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À propos d’une gifle : en avoir (de l’audace) ou pas

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Publié le

5 août 2021

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Macron giflé au cri de « Montjoie Saint-Denis » ? Un acte dandy plus que politique, mais à tout le moins preuve d’une audace que tous n’ont pas.
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Bien, le président Macron s’est donc pris une claque in vivo. En attendant une autre annoncée aux régionales. J’imagine que L’Incorrect aura tout dit de ce qu’on peut dire de l’« événement » : problème de la sacralité de la personne du chef de l’État, lequel a par ailleurs tout fait pour désacraliser sa fonction ; grotesque du tocsin républicain sonné par Mélenchon et sa clique sur le péril extrême droitiste alors que des centaines de Français sont morts, victimes de terroristes dont le cri de ralliement n’était pas vraiment « Montjoie Saint-Denis ! », etc.

Occasions prestigieuses manquées

Tiens c’est peut-être ce qui me gêne le plus dans cet incident, ce cri venu du plus profond de notre histoire. Ça éloigne le geste de ce jeune Damien de la politique, pour le relier au dandysme. C’est bien d’ailleurs le dandysme, et du reste ça devient une denrée rare comme le courage au pays de Macron et d’Hanouna. Sans parler qu’incontestablement ce jeune homme s’est mis en danger pour cette beauté du geste, comme ses héros médiévaux chevaleresques de référence. Mais justement choisir un slogan du temps des bannières et oriflammes pour s’en prendre au fondé de pouvoir hexagonal de la mondialisation libérale, ce n’est pas tout-à-fait raccord, je trouve : les gens, les Français à qui son geste était malgré tout destiné vont penser que Damien est un marginal nostalgique, une sorte de « gothique », et non un représentant de la France qui n’en peut plus hic et nunc.

Peut-être aussi qu’on n’a pas toujours envie d’ajouter de la marginalité à la marginalité, et qu’on pense qu’on s’est déjà pas mal compromis par rapport à la moyenne de ses compatriotes

Bon enfin, il a osé, et c’est déjà quelque chose en ces temps où l’audace et l’agressivité semblent réservées à des catégories bien ciblées de jeunes hexagonaux. Et moi, et moi, et moi qu’aurais-je fait au fait ? Moi, le hasard m’a fait voir de près, dans les rues de la grande ville, des personnalités aussi attachantes que Georges Marchais (dans le cadre d’un procès, il est vrai), BHL, Harlem Désir, Jean-Louis Debré, Olivier Besancenot, Jean-Louis Cambadélis, Marek Halter, Michel Denisot… Et je n’ai rien dit ou fait. Une sorte de timidité à froid, de lassitude après tant d’années à baigner dans la tension politique ou para-politique. Peut-être aussi la crainte de ne pas contrôler la suite – d’une injure ou d’un doigt d’honneur, ou même d’une bonne vanne – et de me retrouver très emmerdé pour une simple bravade.

Bravade qui pourrait du reste être exploitée contre « mon camp ». Oh et puis, tout simplement, crainte aussi de ne pas être « bon », c’est-à-dire bien inspiré, peur de manquer de pertinence dans l’impertinence, tout ça. En tout cas je n’avais pas l’excuse de faire vivre une famille, ni même d’avoir un poste stable, j’avais donc une certaine liberté de me compromettre. Mais peut-être aussi qu’on n’a pas toujours envie d’ajouter de la marginalité à la marginalité, et qu’on pense qu’on s’est déjà pas mal compromis par rapport à la moyenne de ses compatriotes.

Politique et politesse

En tout cas, ma plus belle occasion manquée de ne pas me taire est survenue voici presque dix ans. Je me trouvais peu avant minuit avec une amie à la terrasse d’un bar élégant près de Saint-François Xavier (75 007). Soudain arrive le président fraîchement élu François Hollande flanqué de sa Trierweiler. Il s’est assis à deux ou trois guéridons de nous, avec des amis qui l’attendaient. Il a dû rester à vrai dire un gros quart d’heure avec son déca. La chienne qui m’accompagnait est venue à un moment lui renifler les chaussures – elle avait peu auparavant rencontré une candidate rivale.

Lire aussi : Le gifleur Damien T, chevalier Gilet jaune

Évidemment, là encore je n’ai rien dit, je n’avais pas envie de perturber cette agréable soirée. Et j’ai pensé à ce camarade d’il y a 40 ans, enrégimenté comme moi dans le service d’ordre de Giscard pour la présidentielle fatale de 1981 et qui faisait bruyamment état, devant un budget d’après-meeting, du mépris de son « employeur ». À un moment il se retourne et se retrouve devant M. le Président de la République Valéry Giscard d’Estaing. Il lui a dit « bonjour monsieur », avec un sourire sans doute gêné. Sincèrement je ne pense pas que j’aurais fait « mieux » que lui…

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