Et s’il n’en restait qu’une : la France du homard ou la France du kébab ?

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« Nous avons conscience que nos concitoyens ne mangent pas du homard tous les jours, bien souvent c’est plutôt des kébabs », déclarait Sibeth N’Diaye quelques heures après le départ de François de Rungis du ministère de l’écologie. Extrêmement symbolique, ce propos soigneusement choisi ne faisait pas uniquement référence aux plaisanteries relatives au sandwich kebab mangé par Benoît Hamon dans les rues de Béziers lors de la campagne des élections européennes, dévoilant le corps même de ce que tient lieu de pensée à la « macronie ».

 

Dans l’esprit de la très fière Sibeth N’Diaye, qui cherchait là à « déplacer le sujet », comme disent les zexperts en « com », il n’y a que deux France : la France du homard et la France du kébab. Ou, en schématisant à grands traits ; Paris et sa banlieue proche. Bref, l’Elysée et les marches du 9-3. Entre les deux, rien. Un no man’s land composé de péquenauds, de Gaulois réfractaires et de petits imposés fiscaux.

Car, voyez-vous, la France du homard fait vivre la France quand celle du kébab vit de la France. Pour certains de nos ministres, le Français d’origine européenne ne saurait donc être qu’un membre de la famille Le Quesnoy dans La Vie est un Long Fleuve Tranquille, ou, à l’extrême rigueur, un journaliste de Libé en pré-retraite. Un bourgeois, un bourge ; de gauche ou de droite. Les autres ne comptent pas. Les autres n’existent pas. Tout juste bons à faire la claque le long des routes choisies pour les étapes du Tour de France.

Pour certains de nos ministres, le Français d’origine européenne ne saurait donc être qu’un membre de la famille Le Quesnoy dans La Vie est un Long Fleuve Tranquille, ou, à l’extrême rigueur, un journaliste de Libé en pré-retraite. Un bourgeois, un bourge ; de gauche ou de droite. Les autres ne comptent pas. Les autres n’existent pas.

Cette vision est très perceptible dans le cinéma français, Pierre Arditi et Joey Starr étant l’un et l’autre des caricatures de ces deux France. Dans la diagonale du vide qui paie trop et pas assez d’impôts pour être considérée à sa juste valeur, on ne saurait évidemment qu’être dégoûté par le « kébab » aux yeux de Sibeth N’Diaye (ou le consommer façon plaisir coupable). Au juste, pourtant, le kébab ne dérange personne. Qu’est-ce d’autre qu’un sandwich de viande de mauvaise qualité rôtie à la broche et arrosée d’une sauce trop grasse pour être parfaitement honnête ?

Les Français, y compris les ressortissants de la Gaule arriérée et réactionnaire, ne sont pas assez stupides pour haïr une spécialité culinaire pour le plaisir. Non, ce qu’ils réprouvent parfois, c’est l’invasion du kébab qui colonise les centres de villes en lieu et place de sandwicheries plus traditionnelles ou de bistrots. Du reste, ils savent bien que le « kébab » n’est pas et n’a jamais été un plat français, pas même maghrébin, puisque ses origines sont moyen-orientales et que sa déclinaison moderne nous vient d’Allemagne.

 

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Les Français de la diagonale du vide en ont surtout plus que marre que la France du homard et la France du kébab se moquent d’eux dans un même élan. Ils en ont assez des effets de communication d’un gouvernement en panne d’imagination. S’étant présenté comme le candidat du mérite en lutte contre la France des immobilismes et des clans, Emmanuel Macron gouverne pourtant avec les plus serviles de ses fidèles, éliminant tous ceux qui ont ou ont eu l’outrecuidance de s’opposer à lui.

Avec Sibeth N’Diaye, il sait pouvoir compter sur un solide rempart prêt à tout pour son maître, même à mentir. Avec Jean-Michel Aphatie, qui pense que madame N’Diaye dérange le mâle blanc par son intelligence, il sait pouvoir compter un cretinus pyreneus de première catégorie.

Les assauts de la France du kébab manifestant sa joie pour les belles victoires footballistiques de l’Algérie à la Coupe d’Afrique des nations comme le mépris souverain de la cour d’Emmanuel Macron.

Au milieu coule une rivière apaisée et endormie, subissant tout sans broncher. Les assauts de la France du kébab manifestant sa joie pour les belles victoires footballistiques de l’Algérie à la Coupe d’Afrique des nations comme le mépris souverain de la cour d’Emmanuel Macron. Un jour, elle pourrait tout inonder sur son passage.

Gabriel Robin

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grobin@lincorrect.org

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