En Dordogne, en Charente et en Deux-Sèvres ont été désignés tête de liste pour les régionales des membres historiques du parti sans liens apparents avec les départements en question. Ainsi, l’ex-député européen et chef de la majorité régionale RN Jacques Colombier a pris la tête de liste en Dordogne alors qu’il vit à Bordeaux, ville dont il a été conseiller municipal ; sa belle-sœur Caroline Colombier, qui réside en Charente-Maritime, a été nommée en Charente ; Olivier Guibert, actuel conseiller municipal de Saint-Izan en Gironde, devient tête de liste dans les Deux-Sèvres. Charente Libre, Sud Ouest ou France Bleu : la presse quotidienne régionale, dont il faut avouer qu’elle se frotte les mains devant l’occasion de s’en prendre au RN, est depuis le théâtre d’oppositions publiques entre la tête de liste régionale Edwige Diaz, accusée d’être à l’origine de ces choix, et les délégués départementaux de Dordogne, Charente et Deux-Sèvres que sont respectivement Alain Rodriguez, Isabelle Lasalle et Arnaud Humbert.
Droite dans ses bottes en réponse aux questions de L’Incorrect, Edwige Diaz « déplore leur réaction, car un cadre du RN doit être le premier des militants et se battre pour des idées plutôt que pour une place » et considère qu’il s’agit « d’un non-événement, ou d’une tempête dans un verre d’eau, parce que nos militants sont mobilisés et notre électorat grandit. Les sondages nous placent au coude à coude avec Alain Rousset (PS), balayant loin derrière LR et LREM ».
Soupçon de népotisme
Tous reprochent à Edwige Diaz d’avoir placé des proches au détriment de forces vives méritantes. Isabelle Lasalle dénonce un double discours : « On prône la loyauté, la méritocratie et le localisme, mais on nous ment puisque madame Diaz préfère le clanisme en plaçant des amis ». Alain Rodriguez se dit pour lui déçu devant un « parti comme les autres, avec des petits arrangements entre amis. Jacques Colombier arrive parce qu’il y a des places. Pousse-toi de là que je m’y mette ! Il est venu chercher des indemnités pour agrémenter sa retraite ». Plus sobre, Arnaud Humbert se contente d’indiquer que « monsieur Guibert fait partie de l’équipe rapprochée de madame Diaz ; j’imagine que c’est une manière de le remercier. Personne ne le connaît, on ne l’a jamais vu dans la fédération. On n’a rien contre lui, mais c’est le principe, et l’on aimerait comprendre les ressorts de la décision ».
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Madame Diaz ne goûte pourtant pas les critiques sur la légitimité desdits candidats : « La légitimité de ces personnes n’est plus à démontrer. Caroline Colombier est membre du parti depuis 1973. Jacques Colombier est conseiller régional d’Aquitaine depuis 1986. Olivier Guibert est militant depuis 1985. Ce sont des cadres du mouvement pour lesquels la CNI a décidé qu’ils étaient légitimes pour être conseillers régionaux ». Elle rappelle que « ce n’est pas parce que l’on est délégué départemental que l’on devient automatiquement délégué régional, contrairement à ce qu’ils auraient pu croire. Il y a beaucoup de cadres de grande qualité au RN ». Certains nous ont assuré avoir fait la promotion de candidats autre qu’eux-mêmes mais issus du territoire, ce qui n’empêche pas Edwige Diaz d’y voir des prises de parole motivées par l’égo blessé.
La question de l’origine départementale
Surtout, ils dénoncent le choix d’investir des personnes qui ne sont pas issues du département. Isabelle Lasalle, qui a depuis démissionné, se dit anéantie : « C’est un déni de démocratie et un reniement des militants qui travaillent pour le parti. Parmi les 600 militants charentais, y en a-t-il aucun capable de représenter son département ? » Déjà en 2015, un transfuge de Limoges avait été tête de liste. Et de poursuivre : « Pour eux, nous sommes des illettrés et des alcooliques qui ne doivent pas salir avec leurs sabots les moquettes du Conseil régional », avant de pointer du doigt des cas similaires « en Bourgogne Franche-Comté où il y a quelques remous, comme le cas de Kamel Agag-Boudjahlat sur le territoire de Belfort, mais aussi l’Hérault, l’Allier, l’Indre-et-Loire et quelques autres ». Arnaud Humbert trouve lui « antinomique le fait de dénoncer d’un côté l’emprise des métropoles dont Bordeaux, et de l’autre de placer des têtes de liste qui ne sont que bordelaises », alors que monsieur Humbert trouve « dommage que les Deux-Sévriens ne puissent pas être représentés au Conseil régional ».
« Pour eux, nous sommes des illettrés et des alcooliques qui ne doivent pas salir avec leurs sabots les moquettes du Conseil régional »
Isabelle Lasalle
Autant d’arguments qui ne tiennent pas la route pour Edwige Diaz, au nom même de la logique des institutions régionales : « Je pense que ces anciens cadres ne connaissaient pas les compétences du Conseil régional, car l’on n’y défend pas un département. L’on siège par commission thématique pour l’ensemble des départements de la région. Leur argument qui conteste la légitimité et qui accuse de parachutage est donc infondé, car l’on ne se fait pas élire pour le département mais bien plutôt pour la région ».
Quiproquo sur la méthode et sur la prise de décision
Isabelle Lasalle « n’accepte pas la façon dont cela a été fait » : « Dimanche 25 avril, j’apprends par une fuite qu’aucun membre de notre équipe ne sera désigné tête de liste, et qu’on nous a préféré quelqu’un de l’extérieur. Sans fuite, je l’aurais appris devant la presse ». Et d’ajouter : « L’on aurait accepté si dès janvier, on nous avait dit qu’aucun d’entre nous ne serait tête de liste et que la personne désignée était venue pendant six mois avec nous pour apprendre à connaître le territoire ». Alain Rodriguez l’a appris « par France Bleu. Madame Diaz n’a pas eu le courage de nous l’annoncer directement, alors que j’avais mis en garde Nanterre contre d’éventuels parachutages ». Même son de cloche chez Arnaud Humbert : « Je l’ai appris par voie de presse. C’est vraiment la méthode qui dérange », et de déplorer des « échanges par médias interposés, ce que je trouve dommage. Elle ne m’a pas appelé ».
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Enfin, tous ne s’accordent pas sur la réalité du processus de décision. Edwige Diaz le martèle : « La prise de décision se fait par une instance interne au RN qui s’appelle la Conseil national d’investiture, qui étudie les candidatures lui étant soumises et qui décide souverainement. Quand on est un cadre du RN, on est censé connaître les statuts, et nous n’avons pas à juger des décisions prises ». Un argument jugé un peu court par les trois protestataires, dont Isabelle Lasalle : « Elle dit que ce n’est pas elle sauf que c’est faux. J’ai siégé pendant six mois au bureau national et je sais comment cela fonctionne : c’est sur les propositions de madame Diaz que les choix ont été faits. J’essayais de savoir où le processus en était, et madame Diaz me répondait qu’elle ne savait pas. Or elle savait puisque c’est elle qui a désigné les personnes. Toute cette affaire ne remet pas en cause mes idées fondamentales, ni le respect que j’ai pour Marine. Je questionne plutôt la gestion des régions par des petits barons qui veulent gérer à leur mode ». Alain Rodriguez est plus offensif encore : « C’est madame Diaz qui a proposé les listes. La seule chose que madame Le Pen connaît de moi, ce sont les propos tenus par madame Diaz sur moi. Or, madame Diaz est réputée pour sa façon de manipuler les gens et de leur mentir ».
RN, encore un effort pour devenir localiste !





