
Il est né en 1686. Il a pour parrain Louis XIV. Il pèse 13 tonnes. Il est la plus grosse cloche après celle du Sacré-Coeur. Il est en fa dièse. Il a la plus belle sonnerie qui soit au monde. Pour préserver sa pérennité, il faut ménager ses sonneries à la volée. Il résonne donc pour les grandes fêtes religieuses et les grands événements nationaux. Pour Pâques (Ah ! quand, dans la nuit, on l’entend, avant le Gloria, et que la lumière se fait pour annoncer la Résurrection !) et pour la Pentecôte. Il sonne pour les Te Deum, pour la visite d’un Pape ; pour la fin des conflits de la Grande guerre, et pour la Libération. Il a résonné pour la chute du mur de Berlin et l’enterrement du gendarme Beltrame. Pour l’enterrement de Jacques Chirac (sa première sonnerie après l’incendie). Il se trouve dans la tour Sud de Notre-Dame, sauvée, comme la tour Nord. Le nom « bourdon » veut dire, en musique : « grosse cloche au son grave et plein ».
Dans le Génie du Christianisme, Chateaubriand consacre un chapitre aux cloches, à leur pouvoir merveilleux de rassembler le peuple en « forçant les vents et les nuages à se charger des pensées des hommes. » Et l’écrivain de distinguer les cloches des villes et les cloches des champs, le glas de la mort qui fait frémir et peut ébranler l’athée. Il y a les cloches des hameaux qui réveillent les « fantômes dans la vieille chapelle de la forêt » ou qui, comme l’alouette - « l’ange des moissons » - réveillent le laboureur. Il y a les carillons des fêtes et les cloches des calamités. Il y a le tocsin qui résonne dans la pièce tandis que le son de l’horloge frappe tranquillement l’heure écoulée. On n’entend plus guère, dans nos villes, le son des cloches unissant terre et ciel.












