
IDÉES


Novembre 1790 : en signant ses Réflexions sur la Révolution de France au succès tonitruant, Edmund Burke (1729-1797) formalise le tempérament contre-révolutionnaire, et devient par la même occasion le père du conservatisme moderne. En Albion, il est applaudi par les Tories mais divise son camp – Thomas Paine lui répond par son virulent Droits de l’homme. Pendant longtemps, les émigrés de Coblence en font leur bréviaire, avant de passer au providentialisme maistrien. Traduit outre-Rhin par Friedrich von Gentz, futur bras droit de Metternich, il attise la flamme romantique et devient l’arme de résistance contre la pénétration des idées révolutionnaires via l’impérialisme napoléonien.
Bien que Whig, cette critique univoque de la Révolution est en parfaite cohérence avec ses positions antérieures. Député aux Communes, il prend fait et cause pour son Irlande natale puis pour les colons anglais installés en Amérique, non pas qu’il soit favorable à l’indépendance – il la regrettera et rêvera d’une réintégration – ni aux idées revendiquées, mais plutôt qu’il cherche à préserver les coutumes institutionnelles contre le pouvoir personnel de George III. Surgit alors la Révolution française, à laquelle Burke s’oppose au nom du même droit de la continuité. Quiconque a lu ses Réflexions aura été frappé par leur désordre : pensé au départ comme lettre adressée à Charles-François de Pont, conseiller au Parlement de Paris, l’écrit s’est transformé au fil des humeurs en un pamphlet copieux et fiévreux où Burke, en plus de prédire les futures atrocités de la Terreur, condamne les droits de l’homme et la tabula rasa révolutionnaire – et avec eux les interprétations démocratiques de la Glorious Revolution. [...]


Ce nouveau tome du journal couvre les années 1992 et 1993, soit sept cents pages pour seulement deux années de la vie de Muray ! Des années qui voient l’apothéose de la Mitterrandie putrescente : référendum sur le traité de Maastricht, suicide de Bérégovoy, lancement d’Arte… Elles voient aussi l’acculturation de la France à l’american way of life, dont l’implantation d’EuroDisney fait alors augure d’effroyable symbole. Mais le pays, déjà, sécrète ses premiers anticorps comme L’Idiot international auquel Muray contribue. Lui traverse presque indemne ces sinistres années en pratiquant, comme à son habitude, l’art du dégagement aristocratique, tout en excitant à tout propos sa misanthropie native jusqu’à aggraver méthodiquement chaque symptôme de son « rejet de greffe ».
Sous son plus mauvais jour
Ultima necat est désormais pour lui une forme d’automédication : « Je n’écris plus, je produis du contrepoison ». Il est également une arme privilégiée dans la guerre permanente qu’il livre à l’époque, mais aussi aux autres qu’il tient à distance comme pour les empêcher d’altérer sa singularité. Le journal est le moyen de leur échapper mieux, sa tenue quotidienne participe et témoigne d’un art de vivre caché : « Qu’est-ce que tenir son Journal ? Multiplier les pensées clandestines, les actes négatifs, traverser la vie en fraude, tromper tout le monde ». [...]

Né des réseaux de la résistance, le Service d'action civique (SAC), organisation de gros bras parfaitement dévoués à la cause de la grande Zohra, jouit de cette grâce d'avoir su être discret lorsqu'il le fallut (la traversée du désert avant 58) et impressionnant quand il en était besoin (contre l'OAS, durant la guerre d'Algérie).
Cornaqué de loin par l'éternel Foccart, et organisé de près par des barbouzes comme l'étrange Pierre Debizet, le SAC que décrit François Audigier dans cette demi-somme (le livre ne s'étend que sur la décennie 58-69) se révèle vraiment comme une police politique occulte qui, réactivée pour la prise de pouvoir de de Gaulle, jouera un rôle majeur dans les crises fatidiques comme celle de 68, ou celle de l'Algérie quand bien même la majorité de ses membres était favorable au maintien. [...]



C’était le mercredi 26 avril 1961 : le putsch d’Alger a échoué et le commandant du 1er R.E.P. Hélie Denoix de Saint Marc se constitue prisonnier. De retour en France, comme il le relate dans ses mémoires Les Champs de braises, les autorités lui posent la question rituelle : « Avez-vous déjà été condamné ? ». Il répond : « À la perpétuité, par les Allemands ». Son procès n’est pas encore commencé que le ton est bel et bien donné.
Saint Marc comparaît devant le Haut Tribunal militaire le 5 juin 1961, et c’est le compte rendu intégral du procès publié chez les Nouvelles Éditions Latines, abondamment annoté et commenté par Bernard Zeller – le fils d’un des généraux du putsch, André Zeller –, qui nous permet de plonger dans les drames qui ont drapé l’événement. Plus que son action dans la Résistance, les vingt-deux mois passés dans les camps de concentration ou son combat en Indochine, c’est son procès pour participation au Putsch des généraux qui a fait sa renommée. Face à un pouvoir public qui requit contre lui la peine injustement lourde de vingt ans d’emprisonnement, encensé par des témoins qui regrettaient de devoir déposer contre lui, soutenu à demi-mot par l’avocat-général, puis frappant tous ceux présents par sa droiture et ses répliques sans faille, Saint Marc a, pour citer l’historien Olivier Dard en préface de l’ouvrage, « marqué l’histoire comme la mémoire de la France contemporaine ». [...]
L’Incorrect
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