La « génération lyrique » a eu son événement fondateur, mai 68. Elle a obtenu ensuite son sacre moral et politique, la victoire de François Mitterrand, qui fut, remarque Philippe Muray, « le fourgon blindé dans lequel cette génération a pris elle-même le pouvoir avec ses armes terrorisantes et ses bagages de nuées ». Son règne advenu à travers celui de François Mitterrand, elle a posé un doigt sur l’horloge, arrêtant la course de l’aiguille, décrétant l’avènement de l’ère nouvelle du temps figé, pris dans les glaces de la guerre agonisante, dilué dans la joie mortifère de la « fin de l’histoire ».
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Pour les « néo-français de tous les âges qui n’ont connu que Mitterrand », toujours selon Muray, il n’y a pas eu d’événement fondateur, il n’y a plus eu de temps historique, obsolète notion abolie par leurs aînés. Génération X, génération temps X. Vaguement inquiétés par l’ombre que Tchernobyl a jetée sur leur jeunesse mise sous cloche, puis spectateurs tranquilles de la chute du mur de Berlin et du renoncement béat de Maastricht, les enfants sages de la génération X n’ont décidé de rien et ont joué, avec une docilité mêlée de crainte, le rôle qui leur a été assigné dans un monde intégralement colonisé et façonné par les idéaux de leurs aînés. Et, tandis que s’efface la génération lyrique, repue et sereine, la génération temps X prend sur le tard conscience que l’histoire s’est faite sans elle et qu’elle doit passer le relais à d’autres avant d’avoir même pu songer à exister.





