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Enquête : une campagne anti-discrimination par un publicitaire qui discrimine

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Publié le

4 juin 2021

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L’agence publicitaire Babel s’est récemment illustrée avec une campagne anti-discrimination qui coche toutes les cases de la bien-pensance et de la lutte contre la haine. Pourtant, son président-fondateur Laurent Habib, empêtré dans des affaires de harcèlement, est loin de donner l’exemple. Enquête.
Intolérance

Vous avez sans doute aperçu les nouvelles affiches du gouvernement : « Face à l’intolérance, à nous de faire la différence ». Elles sont signées de l’agence publicitaire Babel, une référence à Paris. L’agence a été fondée en 2012 par Laurent Habib, professeur de droit devenu ponte de la communication parisienne, passé chez Jacques Séguéla et Havas – l’une des plus grandes agences de communication du monde dont il fut directeur général en France. En 2006, il conseillait par exemple Dominique Strauss-Kahn. Après quelques années, il a fondé sa propre boutique grâce à quelques gros clients d’Havas qui l’ont suivi. Et le succès a été au rendez-vous. Il est devenu en 2017 président de l’Association des agences-conseils en communication (AACC) qui regroupe deux cents entreprises. En mai 2018, le président fondateur de l’agence de publicité Babel a été élu membre du Conseil exécutif du Medef, pour un mandat de trois ans. Il peut y rencontrer plus facilement ses clients. La même année, il affichait un chiffre d’affaires de 26 960 051 €. Coquette somme.

Le président de Babel s’est défendu en évoquant son côté « latin, complimenteur et parfois bonimenteur », et en reconnaissant des « lourdeurs »

Le 19 novembre 2019, après une compétition acharnée qui a duré neuf mois, son agence a exulté. Elle venait de remporter un appel d’offres de l’agence Santé publique France. Un jackpot à plusieurs millions annuels pendant quatre ans pour du « conseil et communication » sur les sujets de santé sexuelle. Le programme était précis. Il comprenait principalement deux domaines. Babel était prié de conseiller l’agence publique pour ses missions pérennes de prévention et de promotion de la santé dans le champ des risques infectieux et environnementaux (vaccination, antibiorésistance, etc). Les publicitaires devaient également apporter du conseil pour la gestion de situations urgentes ou exceptionnelles ayant des conséquences sanitaires collectives. Enfin, Babel devait agir en matière de formation à l’éducation pour la santé : canicule, accidents et autres événements extrêmes.

La campagne de 2020 fut donc consacrée au VIH et aux séropositifs. Bon. Mais le 14 octobre 2020, Olivier Véran et une poignée d’autres éminences ont lancé le Plan national d’actions pour l’égalité, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+. Ils voulaient une campagne nationale d’affichage. Sophie Caillat, dans un article de L’Obs du 8 novembre 2016, a estimé le coût de ce type de campagne gouvernementale à 5 millions d’euros, répartis entre 700 000 euros pour la création et 4,3 millions pour l’achat d’espace. Avec cette campagne représentant 20 % de son chiffre d’affaires annuel, Laurent Habib avait de quoi être content.

Lire aussi : Enquête : la Direction interministérielle de la transformation publique, un doudou à 700 millions

Ni Véran ni ses camarades n’ont relevé que, le 13 octobre 2020, veille du lancement du plan anti-discrimination, Laurent Habib démissionnait de la présidence de l’AACC. Il avait été largement mis en cause les semaines précédentes à travers les publications et les témoignages anonymes d’un compte Instagram, créé et utilisé à la suite du mouvement #Metoo pour dénoncer le sexisme, le harcèlement et l’homophobie dans la pub.

Manque de bol, Laurent Habib y était descendu en flamme. Dans un article de Challenges du 21 octobre 2020, Laure Croiset écrit avoir parlé à la créatrice du hashtag #BalanceTonAgency, qui lui a raconté « le poids de son réseau, notamment dans la sphère politique. Il disait être très ami avec Dominique Strauss-Kahn, et il s’en vantait ». Le président de Babel s’est défendu en évoquant son côté « latin, complimenteur et parfois bonimenteur », et en reconnaissant des « lourdeurs ». Depuis, il parle moins. Il est toujours au MEDEF, et Babel se porte comme un charme grâce aux budgets anti-discrimination de l’État.

La propagande, c’est pour le peuple.

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