À partir du long roman réaliste de Balzac, Xavier Giannoli tire une fable cruelle aux résonances singulièrement troublantes à notre époque. Au-delà du drame du jeune ambitieux broyé par les différents partis d’une société aussi éblouissante qu’impitoyable, c’est le régime de mensonge généralisé engendré par l’avènement de la presse et du divertissement de masse dont Balzac a fait la satire dans Illusions perdues, bien avant Debord et sa Société du Spectacle, et c’est cette satire que le réalisateur reprend au cœur de sa brillante adaptation, l’augmentant même d’autres caricatures géniales, comme « La Machine a gloire » de Villiers de l’Isle-Adam, pour offrir au spectateur une charge complète, implacable et hilarante contre les vices de l’information contemporaine, saisis et dénoncés au moment de son éclosion, une charge qui redouble son impact à l’heure de Twitter, des fake news, du complotisme délirant comme de la corruption générale.
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Un conte atemporel
Prenant une grande liberté avec le chef-d’œuvre de Balzac, le réalisateur en extrait la matière, la substance et l’éclat pour tout recomposer au sein d’un format cinématographique adéquat, au rythme trépidant et qui pétille comme le champagne que boivent sans cesse les personnages parisiens. L’image se voit elle aussi progressivement contaminée par ce mirage doré pour offrir des tableaux souvent splendides. Parmi la belle distribution, Voisin et Dolan crédibles, Cécile de France encore impeccable, on est surtout frappe par les prestations remarquables d’un Vincent Lacoste jouant un journaliste cynique mais exultant et d’une Jeanne Balibar en sphinx aristocratique fascinant. Cette histoire de l’ascension et de la destruction d’un jeune provincial à Paris prend, par le contexte actuel et la virtuosité de Giannoli, la dimension d’un conte atemporel à la fois cruel et grisant. Admirable.
Illusions perdues (2h31) de Xavier Giannoli, avec Benjamin Voisin, Cécile de France, Vincent Lacoste, Xavier Dolan





