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Antisémitisme : la banalité d’un mal français
Du meurtre d’Ilan Halimi à l’attentat de l’Hyper Cacher en passant par celui de l’école juive de Toulouse, ces crimes médiatisés ne sont que la partie émergée de l’iceberg. L’antisémitisme en France ne cesse de gagner du terrain. Enquête sur un scandale d’État. « Ça tire dehors », s’est écrié un surveillant. Quelques instants plus tard, deux jeunes ont déposé, dans le hall de la synagogue, Myriam, 7 ans, et Gabriel, 4 ans, touchés par des balles. J’ai vu ces deux petits corps étendus devant moi. Comme Gabriel bougeait, mon fils s’est empressé de faire un massage cardiaque à Myriam pendant que je lui faisais du bouche-à- bouche. Notre objectif était de la maintenir ventilée jusqu’à l’arrivée des secours. Hélas, les deux enfants sont décédés. » Plus de cinq ans après l’attentat de l’école juive Ozar Hatorah à Toulouse, les souvenirs de Nicolas Ranson restent intacts. C’est ce jour-là que le père de famille, qui avait des enfants scolarisés dans cette école aux côtés des deux petites victimes, a décidé de quitter la France. Déjà le 9 août 1982, sa famille découvrait l’horreur de l’antisémitisme en perdant un proche dans l’attentat de la rue des Rosiers. « Touché ainsi à deux reprises dans une vie, c’était trop », confie-t-il. Plus que l’idéal sioniste qui pousse les juifs pratiquants à faire leur aliyah (« l’ascension », immigration en Terre sainte), c’est cette insécurité qui a (...)
France , Décroissance scolaire
Selon le conte d’Andersen, il y aurait toujours un enfant pour dire que « l'Archiduc est nu ». Il aura fallu qu’un organisme international classe la France 34e sur 50 en niveau de lecture pour qu’un débat émerge timidement. Alors puisqu’on y est, allons-y franchement. Le très sérieux Pirls (Progress in international reading literacy study) publie tous les cinq ans une enquête fouillée sur le niveau de lecture des enfants. En l'occurence, les élèves du CM1 en France sont soumis à un QCM et à un exercice de lecture. Le but est de discerner si les enfants sont capables non seulement de lire mais aussi de comprendre le sens du texte. Le tout dernier classement montre des performances faiblardes, légèrement au-dessus de la moyenne mondiale mais en-deçà de la moyenne européenne. La Belgique est le seul pays européen plus mauvais. Mais surtout, la France régresse. Ses élèves sont de moins en moins armés pour comprendre un texte. Témoignage d’un professeur incorrect: « Si on montrait cent copies de brevet tirées au sort un soir au JT, les Français seraient effarés de ce qu’ils verraient; des adolescents qui
Martial Le Bars : Qui va sano va bistro
« Écoutez-moi je suis le gosier de Paris / Et je boirais encore s'il me plaît l'univers. » Près des Halles, l'écho des vers d'Apollinaire n'a pas tout à fait disparu. Martial le bistrotier régale encore les assoiffés de passage.
Laïcité : De la difficulté à mettre le petit Jésus dans la crèche
Tous les ans, au mois de décembre, arrive le marronnier de Noël… La crèche, dans les lieux publics, sent le sapin. Sous prétexte de séparation des Églises et de l’État, des vengeurs démasqués veulent briser l’image de la Sainte Famille. Ces iconoclastes de l’Avent veulent enterrer le lien millénaire que les Français ont tissé avec la représentation de la Nativité. Ils manifestent, éructent ou font appel à la force publique. Ainsi, le conseil d’État a-t-il interdit à Robert Ménard d’installer une crèche dans la mairie de Béziers et le tribunal administratif a fait de même contre le projet de Laurent Wauquiez au siège du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes. La cohorte des libres penseurs s’agglutine derrière le cortège funèbre en espérant (...)
Carmen : L’art sauvé de lui-même
Des gens malins, à Florence, ont décidé de changer la fin de Carmen. Parce que c’est pas possible de laisser mourir la dame comme ça. Le contexte culturel a changé, nous dit gravement l’attaché de presse. On est au XXIe siècle, merde, quoi ! Stop la haine, quoi ! Je comprends pas que tu comprends pas ça ! Les bons sentiments font les bons ouvrages, tout le monde sait ça ! Donc, Carmen tue Don José, façon Jacqueline Sauvage, et Olivier Py trouve ça très bien. Parce que le contexte a changé mais il faut quand même que quelqu’un meurt.
Les vaisseaux brûlés de dieu par Chantal Delsol
L'époque fourmille de discours sur le retour du religieux. Mais est-il possible de croire encore aujourd'hui ? Et si oui, à quel Dieu se vouer ? Comment décrire le moment contemporain en termes d’évolution religieuse ? Il faut entendre par « moment contemporain » les soixante-dix dernières années, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, 1945 et 1989 représentent des dates significatives en la matière, comme on va le voir. Un regard d’ensemble sur l’état de nos religions montre des évolutions liées aux transformations des mentalités. La religion traditionnelle, celle qui a structuré l’Occident et lui a donné sa cosmogonie puis sa culture tout entière, le judéochristianisme, évolue naturellement au gré de l’évolution des sociétés et de leurs modes d’être. Elle trouve à l’intérieur d’elle-même les formes qui correspondent le mieux aux besoins du temps. C’est ainsi qu’aujourd’hui, comme on sait, le catholicisme décroît au profit du protestantisme et plus particulièrement de l’évangélisme. Ce dernier répond davantage à l’individualisme généralisé et à l’irrationalisme qui confère valeur cardinale aux émotions. Mais ces évolutions ne représentent que des phénomènes secondaires au sein d’une évolution plus générale et beaucoup plus profonde. Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut remonter à l’époque des Lumières, et décrire le passage crucial de la modernité à la postmodernité. Les Lumières racontent la mise en doute, et en pièces, de la foi monothéiste qui a forgé ce continent (et plus tard les deux Amériques). Il est probable d’ailleurs que cette mise en doute couvait sous la cendre depuis des siècles et que nombre d’écrivains chrétiens avaient abandonné sans le dire la foi de leurs ancêtres – mais ceci est une autre histoire. La substance de la modernité, et sa conséquence, c’est l’effacement progressif (...)
La France au miroir de la mort de Johnny
Avec Johnny, c'est une époque qui meurt. Celle des Trente Glorieuses, du plein emploi, du Concorde, de la bombe atomique, des mini-jupes et des Jean d'Ormesson. Un excellent essai se proposait récemment de regarder La France au miroir de l’immigration (Stéphane Pellet-Perrier, Gallimard/Le Débat). Cette même France qui apparaît aujourd’hui au miroir de la mort de Johnny, cette France, qui n’ose désespérer publiquement de l’avenir inquiétant que lui réserve une immigration impensée et incontrôlée, se réjouit de ce qu’elle a été au miroir de Johnny : une France relativement homogène du côté de sa population, et forte d’une culture capable d’assimiler la nouveauté. En soulignant l’absence de la France immigrée aux funérailles de la star et sa non-participation à l’émotion collective, Alain Finkielkraut a eu, comme à son habitude, le courage de briser un tabou. Mais, trop pressé de révéler l’envers du miroir, il ne semblait pas saisir ce que celui-ci révélait positivement de nous-même. Indignée de la comparaison avec la mort de Hugo, indignée aussi des guitares et des applaudissements dans l’Église, notre conscience malheureuse nationale se lança dans une critique du (...)

L’Incorrect

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