menace progressive du génocide prend presque des allures de conte noir et picaresque. Si le Burundi ne fut pas l’épicentre des violences, il en aspira les ondes de choc : une manière pour Éric Barbier de se distancier d’un pur récit politique et d’en éviter les pièges : Petit Pays frappe par sa justesse de ton et sa manière de privilégier le hors-champ en mêlant menace sourde et réalisme élégiaque. [...]
Police : notre critique
Un long-métrage avec Omar Sy portant sur le traitement des clandestins par la police, à vrai dire : on ne misait pas un kopeck dessus. Anne Fontaine, cinéaste académique sans véritable envergure, surprend pourtant en livrant une copie toute en nuances, construite autour d’une unité de temps et de lieu qui donne à son film une rigueur dramatique assez inédite dans son œuvre. Police suit les traces de trois policiers appartenant à la même brigade et qui se voient confier la mission de reconduire un migrant syrien à l’aéroport. [...]
Enorme : notre critique
Quatrième long-métrage de Sophie Letourneur, Énorme est un film aussi étonnant que séduisant. Claire (Marina Foïs), pianiste émérite, et Frédéric (Jonathan Cohen), son mari et agent, forment un couple de quarantenaires sans enfant. Leur vie se résume à parcourir le monde pour la carrière et les concerts de Claire. Après avoir assisté à un accouchement en catastrophe dans un avion, Frédéric se découvre pourtant une envie urgente de concevoir, au point de remplacer les pilules de sa femme par de l’aspartame. [...]
Blood Machines : La French touch de la science-fiction

Réussite technique évidente malgré une production à l'économie, ce moyen-métrage est la preuve que la France peut fournir un cinéma de genre de qualité, réalisé avec autant de passion que de professionnalisme. Si le présupposé de base est d'un classicisme total (l'équipage d'un vaisseau – un vieux briscard et un jeune loup fougueux – est à la poursuite d'un autre vaisseau), le sous-texte, lui, mérite que l'on se penche dessus avec plus d'attention.

En effet, alors que l'on pourrait à l'origine y voir un plaidoyer féministe un peu bourrin et manichéen, en creusant un peu, une autre lecture s'impose : celle du modernisme violent, qui agit avec autrui selon son intérêt (on pourrait voir dans ces machines féminines harnachées aux vaisseaux et utilisées selon les désirs des capitaines une métaphore à la fois des femmes, mais aussi de la force de production, Vascan, le jeune capitaine, faisant furieusement penser aux golden-boys de Wall Street, avides et froids), contre un monde ancien, à la fois chrétien (le vieux mécanicien, Lago, se signe et serre son crucifix) et païen (la sororité de Corey et des prêtresses qui libèrent les machines) qui voit l'âme et croit en une forme de transcendance.

Un thème dantecquien

Pour résumer, l’équipage se trouve aux prises avec une espèce de secte s’acharnant à sauver l’âme des machines, âme s’incarnant dans une jeune femme nue, sorte d’ange galactique allant ressusciter celles des autres vaisseaux pour fomenter la révolte, l’action se déroulant à proximité d’un cimetière d’épaves spatiales. Spéculation métaphysique se jouant ici essentiellement par l’image et qui fait songer à celles du regretté Maurice G. Dantec, lequel opposait ainsi souvent des machines accouchant d’une âme à des humains que le matérialisme avait réduit à l’état de robots.

Carpenter Brut : une bande originale d'exception

Pour ne rien gâcher, [...]

Cobra Kai : hymne à l’éternel masculin
La nostalgie des années 80 atteint son paroxysme. Jusqu’à l’overdose ? Oui, quand l’évocation de cette période se limite à quelques gimmicks et effets de style caricaturaux. Ce n’est pas le cas avec « Cobra Kai ». La série offre certes sont lot de références nostalgiques, à commencer par des flashbacks tirés du premier « Karaté Kid ». La bande originale fait ainsi la part belle au hard rock burné de la scène glam de Los Angeles, Ratt ou Guns And Roses étant nommément cités par certains personnages, ou encore à la synthwave dont raffole l’alt-right étatsunienne. Les films d’action de propagande anti-soviétique de l’ère Reagan sont aussi largement invoqués. Ayant pour cadre Los Angeles, « Cobra Kai » nous montre ainsi la transformation de la Cité des Anges, autrefois temple de la fête décomplexée, en lieu de pèlerinage de la révolution culturelle progressiste. [...]
Effacer l’historique : notre critique
Comme à leur habitude Kervern et Delépine mettent en scène le petit peuple, celui des agios, des tickets de réductions et du diesel, et c’est là leur génie. Ils savent en parler sans se foutre de sa gueule et, derrière leur ironie brillante, tissent une toile de fond assez sombre. Dans un premier acte qui se déroule dans le décor d’une zone pavillonnaire, le duo pose sa trame et ses personnages par une succession de sketchs d’une justesse déprimante : Marie, victime de chantage avec une sextape ; Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée ; et Christine, chauffeur VTC dépitée de constater que ses notes ne décollent pas. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants du numérique pour effacer leurs historiques. Avec Kervern et Delépine, une réplique et un plan photographient mieux notre époque que mille mots. Dans une deuxième partie ambitieuse, le duo tente d’offrir une lueur d’espoir, celle entrevue il y a un an, lorsque « ceux qui ne sont rien » se vêtirent de jaunes pour s’unir sur des ronds-points et essayer de se sauver. Le film trouve alors une ampleur surprenante, porté par un trio sublime (Gardin, Podalydès et Masiero). Don Quichotte porte un gilet jaune, et il a de la gueule.
La gauche ne sait pas mèmer. Sur la philosophie du mème
Aristote nous avait prévenu : si la forme est plus noble que la matière, l’un n’existe jamais sans l’autre. En d’autres termes, si toutes sortes de formats ont déjà existé pour diffuser des idées dans l’espace public, la technique n’est jamais en soi neutre et pousse la pensée dans une certaine direction. Il va sans dire en effet que si le livre peut encourager une réflexion profonde, les 280 caractères du Tweet ainsi que sa rapidité incitent bien souvent à la bêtise immédiate. [...]

L’Incorrect

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