Skip to content
Théologie laïque, la religion du rien

« Le mal est religieux, la révolution est religieuse, le remède est religieux, nous ne guérirons que religieusement », disait Blanc de Saint-Bonnet. Et voilà que la République approuve stricto sensu ! Vincent Peillon exhume dans ce petit essai une tradition trop méconnue de la gauche républicaine qui, s’opposant avec Jaurès au positivisme étriqué d’un Littré, concevait la laïcité comme « un acte de foi ». Si elle part d’un point juste – l’homme est par essence religieux – cette religion laïque repose bien vite sur une ambiguïté : permettre à chacun d’avoir ses croyances d’un côté, ou poser un nouvel idéal de l’autre. La solution est flottante, car doit se plier au pluralisme : ce sera une « libre- pensée religieuse » utopique et spiritualiste du devenir, anticléricale et anti-athée, faite de science et de justice. […]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Antonio Gramsci, réquisition générale

« Il est temps d’appliquer les leçons de Gramsci », déclarait en 2018 Marion Maréchal, dans un entretien à Valeurs Actuelles, selon un étonnant raisonnement circulaire qui consistait à dire que pour ne pas céder à la domination de la gauche il fallait appliquer les leçons d’un penseur de… gauche. C’est que, de gauche, Gramsci l’est de toutes ses fibres !

Né en Sardaigne en 1891, il figure l’archétype du penseur militant : membre fondateur du parti communiste italien, dont il fut le secrétaire jusqu’à son emprisonnement dans les geôles fascistes en 1926 où il croupit onze années avant de mourir en 1937, Gramsci n’est pas un philosophe qui s’intéresse à la politique, c’est un philosophe du politique et même un politique qui arme la philosophie à cette seule fin, un de ceux qui, dans la lignée de Machiavel, son plus grand inspirateur après Marx, considèrent que toute pensée commande l’action et que seule l’action est juge de la vérité ; action hors de laquelle aucun grand principe ne peut exister ni ne vaut une seconde de peine. Autrement dit, Gramsci est marxiste, le monde ne doit pas être contemplé et interprété à la façon des Grecs anciens ou des médiévaux mais transformé selon cette formule qu’on lui prête mais qu’il emprunte à Romain Rolland : « pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté ».

Gramsci est le père des « cultural studies », ancêtres des maléfiques « gender studies » qui à présent dévorent l’université et tentent de plier le réel

Il invente cependant une nouvelle façon de conduire la lutte selon la distinction qu’il opère entre la « guerre de mouvement », propice aux révolutions, et la « guerre de position » seul moyen pour le prolétariat de l’emporter dans une société capitaliste où le consentement à sa domination prend le pas sur la coercition. Grignoter le terrain du consentement, voilà la fameuse métapolitique qu’il est de bon ton de citer aujourd’hui – sans qu’on en comprenne les implications métaphysiques et morales profondes et délétères – et qui, en effet, a connu une pérennité effrayante, offrant la victoire à la gauche sociétale puisqu’on considère à juste titre Gramsci comme le père des « cultural studies », ancêtres des maléfiques « gender studies » qui à présent dévorent l’université et tentent de plier le réel pour en détruire toutes les anciennes représentations au nom du monde qui vient – la vraie formule du progressisme. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Duc du Maine : la légende noire du bâtard
Il fut le fils préféré de Louis XIV. Préféré mais bâtard. Issu de la relation adultérine de la Montespan et du roi-soleil, arraché dès la naissance à sa mère pour être élevé par madame de Maintenon, future femme de Louis XIV, Louis-Auguste de Bourbon vient au jour le 31 mars 1670. Malgré une difformité physique (il boite), le duc du Maine est un enfant vif et travailleur. Le roi qui veut en faire un prince à part entière le couvre d’affection et d’honneurs : à quatre ans, il reçoit la charge de colonel-général des Suisses, et part à 18 ans combattre sur les bords du Rhin. Discipliné et effacé, il s’y montre piètre officier. Qu’importe, son influence grandit à la cour grâce à sa proximité avec son père. En 1711, meurt le Grand Dauphin dit Monseigneur, le fils légitime. Quelques mois plus tard, son propre fils, le duc de Bourgogne succombe à une épidémie de rougeole. C’est l’hécatombe au sein de la famille royale, et le seul héritier de la couronne est un enfant de deux ans, arrière-petit-fils de Louis XIV. Par testament, le roi fait entrer le duc du Maine dans le conseil de Régence en lui confiant l’éducation du futur Louis XV. [...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Le christianisme, une tradition hors du temps

L’histoire des idées tourne parfois à vide. Si le culte progressiste et la technique reine n’apparaissent plus depuis longtemps comme les uniques paradigmes possibles, l’espoir de revenir en arrière, de penser à rebours, d’embrasser un legs philosophique qui ne soit pas irrémédiablement entaché par les antiennes du modernisme, peut sembler candide. Un rêve d’idéaliste, de romantique völkisch, qu’on a souvent cantonné aux errances de la gnose ou à des interprétations erronées du guénonisme et de tout un fatras occultiste tout à fait soluble dans l’ère moderne, affamée qu’elle est de colifichets et de symbolisme.

Car enfin, et c’est sans doute le point crucial que défend Michel Michel, sociologue notoire et penseur au carré, dans cet impressionnant essai : le modernisme et la Tradition sont parfaitement entrelacés, aussi indétachables l’un de l’autre que les serpents du caducée, aussi soudés que les hélices duelles d’un brin d’ADN. Et leur point médian, leur axe de symétrie, serait précisément ce christianisme qui a fondé d’une part l’histoire moderne, et de l’autre repoussé dans les ténèbres de la primo-histoire tout un appareil métaphysique désormais honni pour ses rapports privilégiés avec un réel encore non permuté par la cognition chrétienne. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Nietzsche, envers et contre tous !
Dans cet ouvrage somme Pierre-André Taguieff se livre à un exercice passionnant, celui de rendre compte de la postérité nietzschéenne aussi foisonnante et hétéroclite que le philosophe lui-même. Récapitulant la pensée de l’ermite de Sils-Maria, Taguieff y voit une sorte de bouillonnement dont les contradictions interdisent la récupération, sauf à tronquer une pensée rétive à toute facilité interprétative. On sait que Nietzsche sera néanmoins largement détourné par à peu près tout le monde, chacun le truquant pour en faire le héraut de sa propre pensée. Est-ce à dire qu’on ne peut rien tirer d’autre de Nietzsche que lui-même ? [...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Face au chaos institutionnel, la monarchie ?

L'idée d'un scénario catastrophe qui verrait, à brève échéance, l'islam bouleverser la vie politique et faire basculer la France dans un chaos institutionnel a déjà été traitée dans Soumission de Michel Houellebecq où l'écrivain imagine l'arrivée au pouvoir d'un leader musulman élu triomphalement au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen en 2022. De votre côté, vous imaginez une réaction de l'opinion publique patriote face à une vague sans précédent d'attentats islamistes qui aboutit à la démission anticipée d'Emmanuel Macron en 2026. Croyez-vous vraiment que les choses puissent se passer de cette manière ?

Michel Houellebecq a imaginé un scénario passionnant dans lequel la France se révèle incapable de résister à une montée douce, sans heurt, de l'islamisation. Sa vision est évidemment pertinente, et je suis persuadé qu'il dessine un scénario envisageable à moyen terme pour notre pays. De façon pragmatique, les islamistes devraient attendre que la démographie fasse le travail : Jérôme Fourquet, dans son magistral essai L'archipel français, montre par l'analyse des prénoms que près de 20% des nouveaux nés ont un prénom issu de la culture arabo-musulmane. En quelques décennies, ils pourraient donc atteindre la taille critique pour prendre le pouvoir par les urnes.

Mais je pense qu'ils ont un calendrier différent en tête : les djihadistes semblent penser que la victoire viendra par la guerre. Je recommande un excellent roman, La grande épreuve d’Étienne de Montety, qui montre que certains d'entre eux souhaitent l'arrivée de Marine Le Pen au pouvoir pour cristalliser leur séparatisme. En bref, deux stratégies sont envisageables pour nos adversaires : devenir une majorité grâce au ventre de leurs femmes (comme le souhaite Erdogan) ou provoquer un affrontement pour soulever nos quelques millions de concitoyens musulmans contre le système.

Lire aussi : Éditorial de Jacques de Guillebon : Ma droite, mes droits !

Quant aux institutions, elles sont fragilisées par une idéologie dangereuse, prédite avec clairvoyance par Raspail dans Le camp des saints : celle de la victimisation des criminels. Au nom de l'appartenance de nos ennemis à des minorités, nous estimons qu'il n'est pas juste de les punir. La justice ne faisant plus son travail et la police étant honnie par les médias, nous nous trouvons dans une situation incroyable où les victimes ne sont plus protégées. Laurent Obertone, dans tous ses livres, nous montre l'implacable système à broyer les Français dits de souche.

Vous imaginez une convergence des luttes entre les militants de l'ex-Manif pour tous, c'est-à-dire la bourgeoisie catholique, et les classes populaires issues de régions à forte identité locale (Bretagne, Corse). Vous rejoignez en cela la thèse que soutenait Patrick Buisson dans son ouvrage La cause du peuple. Malheureusement, cette convergence ne s'est pas vraiment réalisée à l'occasion du mouvement des Gilets jaunes. Croyez-vous qu'elle soit possible dans un futur proche ? Qu'est-ce qui pourrait contribuer à la faire advenir ?

Tout d'abord, je tiens Patrick Buisson pour le plus brillant analyste politique et social qui soit en cette période. Son dernier ouvrage est, au même titre que La cause du peuple, incontournable. Son souhait serait en effet une jonction entre la France de Johnny et celle de La Manif pour tous. Elle ne pouvait pas se produire, ou en tout cas de façon marginale, au moment des Gilets jaunes pour la simple raison que le combat ne concernait pas la France bourgeoise. Et ce car d'une part les bourgeois ne sont pas sensibles à la thématique fiscale, leur pouvoir d'achat n’est pas leur premier sujet de préoccupation, et d'autre part car l'infiltration rapide de ces manifestations par l'extrême gauche les rendait peu attractives ! [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Éditorial essais de septembre : Le monde d’avant n’aura pas lieu

Le monde d’avant n’aura pas lieu, ni celui de demain d’ailleurs ; pour la raison que ni l’un ni l’autre n’existent autrement que dans la représentation fantasmatique que nous en avons et qui nous fait regretter l’un et craindre l’autre. Regretter quoi d’ailleurs ? On ne sache pas que la vie fût si belle avant, qu’elle fût mieux, enviable, désirable, qu’elle fût la vie quand nous n’en posséderions plus désormais qu’une prétendue contrefaçon. La vie en somme, à quelque époque qu’on la retrouve ici-bas c’est surtout beaucoup de douleurs, de choses ratées, et d’obstination pour rien, et la grâce parfois d’y échapper un peu... par erreur. Car si c’est un truisme philosophique que de dire que le passé n’existe pas ni non plus le futur, qu’il est passé pour toujours et que l’autre, déjeté, n’arrive jamais, le monde, lui, existe vu qu’on s’y cogne.

Et ce monde on ne peut pas dire qu’il soit si digne d’être aimé que ça, qu’il soit notre élément et qu’à condition de nous y conformer on puisse l’habiter sans souffrir. Au contraire, il déraille de partout, s’épuise, gémit et gronde, nous tue pour nous survivre et périra à son tour quand nous ne serons déjà plus là depuis longtemps, mais depuis bien moins longtemps, semble-t-il, que ceux qui nous ont précédés et qui sont déjà morts pour toujours ici-bas. Quant au monde de demain, on a raison de le craindre, mais non parce qu’il nous offrirait un supplément d’apocalypse, parce qu’il sera le monde et qu’on y souffrira avec ou sans QR Code, avec ou sans épidémie, qu’on se fracassera contre ses limites perpétuellement étendues et perpétuellement limitées, et que même convaincus de notre liberté nous n’en demeurerons pas moins ses esclaves.

Lire aussi : Éditorial essais de l’été : La France contre les hyènes

On pourrait alors se rassurer à la façon d’un néo-hippie tout droit sorti des années quatre-vingt-dix et nous dire que seul importe le présent et qu’il faut en profiter – carpe diem ! Mais c’est bien à cause du présent que nous ne nous illusionnons pas sur le passé et que nous appréhendons l’avenir selon des formules terrifiantes, que nous savons la nostalgie menteuse et l’espérance en des lendemains qui chantent toujours coupable et bonne pour le peloton d’exécution, si bien que la sagesse pour nous consiste à refuser de placer le monde par-dessus tout – quel que soit le monde dont on parle, qu’il fût blanc ou noir, celui d’avant ou celui d’après, celui qu’on aime ou qui nous déplaît, celui qu’on feint de désirer et celui qu’on fait advenir réellement – quoi qu’on en dise...

Alors certes, le présent, lui, existe puisqu’il nous éprouve, et par lui c’est le monde qui nous ronge et la bêtise et le mal qui nous contraignent à placer en celui-ci nos seules perspectives selon l’imagination qui nous trompe toujours au moins trois fois : en avant et en arrière mais d’abord en face. On aura alors sûrement vraiment grandi moralement et spirituellement quand chaque être humain sera enfin capable d’accepter qu’on désire le futur et qu’on regrette le passé parce qu’ils sont des mensonges, pour la raison qu’on supporte difficilement le présent qui résume la vérité du passé et du futur dans la souffrance ; présent néanmoins aimable à la seule condition qu’il nous délivre de la recherche du bonheur, du monde d’avant et de celui d’après qui ne pourront jamais être autre chose que le monde ici-bas. En d’autres termes, on ne souhaite ni le monde d’avant, ni le monde d’après, on endure ce monde-ci, on pleure sur ceux qui s’y trouvent heureux puisque par là ils en souffrent plus encore, en espérant de toutes ses forces que derrière ses limites abjectes quelque chose puisse le crever d’en haut. [...]

Nicolás Gómez Dávila contre le droit naturel
On connaît le grand réactionnaire colombien pour ses fabuleuses scholies, mais il peut également attaquer la modernité et la démocratie sous la forme d’une démonstration méthodique. Affirmant que le droit naturel n’existe pas et qu’il n’est qu’un droit positif sans origine repérable mais mûrissant au sein de l’histoire, Davila récuse les prétentions du premier qui serviraient toujours de masque à l’absolutisme. Absolutisme d’un seul, d’une secte ou, dans le cadre démocratique, de la majorité rompant l’interaction entre sujets de droit autonomes. [...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest