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Harry Miller : je pense donc je nuis

La police perquisitionne les cerveaux ? L’anglais Harry Miller ne s’est pas laissé faire. Cet ancien flic, poursuivi pour transphobie, a porté l’affaire devant la Haute Cour qui lui a donné raison. Son association « Fair Cop » bataille pour dépolitiser les forces de l’ordre.

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© Sonia Fitoussi

Le QG de police du Lincolnshire (comté anglais de 760 000 habitants) était illuminé et exhibait, en façade, un éclairage arc-en-ciel LGBT. Harry Miller contacte le chef de police, lui demande pourquoi ce décorum. En Angleterre, février est le « mois de l’histoire LGBT » et les forces de l’ordre montrent leur solidarité avec les minorités sexuelles, lui répond-on. En affichant une allégeance politique envers un groupe particulier, à l’exclusion du reste de la population, vous dérogez au devoir d’impartialité de la police, rétorque Miller. Il suggère donc au constable d’éteindre les projecteurs bariolés et de revenir à plus de sobriété. « Il a refusé. Alors je me suis dit : s’ils ne veulent pas le faire, je vais le faire pour eux ».

Harry Miller, né en 1965, quatre fois père, a lui-même été flic il y a plus de trente ans, avant de créer sa propre entreprise, à la tête de 90 salariés et d’une flotte de bulldozers, excavatrices et autres engins de gros œuvre. Il a du respect pour les forces de l’ordre dès lors qu’elles assurent la sécurité du public et s’abstiennent de tout militantisme.

Le 23 février, donc, à l’issue de trois semaines d’illuminations LGBT du QG de police, Harry Miller, en fin de journée, s’en va faire un tour sur place. Il inspecte le dispositif lumineux : un pointillé de spots de couleurs plantés dans le gazon, tout simplement. « J’aurais pu les débrancher mais, vu le vent et la pluie [Nous sommes dans le nord de l’Angleterre, Ndlr], je ne voulais pas risquer d’abîmer leur matériel. J’ai compté les spots: quinze. J’ai été acheter quinze caches en plastique dont j’ai recouvert les spots, un par un. Plus d’arc-en-ciel ! J’ai filmé. Après quoi je me suis amusé à retirer les caches des spots violet et vert, les couleurs des suffragettes, histoire de rééquilibrer la balance à un moment où les droits des femmes sont menacés par les transgenres. J’ai filmé à nouveau puis j’ai repris tous mes caches (ça resservira !) et j’ai posté mon petit film sur twitter au grand embarras de la direction de la police. Beaucoup d’agents m’ont apporté leur soutien. Ils n’en peuvent plus de ce militantisme ».

L’existence d’Harry Miller a basculé fin janvier 2019 après une conversation téléphonique de 32 minutes avec un agent de police qui l’accusait de mauvaises pensées. Le contexte : le gouvernement britannique avait lancé une consultation nationale afin d’évaluer l’état d’esprit de la population à propos des conditions requises pour changer de sexe à l’état civil. (Notons que chez nous, l’affaire est réglée depuis 2016, en vertu de l’article 61-5 du code civil: pour changer de sexe, il n’est pas nécessaire d’avoir suivi un traitement médical ou d’avoir été opéré, il convient de démontrer que la mention de son sexe ne correspond plus à « celui dans lequel la personne se présente »). On n’en est pas encore là au Royaume-Uni.

En marge de la consultation anglaise, les points de vue s’échangent sur Twitter. Harry Miller est de ceux qui pensent qu’un homme qui se sent femme demeure un homme, et qu’il faut sanctuariser les espaces réservés aux femmes (prisons, refuges pour femmes battues, toilettes etc). Son opinion déplaît à un pianoteur de clavier, lequel déniche le nom de l’entreprise d’Harry Miller et le dénonce à la police. Miller reçoit un appel du directeur de son entreprise qui l’informe que la police le recherche. Il appelle sans attendre le numéro qu’a laissé l’agent. [...]

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