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Angèle : narcisse ingénue

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Publié le

18 février 2022

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Parce que la pop culture, malgré ses joyaux, est avant tout une sous-culture de masse, il ne faudrait pas oublier de prendre du recul et de la gifler tous les mois.
angele

Après Flo, Oli et Orel, Angèle, dont le prénom s’articule du moins jusqu’au bout, a été le sujet d’un documentaire produit par Netflix qui, à défaut d’avoir un intérêt quelconque, possède au moins le mérite du symptôme. Pourquoi est-il dépourvu d’intérêt ? Parce que pouvoir accéder aux notes intimes d’Angèle qui nous explique au début du premier confinement : « Ça va être long, putain ! » n’est pas spécialement édifiant et que ses méditations existentielles d’adolescente qu’on redécouvre avec elle en pâmoison sur son lit devant son « moi » passé et qui s’exclame alors : « Putain, c’est ouf ! », ne sont vraiment pas « oufs » justement, mais d’un niveau standard de méditations existentielles d’adolescente – plutôt faible, donc.

Certes, Angèle est jolie, douée d’une voix sémillante et plus talentueuse que son demeuré de frère, Roméo Elvis, qu’on voit parfois s’exprimer sur un canapé, en tongs, éternel Averell à la voix traînante, dont l’ahurissement permanent, dilué par la mollesse, n’éclaire que des évidences, mais elle n’a rien non plus d’un prodige, elle n’a créé que deux disques de variété et n’a pas vécu grand-chose à part ce succès qui a tendance à faire stagner les psychés de leurs bénéficiaires et qui contribue à l’entretenir dans une image très surévaluée d’elle-même.

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Chouineries et paillettes

Ainsi donne-t-elle l’impression de s’interroger tout au long de ce documentaire nourri d’archives familiales sur la généalogie de son génie pour ne révéler en fait que sa stupéfiante banalité de jeune fille modelée par son époque. Quant à ses blessures: une photo d’elle un peu dénudée publiée par Playboy contre son avis pour illustrer un entretien (mais en même temps, ce n’était pas Télérama), ou Hanouna révélant sa « bisexualité » avant qu’elle ait pu avertir Mamy Pilou (je ne savais pas qu’à une époque aussi « progressiste » que la nôtre sur le plan des mœurs sexuelles, le rituel du « coming out » était encore d’actualité), ou encore son éphémère complexe de « fille de » (pauvre choute), celles-ci apparaissent tout de même dérisoires. D’autant que la gloire a étalé une bonne dose de pommade. D’ailleurs, « j’adore ma vie », conclue-t-elle, comme la première instagrammeuse venue, achevant de manière attendue cet exercice d’autopromotion narcissique.

Reflets purs d’une sale époque

Un authentique artiste produit un reflet de son époque qui se réverbère dans l’éternité. Mais l’inverse a lieu aussi : l’époque se reflète elle-même dans ses sous-produits culturels. C’est en cela que ces documentaires sur des demi-vedettes ayant à peine, en ce qui concerne Angèle, ébauché une carrière, possèdent du moins une vertu symptomatique. Reflet pur des valeurs et des attitudes promues par l’esprit de son temps dont elle offre une version à fredonner, Angèle les révèle à l’observateur dans une candeur infinie.

Ainsi tout se rejoint-il dans la même grande confusion où tout est spectaculaire et où tout est banal

Une complaisance envers soi-même parfaitement inouïe (le summum étant atteint lorsque la jeune chanteuse pleurniche en réécoutant sa voix entrecoupée de sanglots cinq ans plus tôt, se filmant donc en train d’être émue aux larmes par elle-même) ; une susceptibilité en conséquence ; un féminisme nouvelle manière hargneux et poussant logiquement à l’homosexualité, laquelle est ensuite affichée comme un reproche ; une étrange obsession pour la pilosité axillaire perçue comme une dimension féminine odieusement refoulée par le rasoir fasciste du patriarcat – on a les combats qu’on peut.

Enfin, à cette époque de téléréalité et d’instagrammisation générale où l’intimité de chacun est affichée par voie numérique, la surenchère pousse les vedettes à exhiber encore plus outrancièrement tout de leur quotidien, pour n’importe quel prétexte et aussi fade soit-il. Ainsi tout se rejoint-il dans la même grande confusion où tout est spectaculaire et où tout est banal.

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