À trois mois et demi des élections fédérales allemandes, le scrutin régional de Saxe-Anhalt a été largement remporté par l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Armin Laschet, nouveau chef du parti et grand prétendant pour la succession d’Angela Merkel à la chancellerie. Avec 37 % des voix, la CDU termine avec 16 points de plus que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti eurosceptique de droite. Par rapport aux élections de 2017, le parti majoritaire enregistre donc une progression de six points, alors que l’AfD d’Alexander Gauland recule légèrement.
Ce résultat est un véritable soulagement pour la CDU, dans une période où l’AfD a le vent en poupe dans l’ancienne RDA, et alors que la gestion du Covid-19 par le parti au pouvoir a soulevé des questions chez beaucoup d’Allemands.
La stratégie du parti de Laschet semble donc requérir un grand écart idéologique pour se maintenir au pouvoir
Les élections fédérales sont cependant loin d’être gagnées pour le parti d’Angela Merkel : plusieurs critères favorables ont joué dans ces élections régionales, mais auront beaucoup moins de poids dans les élections de septembre. D’abord, la CDU a bénéficié de la forte popularité du ministre- président de Saxe-Anhalt Reiner Haseloff, tandis qu’Armin Laschet est bien plus contesté au sein de son propre parti. Là où Haseloff est apprécié pour sa ligne conservatrice et ses prises de parole tranchantes – ce qui lui a permis de marquer des points face au parti rival, Laschet perpétue la ligne modérée de la chancelière sortante. Il est notamment contesté par Markus Söder, ministre-président bavarois qui drague l’aile conservatrice du parti. Un duel dont Laschet était sorti vainqueur il y a quelques mois en interne, mais qui menace encore l’unité du parti.
La CDU a aussi fortement bénéficié de sa campagne de barrage contre l’extrême droite, ce qui ne va pas sans rappeler les dernières élections françaises. Or le principal rival de la CDU à l’échelle nationale n’est pas l’AfD, mais plutôt les Verts d’Annalena Baerbock, bien plus populaires en ancienne RFA et que certains sondages ont même donné en tête pour les législatives.
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La stratégie du parti de Laschet semble donc requérir un grand écart idéologique pour se maintenir au pouvoir. D’un côté, ils doivent maintenir des positions modérées pour ne pas lâcher trop de leste centriste aux Verts, et de l’autre ils doivent éviter de perdre leur majorité à l’Est au profit de l’AfD. Un plan qui ne peut donc pas aller sans incohérence. Ainsi, Armin Laschet est montré conciliant avec ses adversaires modérés du parti, proposant à Friedrich Merz de Rhénanie-du-Nord- Westphalie, ancien concurrent, de rejoindre son équipe de campagne. Il avait d’autre part refusé de répondre aux accusations de Söder, qui le traitait de « sorte de Kohl 2.0 ». D’un côté, il critique le caractère modéré de la politique climatique de Merkel, et de l’autre il choisit de garder dans ses rangs Hans-Georg Maassen, ex-président des services de renseignement malgré ses propos conspirationnistes et proches de l’extrême-droite. Sa large victoire lors des élections en Thuringe avait provoqué une vague d’indignation dans le parti.
S’il peut sembler politiquement nécessaire du point de vue de la CDU, ce double-jeu pourrait bien se retourner contre eux, alors que les sondages sont bien moins favorables qu’en 2017 : environ 25 % des voix contre 33 % aux dernières élections. Beaucoup scruteront avec attention l’orientation donnée au programme général du parti pour les législatives. Réponse le 21 juin prochain.





