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Cobra Kai : hymne à l’éternel masculin

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Publié le

31 août 2020

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Série jouissive, « Cobra Kai » est un véritable brûlot contre l’évolution de l’Amérique contemporaine, traitant avec une rare acidité du phénomène des « social justice warriors ». Reprenant la série culte des « Karaté Kid » avec les acteurs du casting original, cette production Sony s’inscrit en faux contre l’air du temps.
Cobra Kai

La nostalgie des années 80 atteint son paroxysme. Jusqu’à l’overdose ? Oui, quand l’évocation de cette période se limite à quelques gimmicks et effets de style caricaturaux. Ce n’est pas le cas avec « Cobra Kai ». La série offre certes sont lot de références nostalgiques, à commencer par des flashbacks tirés du premier « Karaté Kid ». La bande originale fait ainsi la part belle au hard rock burné de la scène glam de Los Angeles, Ratt ou Guns And Roses étant nommément cités par certains personnages, ou encore à la synthwave dont raffole l’alt-right étatsunienne. Les films d’action de propagande anti-soviétique de l’ère Reagan sont aussi largement invoqués. Ayant pour cadre Los Angeles, « Cobra Kai » nous montre ainsi la transformation de la Cité des Anges, autrefois temple de la fête décomplexée, en lieu de pèlerinage de la révolution culturelle progressiste.

C’est dans ce Los Angeles désormais inhospitalier pour les hommes de son genre qu’évolue le personnage de Johnny Lawrence, héros principal de cette série à la place de Daniel Larusso. L’ancien challenger au titre de Karaté Kid, qui a atteint son pic de gloire durant ses années de lycée, est ainsi devenu un loser désabusé au mode de vie et aux valeurs anachroniques. Bâti sur une trame classique, « Cobra Kai » est un roman d’apprentissage dopé à la testostérone, aux bières Coors, aux muscle cars et aux sentiments virils des « vrais mecs qui se cachent pour pleurer en enchaînant les packs avec des slows d’Aerosmith en fond sonore ». Opposé à l’immigration latino, Johnny Lawrence finit pourtant par accepter d’entraîner son voisin équatorien nerd et souffre-douleur des privilégiés de son lycée.

Lire aussi : La série va-t-elle tuer le cinéma ?

Ce qui semble un pastiche de Gran Torino devient une comédie d’action burlesque où tous les réprouvés du lycée finissent par se faire pousser les poils, au sens littéral. Père de substitution, Johnny Lawrence apprend à ses élèves – qui ne cessent de le reprendre quand il les traite de fiottes ou les interroge sur la théorie du genre – à arrêter de chouiner et à frapper pour survivre. Il traite tout le monde à la même enseigne, son dojo Cobra Kai incarnant une communauté idéale où les appartenances particulières sont proscrites. La série évite néanmoins le manichéisme, puisque la masculinité y est valorisée tout en moquant ce qu’elle peut avoir aussi d’excessif. John Creese (méchant des films, qui était autrefois le sensei de Johnny Lawrence) n’est ainsi pas érigé en modèle mais en synonyme d’une époque révolue.

Le scénario rend hommage à ses qualités, sorte de père tyrannique mais présent qui endurcit les corps et les cœurs, sans toutefois occulter ce que cette éducation à la dure pouvait engendrer comme traumatismes et frustrations. Johnny Lawrence s’en émancipe et en retient le meilleur. Désormais Némésis du personnage principal, dans une amusante inversion des rôles, Daniel Larusso est aussi une caricature de l’Américain « qui a réussi » avec ses concessions automobiles et sa superbe villa. Lui aussi joue le rôle de père de substitution pour le fils de… son ennemi préféré Johnny Lawrence. Sujet central de Cobra Kai, la question de la paternité et des familles monoparentales est traitée sans pathos et avec justesse.

Sous l’esthétique du navet eighties se cache donc un objet culturel extrêmement riche sur l’éternel masculin et la place des hommes avec un H dans une société qui souhaiterait définitivement s’en passer. Pour petits et grands enfants.

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