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L’indépendance énergétique est-elle possible ?

Si le commerce ne garantit pas la paix, la guerre, elle, le torpille. Ou plutôt, elle torpille l’illusion que la dépendance énergétique ne se paye pas un jour en monnaie géopolitique. Avec le conflit en Ukraine, l’urgence d’acquérir notre souveraineté énergétique ne s’est jamais faite plus pressante. Si l’Union européenne déclare l’embargo sur le gaz et le pétrole russe, nous serons confrontés à de graves pénuries d’engrais, d’uranium, d’essence, de gaz donc, et d’électricité. L’État semble prendre enfin la mesure de la situation, après trente ans de destruction de la filière nucléaire, qui nous assurait une électricité presque propre (car neutre en CO2 ) et bon marché.

Bientôt, il faudra remplacer le pétrole, dont les stocks s’amenuisent. Parmi les candidats, les biocarburants « écolo » sonnent faux, et l’hydrogène « vert » fait craindre une nouvelle arnaque. Comment ferons-nous lorsque la moitié du parc automobile sera électrique ? Serons-nous capables d’extraire notre propre lithium de manière sûre, pour nous affranchir de nos importations russes et chinoises ?…

Jean-Frédéric Poisson : Euthanasie, nos gouvernants insistent

Le 11 avril, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, a expliqué que la nouvelle « grande réforme de société » mise en place pendant le prochain quinquennat serait le fameux « droit à mourir dans la dignité ». Le recours à des conventions citoyennes, inauguré par Emmanuel Macron lors de la loi climat, semble être devenu la nouvelle et unique manière de gérer les affaires de l’État lorsqu’elles sont compliquées, même lorsqu’il s’agit de lois aussi importantes que l’euthanasie.

Lire aussi : Henri de Soos : « Dans tous les pays concernés, le nombre d’euthanasies ou de suicides assistés augmente »

Le président reconduit pour un nouveau mandat sait, sur le sujet de l’euthanasie, ne pas avoir beaucoup à craindre en termes d’opposition puisqu’une grande majorité des Français est favorable à sa légalisation. Ainsi selon l’IFOP, en avril dernier, 93% des Français considéraient que « la loi française devrait autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie des personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ».…

Partout, les saints : sainte Gertrude de Nivelles

Dans la famille noble de Landen, la petite Gertrude voit le jour en 626. Son père, Pépin de Landen, a épousé Itte Idoberg quelques années auparavant. Maman Itte sera elle-même canonisée avec ses deux filles, Begge et Gertrude. Mais revenons-en à notre bébé Gertrude, pour le moment simple aristo locale, mais très en vue, car papa Pépin gère le palais royal de Dagobert Ier (celui avec la chanson et son slip de traviole, tmtc) en tant que Maire. Tout passe par lui, de la commande de navets à l’entraînement de la garde du Roi. De sa lignée naîtra Charlemagne, Charles Martel, bref, beaucoup de Charles riches en style et en espadons de quinze tonnes.

À mesure que Gertrude grandit, elle devient le meilleur parti du coin. Pétée de thunes, à la dot fracassée, dont la main promet une alliance avec la famille la plus chaude de la région et belle à en crever, Gertrude cumule. Les prétendants affluent par cargos entiers pour attirer les mirettes de la donzelle. Qui choisira-t-elle ? Un jeune prince lui dédiant des poèmes en latin? Mouais. Un seigneur de guerre dont le seul regard met des claques aux hordes hunes? Bof. Le sauveur et rédempteur de l’humanité, humble charpentier, cloué en croix et ressuscité ? Bingo!

La jeune femme n’a d’yeux que pour Jésus. À la mort de papa Pépin, maman Itte transforme leur château en abbaye. Non sans mal: la noblesse voit d’un mauvais œil le prestige montant de la famille pippinide, sans compter toutes ces jolies terres tombant bêtement dans l’escarcelle de l’église au lieu de la leur. Pour Gertrude, la Providence a parlé : elle entrera comme moniale à l’abbaye de maman. L’aristocratie locale rage sévère et commence à intriguer, pour changer. Cette sotte de Gertrude arrêterait illico ses délires mystiques si on lui trouvait un bon mari, et au bout d’un ou deux marmots, elle finirait bien par consentir. Saint Amand, un prêtre copain de la famille, conseille à la jeune "lle de prendre garde. Elle s’exécute au sens littéral. Décrochant l’épée de papa Pépin du mur, elle se poste devant maman Itte, l’implorant de lui couper son interminable chevelure. Vous comprenez, à l’époque, quand on a la coupe de Sandrine Rousseau, on ne se marie pas. Elle remplacera avantageusement ses boucles dorées par un voile, et son vœu se réalise. [...]

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Calanques de Marseille : nature entravée

Un parc naturel sous surveillance ? C’est le projet de Didier Réault, élu LR et président du parc des Calanques de Marseille. Face à la forte hausse du tourisme dans la région, un passe avec réservation 48 h à l’avance serait mis en place afin de juguler le nombre de visiteurs. L’enjeu serait également écologique : les Calanques sont menacées par un double phénomène de pollution de l’eau par l’aluminium et de destruction de la biodiversité par le passage incessant des touristes.

Or, les Calanques constituent un gros enjeu économique pour la région. En 2020, plus de trois millions de visiteurs s’y étaient rendus : une aubaine pour la région. Ainsi, malgré la volonté du parc de juguler les arrivants, les campagnes publicitaires se poursuivent. Si la préservation de la biodiversité et de la tranquillité dans les Calanques est nécessaire, l’instauration d’un système de réservation par QR code est-elle la meilleure solution ? On peut se permettre d’en douter. [...]

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Traité de la vie élégante : quatre couleurs orange
En apprenant de Mathilde qu’elle était finalement parvenue à inviter celui que tous les salons s’arrachaient, l’inaccessible Benoît Marsac, et qu’il arrivait dans cinq minutes, E. ne put réprimer un sourire. Il n’avait jamais rencontré le fameux romancier voyageur dont il avait lu et relu les livres rares et puissants, et se demanda quels thèmes il pourrait aborder avec l’auteur de Boustrophédons. Sans doute serait-il un peu convenu de le lancer sur l’incipit de Tristes Tropiques, « je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m’apprête à raconter mes expéditions »; et franchement banal d’évoquer la redécouverte du bateau L’Endurance par 3 000 mètres de fond sous la banquise antarctique, dont se faisaient l’écho toutes les chaînes d’info entre deux bombardements sur Odessa. Peut-être évoquer le sens de la nostalgie, écartèlement entre le temps et l’espace, sur laquelle Marsac avait écrit des pages inoubliables ? En apercevant Mathilde se lever puis revenir avec le romancier, un bouquet de lys à la main, E. constata avec inquiétude que Chantal de S. s’était extirpée du canapé et se dirigeait droit vers l’invité du jour. Il était pourtant peu probable qu’elle ait lu ses livres, Chantal s’interdisant de « consommer », comme elle ne manquait jamais de le dire, plus d’un roman par an, celui qui avait obtenu le Goncourt. [...]
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Juifs et musulmans de la France coloniale à nos jours : avec nos impôts

Une grande affiche dans le métro avait attiré notre regard. Elle titrait : Juifs et musulmans de la France coloniale à nos jours : plus d’histoire, moins de clichés. Apaiser les tensions, voilà un bien noble objectif a priori. Il faut simplement espérer que l’honnêteté intellectuelle ne soit pas sacrifiée sur l’autel du « vivre ensemble ».

C’est ainsi, en un beau matin d’avril, que nous nous sommes rendus au Palais de la Porte Dorée, là où on retrouve le Musée de l’histoire de l’immigration. Le bâtiment est fort joli, et en montant les escaliers, nous apercevons à l’entrée une grande boule disco blanche, composée de croissants islamiques et d’étoiles juives. Probablement une métaphore du rayonnement de la diversité en France. Nous entrons ensuite et faisons face à un texte apposé sur un mur clamant fièrement dès ses premiers mots : « La France est aujourd’hui le pays d’Europe qui compte les populations juive et musulmane les plus importantes du continent ». [...]

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Paulina Dalmayer : « La légalisation de l’euthanasie va juste soulager l’enfer dans lequel certaines personnes sans solution se trouvent »

Selon vous, l’euthanasie est-elle une bonne solution pour mettre fin à vos jours ?

La première question à se poser, c’est : « de quoi parle-t-on quand on parle d’euthanasie ? » Il y a plusieurs procédés pour exercer ce qu’on appelle une euthanasie. Les résultats des sondages montrent que la majorité des Français souhaite la légalisation. Mais selon quel modèle ? Il est facile de faire des sondages pour faire monter la sauce politique, sans que les sondés sachent de quoi l’on parle exactement. L’euthanasie finira par entrer en vigueur, nous n’y échapperons pas, et c’est tant mieux. Mais doit-on se calquer sur les Belges et laisser cette responsabilité essentiellement aux médecins généralistes ? Ou peut-être choisir le modèle suisse, beaucoup plus libre pour ne pas dire libéral ? On sait qu’il y a eu quelques dérapages en Suisse, où des personnes qui ne remplissaient pas les conditions d’accès à l’euthanasie y ont quand même eu accès en falsifiant quelques documents. Reste aussi la méthode américaine où un médecin prescrit une dose létale et le patient rentre à la maison et se débrouille ? C’est une procédure critiquable, mais il se trouve que quand les gens ont en main une dose létale de médicament, pour la plupart, ils ne l’utilisent pas. 

Il faut savoir ce que l’on veut, ce qui n’est pas le cas pour le moment. La France autorise une forme d’euthanasie qui ne dit pas son nom avec la loi Claeys-Leonetti : on peut vous administrer une dose de médicament pour vous soulager. Autrement dit, on vous plonge dans un sommeil très profond pour ne plus vous réveiller. Selon moi, c’est une loi, qui permet aux politiques de ne pas mener de combats et aux médecins de se couvrir sans avoir à vous injecter une dose létale. 

Vous parliez de la Belgique, où ce sont les médecins qui s’occupent d’effectuer les euthanasies. Pensez-vous que ça puisse être un acte trop lourd à porter pour les médecins ?

C’est souvent le cas : j’ai mené une enquête pour mon livre, et dans ce cadre j’ai interviewé un généraliste, Yves de Locht, un de ces médecins à l’ancienne qui connaissait très bien ses patients, et qui accomplissait ce geste comme une ultime mission. Accompagner un patient incurable jusqu’au bout et agir pour abréger ses souffrances ne lui faisait pas rompre son serment d’Hippocrate. Au contraire, il estimait que cela fait partie de ses obligations. Il n’y a aucun médecin à qui cela ne coûte rien. Les Belges ont un solide réseau professionnel qui permet aux médecins comme aux infirmiers, à tous ceux qui prennent des décisions en la matière, d’échanger, de se surveiller mutuellement et aussi de se soutenir. Ce n’est pas comme si on tuait à la chaîne, en cédant devant des caprices passagers des patients lassés de vivre. Il faut arrêter avec cette hystérie.

Vous pensez qu’il vaut mieux un système à la belge, où c’est le médecin qui fait le geste, ou bien un système à l’américaine où la personne se donne la mort elle-même ?

Je dirais : pourquoi pas les deux ? Il y a des patients qui sont encadrés depuis de longues années par leur généraliste, et dans ce cas c’est le médecin qui effectuerait le geste. C’est une question qui va se poser pour la majorité d’entre nous, car ce que la médecine sait faire technologiquement parlant, elle le fera, pas toujours dans notre intérêt. Même si l’acharnement thérapeutique est interdit, les vingt dernières années de votre vie se résument à des visites médicales. Vous êtes rafistolé au fur et à mesure de votre vie. Anne-Laure Bloch, une neurologue, a une formule à la fois excellente et terrifiante pour dénoncer une « médecine qui créée du handicap ». Ce qui est vrai. D’abord, il faudrait se demander s’il est souhaitable que nous fassions ce que nous pouvons techniquement faire, au lieu d’examiner les bénéfices à long terme pour le patient. Nous fabriquons des êtres en grande souffrance parce que nous ne savons pas s’empêcher de soigner. Un exemple de mon livre, celui d’une Italienne avec des métastases, un cancer généralisé, à qui on a décidé néanmoins d’enlever une tumeur par une intervention chirurgicale très lourde. Au final, elle a demandé une euthanasie en Suisse. Dans certains cas, il faudrait que les patients aient la possibilité de faire une injonction chez eux avec leurs proches. Mais le problème avec la méthode américaine, c’est que le médicament peut se retrouver dans les mains d’une autre personne que celle à qui elle a été prescrite. C’est compliqué et délicat, car il y a aussi des gens qui se sentent apaisés par le fait de mourir chez eux, donc, je ne vois pas pourquoi on devrait le leur refuser. [...]

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Belle vie, bonne mort : accompagner l’être, soulager ses souffrances

C’est souvent la « quête de sens » qui pousse les soignants vers les soins palliatifs. Dans les services spécialisés, le médecin a pour mission principale d’établir le bon diagnostic et de dérouler le protocole correspondant. Cette « automaticité » amène certains à se questionner, comme Paul, médecin en USP (Unité de soins palliatifs) : « Quand on avance dans les études de médecine, on voit des patients qui décèdent et on se questionne. “N’aurait-on pas pu faire mieux ? A-t-on bien pris en charge la famille?” » Le maître mot des soins palliatifs est l’accompagnement. Accompagnement des patients, de leur famille, mais aussi des soignants. Paul poursuit: « On s’accompagne soi-même et l’équipe dans la prise en charge. J’essaye au quotidien d’accompagner tout ce petit monde en visant le plus de paix possible. C’est un jeu d’équilibriste, car on ne peut pas contenter tout le monde, mais j’essaye d’apporter un peu de paix dans un moment particulièrement difficile ». Apaiser les souffrances, les difficultés des patients et des familles, cela passe par des soins techniques, mais aussi beaucoup de soins relationnels, d’attention et d’empathie.

Contrairement à ce qui vient spontanément à l’esprit, les USP ne sont pas de sombres mouroirs, où les patients agoniseraient seuls sur leur lit. Pour Élise, qui y travaille en tant qu’infirmière, cette méconnaissance nuit au développement des soins palliatifs en France : « Dans ces unités, tout est fait pour raviver la vie et la joie. À Jeanne-Garnier par exemple, il y a des tableaux, de la couleur, un piano, un jardin, une cuisine, et même un chat! C’est un peu une bulle de vie dans l’hôpital. On essaye de faire en sorte que les patients aient envie de mourir là, qu’ils s’y sentent bien ». [...]

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