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[Idées] Le Droit au sexe, ou des droits pour les tas

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Publié le

24 novembre 2022

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Ne riez pas trop vite, car le wokisme s’invite sous vos draps. Fin de la présomption d’innocence pour les hommes blancs, déconstruction des normes de « baisabilité » trop patriarcales : bientôt, refuser les avances d’un transsexuel ou d’une obèse sera-t-il passible de poursuites ? La réponse dans « Le Droit au sexe » d’Amia Srinivasan.
droit au sexe

Si vous êtes intéressé par la pointe des débats féministes, ce livre est fait pour vous. Rassemblant plusieurs essais traitant des agressions, de la pornographie, du « droit au sexe » ou de la prostitution, Amia Srinivasan applique et radicalise la logique woke sur toutes les thématiques sexuelles. C’est que le sexe est politique, qu’il faut donc ôter les masques légaux-rationnels (choix, consentement, présomption d’innocence) pour inspecter ce qui se joue réellement dans nos draps, à savoir – pour elle – l’hétéronormativité, le racisme, le classisme, le validisme, patati patata. Sa thèse : la désirabilité est un pur construit politique, actuellement néfaste car d’essence patriarcale et blanche. Dans les débats féministes qui opposent libérales et moralistes (pro-porno vs anti-porno, etc), elle prône donc le dépassement : l’émancipation réelle ne sera atteinte qu’après l’« empouvoirement » des femmes et la « transfiguration des désirs », c’est-à-dire la mise à bas de la nature et de ses fondamentaux, de la culture et de ses préjugés. En clair, quoiqu’elle ne s’en rende pas compte, la voilà plus libérale que les libéraux, car c’est bien un choix véritablement éclairé qu’elle revendique – à condition qu’il soit possible d’être libre en étant nu et mû par ses sens, ce dont on doute fort.

Lire aussi : Éditorial culture de novembre : Aspersions

Outre des thèses folkloriques (contre la présomption d’innocence, il faut « croire les femmes », mais pas les femmes blanches qui accusent des hommes noirs), malgré quelques analyses vraiment intéressantes, le problème principal est épistémologique. Plutôt qu’une démarche hypothético-déductive, la philosophe pose d’emblée son résultat (patriarcat pas gentil) puis analyse les faits en fonction de cet a priori. Sous couvert de science sociale, l’idéologie. Premier exemple : une femme noire qui reproche à un homme noir de vouloir une femme blanche dénonce à juste raison un racisme sexuel ; un homme asiatique qui reproche à une femme asiatique de vouloir un homme blanc dissimule l’idée qu’il jouit d’un droit au sexe avec ses congénères. Autre exemple : l’« imbaisabilité » d’un homme n’est pas le fait des goûts féminins, mais de l’intériorisation par les femmes des normes patriarcales de l’attractivité sexuelle masculine – comme si ces normes n’avaient rien à voir avec ce que désirent les femmes. En clair, à vouloir détruire tout ce qui est, surtout à taire le pouvoir immense des femmes sur le marché de l’amour, la philosophe raconte beaucoup de sottises et passe à côté de son sujet.

Si vous êtes normal, passez votre chemin.


Le Droit au Sexe d’Amia Srinivasan
Puf, 360 p., 24 €

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