


Ce nouveau tome du journal couvre les années 1992 et 1993, soit sept cents pages pour seulement deux années de la vie de Muray ! Des années qui voient l’apothéose de la Mitterrandie putrescente : référendum sur le traité de Maastricht, suicide de Bérégovoy, lancement d’Arte… Elles voient aussi l’acculturation de la France à l’american way of life, dont l’implantation d’EuroDisney fait alors augure d’effroyable symbole. Mais le pays, déjà, sécrète ses premiers anticorps comme L’Idiot international auquel Muray contribue. Lui traverse presque indemne ces sinistres années en pratiquant, comme à son habitude, l’art du dégagement aristocratique, tout en excitant à tout propos sa misanthropie native jusqu’à aggraver méthodiquement chaque symptôme de son « rejet de greffe ».
Sous son plus mauvais jour
Ultima necat est désormais pour lui une forme d’automédication : « Je n’écris plus, je produis du contrepoison ». Il est également une arme privilégiée dans la guerre permanente qu’il livre à l’époque, mais aussi aux autres qu’il tient à distance comme pour les empêcher d’altérer sa singularité. Le journal est le moyen de leur échapper mieux, sa tenue quotidienne participe et témoigne d’un art de vivre caché : « Qu’est-ce que tenir son Journal ? Multiplier les pensées clandestines, les actes négatifs, traverser la vie en fraude, tromper tout le monde ». [...]

Né des réseaux de la résistance, le Service d'action civique (SAC), organisation de gros bras parfaitement dévoués à la cause de la grande Zohra, jouit de cette grâce d'avoir su être discret lorsqu'il le fallut (la traversée du désert avant 58) et impressionnant quand il en était besoin (contre l'OAS, durant la guerre d'Algérie).
Cornaqué de loin par l'éternel Foccart, et organisé de près par des barbouzes comme l'étrange Pierre Debizet, le SAC que décrit François Audigier dans cette demi-somme (le livre ne s'étend que sur la décennie 58-69) se révèle vraiment comme une police politique occulte qui, réactivée pour la prise de pouvoir de de Gaulle, jouera un rôle majeur dans les crises fatidiques comme celle de 68, ou celle de l'Algérie quand bien même la majorité de ses membres était favorable au maintien. [...]



C’était le mercredi 26 avril 1961 : le putsch d’Alger a échoué et le commandant du 1er R.E.P. Hélie Denoix de Saint Marc se constitue prisonnier. De retour en France, comme il le relate dans ses mémoires Les Champs de braises, les autorités lui posent la question rituelle : « Avez-vous déjà été condamné ? ». Il répond : « À la perpétuité, par les Allemands ». Son procès n’est pas encore commencé que le ton est bel et bien donné.
Saint Marc comparaît devant le Haut Tribunal militaire le 5 juin 1961, et c’est le compte rendu intégral du procès publié chez les Nouvelles Éditions Latines, abondamment annoté et commenté par Bernard Zeller – le fils d’un des généraux du putsch, André Zeller –, qui nous permet de plonger dans les drames qui ont drapé l’événement. Plus que son action dans la Résistance, les vingt-deux mois passés dans les camps de concentration ou son combat en Indochine, c’est son procès pour participation au Putsch des généraux qui a fait sa renommée. Face à un pouvoir public qui requit contre lui la peine injustement lourde de vingt ans d’emprisonnement, encensé par des témoins qui regrettaient de devoir déposer contre lui, soutenu à demi-mot par l’avocat-général, puis frappant tous ceux présents par sa droiture et ses répliques sans faille, Saint Marc a, pour citer l’historien Olivier Dard en préface de l’ouvrage, « marqué l’histoire comme la mémoire de la France contemporaine ». [...]

Que l'on évoque la dette des ménages ou la dette publique, on ne l'envisage souvent que sous l'angle des simples relations économiques, donnant raison à Marx, qui dans le Manifeste du parti communiste, critiquait ainsi la bourgeoisie : « Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses “supérieurs naturels”, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du “paiement au comptant”. Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».
La dette fait partie de la condition humaine
Rétablir le caractère multiple et profondément humain de la dette est l'ambition de l'essai que publie Hubert de Vauplane (éditions Première partie). Sous le titre provocateur Endettez-vous ! qui répond par-delà les siècles à l'exhortation bourgeoise de Guizot Enrichissez-vous !, l'auteur, avocat associé dans un cabinet d'affaires américain et professeur associé à Sciences Po, remet en perspective la notion de dette en montrant qu'elle fait partie de la condition humaine.
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Nous sommes ontologiquement débiteurs, d'abord par rapport à Dieu qui nous a créés et nous a rachetés par la Croix de la dette du péché. « Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur », dit saint Paul (Rm, VI, 23). Reconnaître la dette du péché est le préalable indispensable pour s'ouvrir à la miséricorde de Dieu et accueillir son salut. C'est vrai d'un point de vue individuel comme collectif car le péché originel est cette dette collective de l'humanité pécheresse à l'endroit de son créateur pour avoir troublé l'harmonie du cosmos par la démesure infinie du péché.
Dans ce contexte, on comprend que Nietzsche ait voulu affranchir l'humanité de cette culpabilité ontologique qui pèse sur l'homme. Dans la Généalogie de la morale que cite Vauplane, Nietzsche considère que l'athéisme « libèrerait l'humanité de toute obligation envers son origine, sa causa prima » de sorte qu'il ferait advenir une « seconde innocence » marquée par l'absence de toute culpabilité mais aussi de toute forme de reconnaissance. « Nos fautes sont des dettes contractées ici et payables ailleurs, écrit à juste titre Hugo. L'athéisme n'est autre chose qu'un essai de déclaration d'insolvabilité ». [...]

L’Incorrect
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