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Partout, les saints : sainte Gertrude de Nivelles

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Publié le

5 mai 2022

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Malgré un destin de princesse, sainte Gertrude de Nivelles a choisit la vie monastique pour s’y consacrer de façon bien solide : on ne fait rien à moitié chez les Pipinnides.
Partout les saints

Dans la famille noble de Landen, la petite Gertrude voit le jour en 626. Son père, Pépin de Landen, a épousé Itte Idoberg quelques années auparavant. Maman Itte sera elle-même canonisée avec ses deux filles, Begge et Gertrude. Mais revenons-en à notre bébé Gertrude, pour le moment simple aristo locale, mais très en vue, car papa Pépin gère le palais royal de Dagobert Ier (celui avec la chanson et son slip de traviole, tmtc) en tant que Maire. Tout passe par lui, de la commande de navets à l’entraînement de la garde du Roi. De sa lignée naîtra Charlemagne, Charles Martel, bref, beaucoup de Charles riches en style et en espadons de quinze tonnes.

À mesure que Gertrude grandit, elle devient le meilleur parti du coin. Pétée de thunes, à la dot fracassée, dont la main promet une alliance avec la famille la plus chaude de la région et belle à en crever, Gertrude cumule. Les prétendants affluent par cargos entiers pour attirer les mirettes de la donzelle. Qui choisira-t-elle ? Un jeune prince lui dédiant des poèmes en latin? Mouais. Un seigneur de guerre dont le seul regard met des claques aux hordes hunes? Bof. Le sauveur et rédempteur de l’humanité, humble charpentier, cloué en croix et ressuscité ? Bingo!

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La jeune femme n’a d’yeux que pour Jésus. À la mort de papa Pépin, maman Itte transforme leur château en abbaye. Non sans mal : la noblesse voit d’un mauvais œil le prestige montant de la famille pippinide, sans compter toutes ces jolies terres tombant bêtement dans l’escarcelle de l’église au lieu de la leur. Pour Gertrude, la Providence a parlé : elle entrera comme moniale à l’abbaye de maman. L’aristocratie locale rage sévère et commence à intriguer, pour changer. Cette sotte de Gertrude arrêterait illico ses délires mystiques si on lui trouvait un bon mari, et au bout d’un ou deux marmots, elle finirait bien par consentir. Saint Amand, un prêtre copain de la famille, conseille à la jeune fille de prendre garde. Elle s’exécute au sens littéral. Décrochant l’épée de papa Pépin du mur, elle se poste devant maman Itte, l’implorant de lui couper son interminable chevelure. Vous comprenez, à l’époque, quand on a la coupe de Sandrine Rousseau, on ne se marie pas. Elle remplacera avantageusement ses boucles dorées par un voile, et son vœu se réalise.

Gertrude prie, mais lit surtout. Pour approfondir sa connaissance des Saintes Écritures, elle correspond régulièrement avec de grands noms de la foi en Irlande. Saint Feuillen remarque la vivacité d’esprit de la jeune moniale et souhaite participer à son éducation dans la foi. La jeune femme dépêche une expédition pour faire son taxi. Durant le voyage, le temps devient dégueulasse, un orage éclate et les marins (certainement très sobres) jurent avoir vu un monstre émerger des profondeurs. Si l’on peut légitimement se poser la question pour le bail du monstre, les archives de bord certifient que la prière à Gertrude apaisa la mer et le reste du trajet obtint cinq étoiles sur Uber.

Pendant le moyen-âge turbopatriarcal, la mère abbesse de Nivelles en est aussi la Maire et la juge.

De cette demi-légende provient son patronage des voyageurs. Les Germains mettent au point une tradition raffinée pour s’attirer ses faveurs: on lève une coupe de vin rouge en son honneur, puis on descend la coupe d’un trait. Toujours en son honneur, s’entend.

À 20 ans, coachée par l’irlandais Feuillen, elle endosse le rôle de mère abbesse. Pendant le moyen-âge turbopatriarcal, la mère abbesse de Nivelles en est aussi la Maire et la juge. Il fallait bien des révolutionnaires pour mettre un terme à ces conneries de bonnes femmes. Gertrude met un zèle profond dans sa morning routine. Un peu de vêpres, beaucoup d’études, le reste du temps pour les pauvres et les malades. Le petit parcours qu’elle emprunte dans les rues de la ville est encore celui suivi par ses reliques, lors de la procession annuelle à Nivelles.

Elle zappe un peu trop la partie « manger » du planning, pratiquant un jeûne peut-être un poil trop strict. Devenue trop faible pour ses responsabilités à l’âge de 30 ans, elle passe le relai à sa nièce protégée, Sainte Velftrude (grosse présence des prénoms claqués au sol). L’espérance de vie de Gertrude se rapproche alors dangereusement de celle d’un Iphone 11. À 33 ans, la belle moniale rejoint son mari spirituel, le Christ, au 17 mars 659.

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Sa vie terrestre ne constitue même pas la période la plus fascinante de son existence. Son culte se développa rapidement dans la vallée rhénane, porté par les pèlerins qui la sollicitent pour protéger leurs pas. Les fileuses, sommées d’arrêter leurs ouvrages le 17 mars de chaque année, voient en la coïncidence des dates un signe de son patronage. On représente souvent Gertrude portant une quenouille à la place de sa crosse. Gertrude opèrerait un travail miraculeux contre les rongeurs, dit-on encore dans les campagnes, et on la prie pour prendre soin de leur prédateur: nos petits chats si mignons, sauf quand ils chipent les clefs de la bagnole ou régurgitent des poils derrière le canapé.

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