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Castex, l’erreur de casting

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Publié le

16 septembre 2020

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Depuis sa nomination à Matignon, le 3 juillet, quel est le bilan de Jean Castex ? Vous séchez ? Nous aussi. Et ce n’est pas à cause des vacances : il n’en a pas pris. Peut-être croit-il, tel Henri Queuille, qu’il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ».
Castex

Pour qui suivait des études littéraires, fut un temps où le seul Castex que l’on connaissait – mais dont on ignorait le prénom – était un normalien, agrégé et docteur ès lettres, entre autres qualités qui entraînaient alors le respect. Tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, ses travaux constituaient un passage obligé de la formation de générations de lycéens et d’étudiants. Après avoir absorbé les Lagarde et Michard, on passait aux Castex et Surer. Autant de volumes – un par siècle – mais en plus trapus. Détenteurs du seul brevet des collèges s’abstenir… Les ouvrages consacrés au XIXe et au XXe siècle étaient les plus prisés.

Le XXIe siècle nous offre un nouveau Castex, né alors que le premier n’était pas encore mort, et on peut y voir une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que le niveau, décidément, a sérieusement baissé, y compris au sein des familles gersoises.

Pierre-Georges Castex (celui des manuels) était un parent de Marc Castex, maire de Vic-Fezensac, dans le Gers, et sénateur (centre gauche) du département. Jean Castex, né à Vic-Fezensac, est le petit-fils de Marc.

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La fiche Wikipédia de Marc Castex, pour une fois rigolote, précise que ce dernier n’avait « jamais [pris] la parole au Sénat pendant tout son mandat », ce qui était peut-être un signe de sagesse et de conscience de ses limites. Jean Castex, lui, parle. Beaucoup. Avec l’accent de son terroir, ce qui ne s’était pas entendu depuis Vincent Auriol et était sympathique lorsqu’on l’a découvert au début du mois de juillet pour sa nomination à Matignon, mais devient agaçant. Car, à force de mettre en application ce que Pierre Dac avait théorisé par cette formule : « Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir », il finit par donner chair à la vision que les bobos métropolitains ont des ruraux.

Le 26 août, soit près de trois mois après son entrée en fonctions, Jean Castex était sur France Inter. Émission spéciale amplement annoncée, décalage du journal de 9 heures pour lui laisser le temps de s’exprimer, aucune question gênante, y compris des auditeurs, zéro interruption, tout avait été fait pour qu’il puisse exposer posément tout ce qui lui semblait utile de porter à la connaissance des Français : décisions, projets, vision pour les presque deux années à venir, celles qui mènent à la présidentielle de 2022. Or, rien. Nada. Que dalle, comme n’aurait pas dit le distingué Pierre-Georges Castex des manuels.

Des dizaines de minutes durant, Castex Jean, celui qui a succédé à Édouard Philippe à l’Hôtel Matignon et ferait regretter, non seulement celui-ci mais aussi Jean-Pierre Raffarin et même Jean-Marc Ayrault, a déroulé le discours le plus lénifiant qui soit

Des dizaines de minutes durant, Castex Jean, celui qui a succédé à Édouard Philippe à l’Hôtel Matignon et ferait regretter, non seulement celui-ci mais aussi Jean-Pierre Raffarin et même Jean-Marc Ayrault, a déroulé le discours le plus lénifiant qui soit sur le seul et unique sujet qui semblait le préoccuper : le coronavirus. À un moment, celui qui avait eu, durant l’été, cette phrase en forme de raffarinade : « Le virus n’est pas en vacances, nous non plus ! », sans préciser s’il entendait l’affronter à mains nues ou lui proposer une partie de beach-volley, s’est fait solennel pour lancer cette phrase qui impliquait que le silence se fasse pour qu’on écoute attentivement ce qu’il allait nous déclarer : « Je vais vous dire quelque chose d’extrêmement important. »

Mutisme des journalistes, tout ouïe, fermeture des fenêtres donnant sur la rue passante chez les auditeurs, suspendus à ses lèvres et prêts à sauter sur les réseaux sociaux pour annoncer l’incroyable nouvelle à la moindre de leurs connaissances. Jean Castex a repris son souffle et déclaré avec toute la force que lui confère le poste éminent qu’il occupe : la « philosophie du gouvernement » (sic), c’est que nous allons « vivre avec le virus » (re-sic et hélas pas dix de der)… Ça valait la peine d’allumer France Inter à 8 h 20 et de se coltiner la station jusqu’à plus de 9 heures…

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Et concrètement!? Ben rien. Nada. Que dalle. Que tchi. Peau de balle et balai de crin. Le gonze est le premier des ministres et celui qui est supposé finir d’absorber l’électorat LR au profit du candidat à sa réélection à la prochaine présidentielle, et il n’a rien d’autre à dire. Même les journalistes en sont restés cois. Aucun des deux intervieweurs n’a eu la présence d’esprit de lui signaler que la veille, mardi 25 août 2020, on avait comptabilisé en France très exactement 16 morts du coronavirus, que la moyenne quotidienne du nombre de morts en France tourne autour de 1 700, et que si sa préoccupation majeure est de faire baisser la mortalité française, il devrait peut-être se pencher sur les causes de 99 % décès, et non faire une fixette sur le 1 % de victimes du coronavirus. Sinon il se raconte que les Français rencontrent de très vifs problèmes économiques et sociaux, mais ça, on en parlera plus tard.

Pour les quelques minutes qu’il restait, le Premier ministre que Macron nous a donné en punition d’on ne sait quel péché a été questionné sur les légers troubles à l’ordre public qui ont été constatés à Paris lors de la partie de ballon rond entre le PSG et le Bayern Munich. « Le mot d’ensauvagement, vous reprenez ? » Attention, question piège ! Et piège vite balayé par cette pirouette-cacahuète : « Au-delà des mots »… Et d’enchaîner avec un invraisemblable « merci d’évoquer avec moi ce sujet », suivi de l’affirmation selon laquelle cette violence – on lui a dit qu’elle était récurrente ? – sera sa « priorité de rentrée », ce qui en fait donc deux avec le virus, et même trois avec le plan de relance économique qui a dû être présenté depuis que ces lignes ont été écrites.

Cinquante-cinq piges, Sciences Po, l’ENA, des dizaines d’années en politique jusqu’à avoir été secrétaire général-adjoint de l’Élysée, et Jean Castex ne sait toujours pas qu’un Premier ministre est là pour prendre des décisions !

Et concrètement!? (bis) Eh bien, concrètement… « Il faut condamner tout ça, [car] c’est le pacte républicain qui est en cause ». Cinquante-cinq piges, Sciences Po, l’ENA, des dizaines d’années en politique jusqu’à avoir été secrétaire général-adjoint de l’Élysée, et Jean Castex ne sait toujours pas qu’un Premier ministre est là pour prendre des décisions ! Quant au rapport avec le « pacte républicain », que celui qui a compris écrive au journal, ça nous instruira.

Au final, ce Castex sans Surer a annoncé qu’il avait « demandé », sans préciser à qui, peut-être parce que ce spécialiste réputé des relations avec les syndicats a mis le Syndicat de la magistrature dans la boucle, « que soient travaillées deux pistes : la prévention et les suites pénales en général ». Et Castex d’ajouter : « Je suis très mobilisé là-dessus parce que je pense que c’est une question républicaine », plongeant l’auditeur qui s’était fait cramer sa bagnole ou le policier qui s’était ramassé un pavé sur la tronche dans des abîmes de perplexité… et de rage.

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Durant son premier mois à Matignon, histoire de montrer qu’il était un vrai gars du pays réel – pardon, de la France profonde – Jean Castex a manifesté une bougeotte encore pire que celle de ses prédécesseurs, effectuant seize déplacements en province. Ensuite, il a continué mais la presse a cessé de compter, tous les doigts des mains et des pieds ne suffisant plus à tenir la comptabilité de ces visites éclair auxquelles il faudra bien un jour qu’un de ses successeurs mette fin. Car c’est bien aimable d’aller à la rencontre des « zélus de terrain », voire d’aller saluer (de loin) les « vrais gens », mais ce n’est pas ce qu’on attend d’un premier ministre – ni même d’un ministre – qui est supposé potasser les dossiers et trancher. Décider. Ordonner. Se faire obéir. Saquer si besoin.

Et, par les temps qui courent, commencer par remettre de l’ordre dans le pays – de façon républicaine si ça lui fait plaisir. En ne « travaillant » aucune autre piste que l’application de la loi et l’ordre donné aux préfets de faire intervenir la troupe, pardon, les forces de l’ordre, dût-il y avoir du raisiné de quelques Malik Oussekine sur le pavé.

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