Dans cet ouvrage somme Pierre-André Taguieff se livre à un exercice passionnant, celui de rendre compte de la postérité nietzschéenne aussi foisonnante et hétéroclite que le philosophe lui-même. Récapitulant la pensée de l’ermite de Sils-Maria, Taguieff y voit une sorte de bouillonnement dont les contradictions interdisent la récupération, sauf à tronquer une pensée rétive à toute facilité interprétative. On sait que Nietzsche sera néanmoins largement détourné par à peu près tout le monde, chacun le truquant pour en faire le héraut de sa propre pensée. Est-ce à dire qu’on ne peut rien tirer d’autre de Nietzsche que lui-même ?
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Taguieff nous offre une clé de lecture : Nietzsche serait un maître en déception et ceux qui le lisent pour en faire le champion de la vie et la caution de leur volontarisme facile et caricatural, une sorte de super coach défenseur du « struggle for life », ne verraient que l’écume de sa pensée. Un profanateur de certitude, l’intranquille avec lequel on chemine et qui, parce que lui mesure le chaos, ne nous rassure pas mais au contraire travaille à nous inquiéter, voilà Nietzsche ; bref, un solitaire ontologique dont il importe de défendre l’intégrité contre tous ceux qui veulent le ramener à eux, contre ses ennemis et contre ses amis.

Éd. du Cerf, 492 p., 24€





