Pouvez-vous nous raconter cette journée du 13 novembre ?
Je suis arrivé vers 20 h 30 à la terrasse du Carillon où j’ai rejoint mon ami Sébastien et quelques-uns de ses amis. Je reçois un coup de fil, je décale donc ma chaise pour pouvoir téléphoner. Lorsque je raccroche mon téléphone, il y a une voiture noire qui arrive, aux vitres teintées. Je me suis dit que c’était étrange car les vitres teintées sont normalement interdites. J’y prête donc attention. Et là, par la porte avant, Brahim Abdeslam, le frère de Salah Abdeslam, sort de la voiture, avec une kalachnikov à la main. Je comprends qu’il va se produire quelque chose d’anormal, un attentat. Je fais volte face, je cours. J’entends Brahim Abdeslam hurler « Allah Akbar » dans la rue et commencer à tirer sur la terrasse du Carillon. Il tire dans mon dos, je ne le vois pas, mais j’entends les tirs et les bruits de verre. Dans le feu de l’action, j’ai reçu une balle dans le bras avant gauche. J’étais touché, je n’ai pas bien réalisé au début et j’ai continué à courir.
Plus tard, j’ai été pris en charge par les pompiers, puis on m’a emmené dans un autre bar qui avait été touché où il y avait un hôpital de champagne avec des gens qui étaient en train de mourir. Ce sont des scènes vraiment compliquées à vivre. Après tout cela, on m’a emmené à l’hôpital, dans le XXe arrondissement et on m’a retiré la balle. Sébastien a pris sept balles dans le corps. Il a vraiment été massacré par les terroristes. Je n’avais très honnêtement pas beaucoup d’espoir, ni pour lui, ni pour les autres qui étaient sur la terrasse, à côté de nous, et qui malheureusement ne s’en sont pas sortis non plus.
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Quelles sont les retombées psychologiques ? Avez-vous des séquelles ?
J’ai peut-être eu la chance d’être blessé et d’avoir malgré tout réussi à fuir la scène de crime. Je ne suis pas resté sous l’emprise des terroristes. Ce que j’ai entrepris, je l’ai réussi. À mesure que ma blessure guérissait, je guérissais aussi dans ma tête. Les éléments isolés existent et font partie des menaces, mais il ne faut pas en faire une psychose. [...]