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Le front républicain : un plan à trois

Cette Jeanne d’Arc, décidément, quelle aubaine ! Ce 8 mai 1982, quand Jean-Marie Le Pen entend Mitterrand vanter, depuis Orléans, « le pluralisme des opinions et le choc des idées », il flaire le bon coup. Comme elle, son armée ne comporte qu’une « poignée de compagnons » – il n’a même pas pu se présenter à la présidentielle de 1981, faute de parrainages suffisants, – mais comme elle, il va « forcer le destin ». Puisque toutes les chaînes de télévision sont encore d’État, le chef de l’État peut lui ouvrir les antennes auxquelles il n’a pas accès. Il lui écrit.

Quand François Mitterrand reçoit cette lettre, il sent le profit qu’il peut en tirer en y donnant suite. Il charge Georges Fillioud, le ministre de tutelle de l’audiovisuel public, de faire passer l’ordre qu’il soit mis fin à ce « manquement », ainsi qu’il le lui écrira en réponse.

Une semaine plus tard, Jean-Marie Le Pen, pas « vu à la télé » depuis la destruction de son domicile par un attentat en 1976, fait son retour sur le petit écran. À l’époque, pourtant, il ne représente rien. Aux cantonales de mars, il s’est bien passé quelque chose à Grande-Synthe (13,30 %), et à Dreux, où un certain Jean-Pierre Stirbois a obtenu 12,6 % des voix, mais, sur le plan national, le FN, c’est 0,2 %. Pourquoi alors une telle bienveillance de la part de Mitterrand qui n’est pas réputé prodigue de cette vertu ? Parce qu’il a une arrière-pensée : la droite, c’est comme l’Allemagne, plus elle sera morcelée, mieux il se portera.

LE CYNIQUE AVEU DE ROLAND DUMAS

Dans un premier temps, le FN monte mais cela renforce plus la droite que ça ne la fractionne. Lorsque, lors d’une municipale partielle à Dreux, en septembre 1983, le RPR et le FN prennent, unis, la ville à la gauche, il ne se trouve que quelques centristes pour protester. « Je n’aurais pas du tout été gêné de voter au second tour pour [cette] liste », déclarera ainsi Jacques Chirac à Franz-Olivier Giesbert, expliquant: « Cela n’a aucune espèce d’importance d’avoir quatre pèlerins du FN à Dreux, comparé aux quatre communistes au conseil des ministres ». Caramba !

Lire aussi : Mitterrand et le marché aux beurs

Le deuxième étage de la fusée, ou plutôt du missile contre la droite, va être la 47e des 110 propositions pour la France du candidat Mitterrand : l’instauration de la proportionnelle aux législatives. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent mais parfois, il est utile de les tenir. En 1984, après un passage très remarqué de Jean-Marie Le Pen à « L’Heure de vérité » le FN obtient 10,95 % des voix aux européennes. Ça sent la forte poussée aux législatives qui doivent avoir lieu deux ans plus tard. En 1985, la réforme est donc adoptée, pile à temps pour entrer en vigueur pour le scrutin.

Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand et l’un de ses plus vieux complices, a reconnu, comme en écho aux propos de Chirac sur le scrutin de Dreux, que c’était pure manœuvre : « On a vécu depuis la guerre sur l’impossibilité de serrer la main d’un communiste, jusqu’au jour où Mitterrand [les] a pris dans sa majorité. [Auparavant], c’était un impératif politique qui empêchait la gauche d’avoir une majorité. Donc de là l’idée: il faut qu’on trouve un moyen de les diviser. Ce moyen, ça a été la loi électorale, c’est-à-dire la proportionnelle ». Et d’ajouter, avec un parfait cynisme : « Il n’y a rien de critiquable, dans une démocratie, que de permettre aux gens de s’exprimer, même si c’est tactique[...] ».

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Une association de financement au service d’Éric Zemmour ?

Selon nos informations, des partisans d’Éric Zemmour s’organisent pour lui faire faire un pas de plus vers une candidature à la présidentielle. Des sympathisants ont en effet créé une association de financement sous le nom des « Amis d’Éric Zemmour » (l’association de financement est un dispositif juridique nécessaire en France pour un parti qui souhaite recevoir des dons ou des prêts). À la tête de cette association apparemment spontanée, on trouve Jean-Charles Savatier comme président, et Jean Gueugnon comme trésorier. Le premier est directeur de cabinet d’un maire divers-droite et professeur de sciences-politiques, le second est assistant parlementaire au Sénat.

L’article 2 des statuts de l’association que nous avons pu nous procurer fixe les objectifs suivants, explicite dans l’objet, derrière le vague déclaratif :

« L’objet du Mouvement est de promouvoir la grandeur de la France et l’intérêt national.

Le Mouvement promeut la recherche de l’intérêt supérieur de la France, la souveraineté nationale, la participation au débat démocratique, le renouveau du personnel politique, la reddition de comptes des responsables élus et non élus envers les citoyens, l’engagement civique et l’attachement à la République.

Le Mouvement défend l’égalité de tous les Français devant la loi, le pluralisme effectif, la liberté de conscience comme d’opinion ainsi que la laïcité.

Le Mouvement contribue à l’expression du suffrage universel.

À cette fin, il peut notamment participer au débat public ainsi qu’aux élections ».

Lire aussi : Jacques Bompard : « Éric Zemmour aspirera tous les autres courants »

L’entourage d’Éric Zemmour qui considère l’association avec intérêt dément cependant en être à l’initiative et précise que depuis plusieurs mois très nombreux sont les mouvements spontanés en faveur d’une candidature du premier essayiste de France. Quant aux membres de l’association, ils sont enthousiastes mais prudents : « Notre objectif, confient-ils, est de convaincre Éric Zemmour d’être candidat à la prochaine élection présidentielle. Nous souhaitons qu’il prenne conscience de l’attente populaire qu’il suscite. Rien ne dit à ce stade qu’il nous écoutera, mais si d’aventure il décide d’être candidat, notre mouvement pourra être mis à sa disposition s’il le juge utile ».

Enquête : Ce que pèse la prison en France

Le 20 avril, le Premier ministre s’est rendu en Alsace, au centre pénitentiaire flambant neuf de Lutterbach, pour y parler de « Plan 15 000 ». Il s’agit du nombre des places supplémentaires de prison que le chef de l’État s’est engagé à construire en mars 2018. Édouard Philippe avait lancé la construction de 7 000 places. Son successeur a expliqué qu’il fera de même. Ce sera même plus, car, depuis 2017, le gouvernement a fermé 3 000 places insalubres. Donc le Plan 15 000 concerne en réalité 18 000 places, le tout pour 4,5 milliards d’euros. Au passage, Jean Castex a rappelé qu’il a augmenté le budget de la justice de 8 %, que 10 000 postes supplémentaires de policiers et gendarmes ont été ouverts ainsi que 5 000 postes de surveillants. Bravo. À présent, soulevons le capot.

D’abord, les 18 000 places seront construites dans dix ans. Et en attendant ? Rien. Bon. Ensuite, ces places de prison servent à enfermer des délinquants condamnés. Combien y en a-t-il ? D’après Brigitte Brugère, secrétaire générale de l’union des magistrats, il y a eu 550 000 condamnations en 2018. En raison d’un choix politique, les peines ont lieu en milieu ouvert. Il s’agit des mesures alternatives à l’incarcération (sursis avec mise à l’épreuve, semi-liberté, placement, etc.). In fine, cette année-là, seules 101 431 personnes ont été condamnées à des peines de prison fermes, c’est-à-dire 1 % du total des 10 millions d’infractions pénales constatées au travers de mains courantes ou dépôts de plainte. Ah, quand même. [...]

La religion de l’antiracisme, legs Mitterrandien
Le sociologue Paul Yonnet (1948-2011) s’est, comme toute une génération, formé intellectuellement à travers le mouvement de mai 1968. À l’instar de certains de ses condisciples, Paul Yonnet a critiqué la doxa idéologique laissée en héritage par le joli mois de mai. Il a commis l’erreur de le faire très tôt et avec trop de lucidité, son ouvrage Voyage au cœur du malaise français (Gallimard, 1993) n’est pas un réquisitoire, mais une analyse fine, argumentée et implacable de la construction idéologique soixante-huitarde et mitterrandienne, de la mise en place d’un nouveau credo politique « dans les formes d’une idéologie de substitution à l’idéologie marxiste et aux idéologies dérivées d’elle »; un antiracisme idéologique devenu religion d’État, analyse Yonnet, corollaire de la démission des forces politiques de droite comme de gauche, soumettant les questions d’identité et d’immigration à la dictature du pathos[...]
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Immigration clandestine en Guyane : le phénomène passé sous silence

Incontrôlable et incontrôlée en métropole, l’immigration l’est tout autant en Guyane. De nombreux Haïtiens y débarquent régulièrement dans l’espoir de rejoindre Cayenne en passant par la sous-préfecture Saint-Laurent-du-Maroni. Hommes, femmes et enfants attendent par centaines qu’un laissez-passer leur soit délivré afin de franchir le barrage d’Iracoubo, dernier obstacle à leur installation. Loin d’être inédites, ces arrivées massives d’Haïtiens sont monnaie courante depuis de nombreuses années. Seulement, la situation semble ne plus être maîtrisée.

Des laissez-passer distribués excessivement 

Frédéric Bouteille, sous-préfet aux communes de l’intérieur, racontait à Guyane 1 : « Nous avons multiplié le nombre d’autorisations, de 10 nous sommes passés à 25, puis cette semaine à 50. Nous voulons éviter le phénomène de fixation à Saint-Laurent pour ces demandes d’asile ». Ces sauf-conduits posent de sérieux problèmes au territoire. Les faits en Guyane sont alarmants, mais ce problème français est ignoré et la Guyane laissée à l’abandon. C’est pourquoi mardi 4 mai, Rodolphe Alexandre, président de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) informait Emmanuel Macron dans une lettre dénonçant « l’immigration massive » qui sévit depuis des années. La missive était également signée par le député LREM Lénaïck Adam, ainsi que le vice-président du Sénat Georges Patient.

Lire aussi : Premières générations d’immigrés : vous avez dit irréprochables ?

Après un rapport sur la situation critique de la Guyane, la demande au chef d’État est on ne peut plus claire : « Mobiliser les voies et moyens » dont ce dernier dispose afin de lutter contre « ce flux disproportionné […] qui nous place de facto dans une situation d’urgence constante et nous condamne à un rattrapage permanent que nous n’avons pas les moyens d’assumer en termes d’équipements et de services publics ». Concrètement, ils réclament « un moratoire sur le droit d’asile politique en Guyane ». [...]

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Premières générations d’immigrés : vous avez dit irréprochables ?

Les vagues d’immigration européenne ne se sont pas faites sans heurt malgré une culture assez proche. Comment imaginer alors que les premières générations d’immigrés extra-européens se soient intégrées sans confrontation, et ce alors même que le nombre d’immigrés africains était bien inférieur aux millions issus d’Italie ou d’Espagne ?

Dans sa Genèse de l’Algérie algérienne, Charles-Robert Ageron donne quelques éléments de réponses. Dès le début du XXème siècle, les employeurs français préféraient recruter de la main d'œuvre européenne plutôt que maghrébine, car jugée plus performante, et tentait par divers procédés de freiner la venue d’individus provenant des colonies. Après la Seconde Guerre mondiale a été envisagée la venue de 310 000 immigrés jusqu’en 1949 pour reconstruire le pays (nombre relativement faible, qui va à l’encontre du mythe de Français incapables de reconstruire leur propre pays), parmi lesquels 90 000 Maghrébins. On s'aperçut pourtant du taux de chômage faramineux des Algériens déjà présents sur le territoire (50% des 203 000 Algériens vivant en France en 1951), ce qui poussa le ministre de l’Intérieur et le ministre du Travail à refuser de nouveaux Algériens et à réduire le nombre total de Maghrébins. [...]

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Effacer le grand reset

Sans doute les crises ont toujours pour effet de créer des objets de fixations indépendants de toutes réalités complexes ; lesquels synthétisent moins la vérité d’une époque que celle des fantasmes qu’elle éprouve, ce qui, à la fin, nous en dit malgré tout un peu sur l’époque. Le livre de Klaus Schwab et Thierry Malleret, The Great Reset, publié en juillet 2020 est, pour l’instant, parmi les grands gagnants de cette Nouvelle Star de l’apocalypse qui vaut à ce pensum médiocre d’être désormais perçu comme la bible maléfique d’une conspiration mondiale destinée à nous enfermer chez nous pour toujours, et ce afin de faire advenir le transhumain connecté à Netflix pour le restant de sa vie – ce qui risque de faire long vu qu’on aura aboli la mort. Forcément, le livre de Schwab ramassant à peu près tous les fantasmes les plus flippants et les théories les plus naïves dans l’air du temps depuis deux décennies, il se prête aisément à toutes les rêveries millénaristes, quoique nous doutions que ceux qui s’en effrayent le plus l’aient ne serait-ce que feuilleté.

Lire aussi : Great reset : le Capital à l’heure du Covid [...]

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Mitterrand et le marché aux beurs

L’ignominie de François Mitterrand s’est particulièrement illustrée dans son exploitation des malheurs de l’immigration de masse – malheurs des déplacés et surtout malheurs des hôtes d’accueil. Cette ignominie s’est, ô surprise, doublée d’une campagne de dénigrement de la police, dont les effets ont été son désarmement, quand bien même c’était l’époque où la France en eût eu le plus besoin, l’immigration s’accompagnant évidemment d’une forte hausse de la délinquance, ceci étant prouvé depuis statistiquement dans tous les pays du monde.

C’est en 1983, fatidique année, que l’engrenage s’enclenche : alors que Mitterrand use secrètement de la montée du FN à Dreux, la gauche anti-française, incarnée notamment par Jean Daniel du Nouvel Obs fait déjà au gouvernement socialiste le procès de « nourrir cet anti-islamisme indistinct et de moins en moins honteux que l’on voit refleurir, surtout d’ailleurs, hélas!, dans les couches populaires, en France et en Europe ». Les ministres Maurois et Deferre sont sous le feu du camp du bien. Il leur faut réagir.

Ça tombe bien, deux idiots utiles, le père Delorme et le pasteur Jean Costil, organisent une marche à travers la France pour lutter contre le racisme, réclamer des cartes de séjour de dix ans et le vote des étrangers aux élections locales. 17 marcheurs partent de Marseille ; un mois et demi après, ils sont 100 000 à entrer dans Paris : c’est la Marche des beurs, aux revendications de qui Mitterrand accède très vite, conseillé par des gens comme sa secrétaire d’État Georgina Dufoix. Toumi Djaïdja, l’un des organisateurs, est condamné la même année pour un braquage : qu’à cela ne tienne, Tonton le gracie.

L’apothéose de Tonton dans la collaboration avec des puissances étrangères aura lieu dans l’affaire du voile de Creil de 1989 où il brillera par son absence laissant son ministre Jospin se débrouiller seul avec une provocation qui finira en eau de boudin pour la République

L’homme qui trente ans plus tôt s’exclamait « L’Algérie, c’est la France ! » ne voit aucun embarras à poursuivre l’accueil massif d’immigrés sur le territoire national, au détriment de sa propre population. C’est même là qu’on peut discerner un gaullo-mitterrandisme : les deux hommes auront décidé, au nom d’une « certaine idée de la France », habile formule qui n’engage à rien, de sacrifier une partie de leur population, les pieds noirs et les harkis pour le premier, les classes populaires pour l’autre, pourvu que l’histoire puisse continuer et qu’ils en demeurent du bon côté.

Rapidement donc, Mitterrand envoie en mission ses sicaires, comme Julien Dray dont l’association SOS Racisme récupère les « mouvements beurs » et les politise habilement, les changeant en une considérable réserve de voix à l’usage du président permanent. Notons au passage que la gauche est déjà confrontée à ses dilemmes collaborationnistes : les cortèges d’immigrés sont fortement teintés de palestinisme et de fondamentalisme religieux. C’est pourquoi SOS Racisme s’appuie sur l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) pour essayer de contrecarrer cette tendance. Peine perdue, le ver est dans le fruit et les défenseurs de l’immigration de masse seront trente ans après ses premières victimes.

Lire aussi : L’illusion anti-fasciste

SOS Racisme, inspirée de « Rock against the racism », grand concert donné outre-Manche, est le fruit de l’association de leaders post-étudiants trotskistes comme Julien Dray ou Gérard Filoche, de faux intellectuels comme Jacques Attali, Marek Halter ou BHL, de grands patrons comme Ladreit de Lacharrière et Pierre Bergé, d’artistes comme Simone Signoret, de batteurs d’estrade comme Coluche et Guy Bedos ; et enfin de l’État qui finance à travers des fonds destinés aux immigrés comme le FASILD. La gentille bouille d’Harlem Désir jointe à l’habile design de la main jaune – aussitôt collée de force sur la poitrine de tous les écoliers, collégiens et lycéens tels naguère, en d’autres lieux et pour d’autres raisons, les insignes totalitaires – font de ce mouvement « antiraciste » une arme formidable et sans équivalent contre la droite. Soi-disant ouverte à tous, l’association est squattée par la gauche, qui désigne ainsi le camp chiraquien, pris à revers par Jean-Marie Le Pen, comme celui du racisme [...]

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