Quel est le sens de votre démarche ?
Le 20 octobre dernier, nous avons lancé une plateforme avec des jeunes représentatifs de toutes les sensibilités qui existent chez les Républicains. Nous voulions mettre la main à la pâte en vue de 2022, car il y a quelques mois nous sentions déjà que la désignation du candidat allait patauger. Pour faire avancer les choses, nous nous disions que le cœur du sujet était d’arriver à identifier des grandes mesures. Rassembler tout le monde autour de la table pour faire en sorte que la droite parle d’une voix sur un tronc commun, qui pourrait rassembler de François Baroin à Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, etc.
Nous faisons le constat que Macron n’était clairement pas à la hauteur des attentes, y compris parfois dans nos rangs car nous savons bien qu’à droite certains ont cru à l’alternative libérale. Or la réalité est que nous avons perdu cinq ans. Donc nous nous sommes mis autour de cette table et nous avons travaillé pendant plusieurs mois, et rencontré beaucoup de monde pour identifier ces mesures. La droite doit porter une voix claire et forte avec des convictions, sans avoir peur de son ombre. Nous avons mis des sujets aussi importants que l’interdiction de la GPA dans la Constitution, mais aussi des mesures un peu plus classiques comme la baisse de la dépense publique, la baisse de la fiscalité, etc. Des sujets sur lesquels tout le monde se retrouve mais sur lesquels rien n’a été fait. Le but est de se rassembler pour gagner.
Vous souhaitez placer le conservatisme au cœur du projet des Républicains pour 2022. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?
L’essentiel est déjà de définir le conservatisme. Nous nous sommes heurtés à beaucoup de réactions. L’on nous disait que le mot « conservatisme » était ringard et péjoratif. Ce que nous voulons dire est que le conservatisme est un courant de pensée comme un autre et, selon nous, au cœur de la droite, et qui doit avoir voix au chapitre.
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Le conservatisme ne signifie pas « rester dans son coin, et tout conserver ». C’est une vision du monde qui s’appuie sur la nécessité de conserver des permanences qui ont forgé notre civilisation. En même temps, il y a urgence de réformer la dépense publique, l’action publique dans les territoires, etc. Notre projet est donc de mettre des propositions conformes à cette vision sur la table et de les proposer à nos aînés. Tel est l’objectif de cette démarche que nous avons envoyée à tous nos parlementaires : à l’Assemblée, au Sénat et au Parlement européen.
Vous dites vouloir définir vos différences fondamentales avec Emmanuel Macron. Quelles sont-elles ?
Elles sont sur tous les sujets. Emmanuel Macron est un progressiste qui a voulu incarner un nouveau monde qui n’existe pas, qui ne peut pas exister. Il parle en permanence de liberté mais il refuse de prendre en compte la question de la frontière par exemple. Or nous avons bien compris que le monde où nous nous tiendrons tous la main n’existe pas, que c’était une vision angélique et que la politique ce n’est pas ça. Emmanuel Macron c’est l’homme qui pense que la culture française n’existe pas, alors que nos racines et notre histoire forgent ce que nous serons demain, notre capacité à proposer un avenir à nos enfants. Nous sommes radicalement en opposition avec Emmanuel Macron sur tous ces sujets de fond. Mais aussi sur ceux un peu plus techniques et économiques ; comme la dépense publique, la mondialisation, ainsi que sur des sujets plus anthropologiques. Emmanuel Macron est l’homme de la PMA. Il est très éloigné de nous politiquement et pourtant dans l’imaginaire politico-médiatique, on le rapproche très souvent des Républicains. Nous le regrettons.
Comment comptez-vous réduire la dépense publique en baissant les impôts, hormis avec la croissance économique ?
Nous avons développé un chiffrage qui s’appuie notamment sur les études de l’IFRAP (Fondation pour la Recherche sur les Administrations et les Etudes Publiques). Le premier sujet pour nous, c’est la retraite qui, au moment où elle a été restaurée, pendant la Seconde Guerre mondiale, représentait 5% de la dépense publique. Tandis qu’aujourd’hui les retraites en représentent quasiment 20%. Donc entre 1945 et aujourd’hui il y a 60% d’augmentation de la dépense publique imputable aux retraites. C’est pour nous la mère des batailles et aujourd’hui nous n’arriverons pas à avoir une dépense publique équilibrée s’il n’y a pas une réforme profonde des retraites, ainsi qu’un allongement de la durée légale du temps de travail qui est évidemment nécessaire. De tous les pays voisins, il n’y en a pas un seul qui ne l’a pas fait.
La droite est passée à côté, en particulier en 2017 lorsque le programme était très complet, et que pourtant nous ne parlions pas de décentralisation. Les Gilets jaunes, c’est vraiment le retour de l’action publique territorialisée
Les Républicains, contrairement à Emmanuel Macron et sa réforme des retraites qui n’a d’ailleurs toujours pas vu le jour, reporteront la durée légale du temps de travail qui est de 62 ans à 65 ans. Il faut être clair là-dessus car si nous ne le sommes pas, rien ne se fera. Il y a donc la question des retraites mais aussi de l’action publique territoriale. Nous ferons des économies et serons plus efficaces si nous avons une action publique territoriale décentralisée. Nous prônons la décentralisation massive pour faire non seulement des économies mais aussi pour regagner la confiance des citoyens.
Dans le dernier baromètre du CEVIPOF, une chose m’avait frappé : nous sommes le pays d’Europe où la défiance à l’égard des institutions et des hommes politiques est la plus forte. Il y a aussi évidemment le sujet de la dépense publique dite « sociale ». Sur le chômage, il y a des mesures de bon sens qui ont été portées par la droite jadis, mais qui n’ont pas été concrétisées. Par exemple, faire que les allocations sociales ne puissent pas rapporter plus que le travail. Nous sommes pour la fusion des 47 prestations sociales différentes qui existent en France. Nous voulons une allocation sociale unique qui ne puisse pas dépasser 75% du SMIC, tandis qu’aujourd’hui nous pouvons être bien au-delà dans certains cas.
Comment avez-vous intégré la crise sociale des Gilets jaunes dans votre logiciel de pensée ?
Par la décentralisation. Reconnaissons-le, nous sommes totalement passés à côté de ce sujet dans le passé. La droite est passée à côté, en particulier en 2017 lorsque le programme était très complet, et que pourtant nous ne parlions pas de décentralisation. Les Gilets jaunes, c’est vraiment le retour de l’action publique territorialisée. La France des oubliés a dit : « Regardez, nous avons des régions gigantesques qui sont complètement déconnectées, nous n’avons pas eu les économies que l’on nous avait promises ». La ruralité est dans une situation pire d’année en année, dans tous les baromètres et tous les indices économiques.
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Le sujet pour nous est donc de re-territorialiser l’action publique en la repensant considérablement. En Espagne et en Allemagne, la part des dépenses publiques qui est dédiée à l’action dans les collectivités territoriales se situe entre 45% et 50 % des dépenses publiques. En France, ce chiffre est de 18%. Nous avons un retard colossal et nous ne pouvons donc pas nous étonner d’avoir une crise sociale majeure si nous n’avons pas un service public de proximité et adapté.
Quel candidat pour les Jeunes Conservateurs en 2022 ?
Notre démarche se pose à la marge du casting. Il y a des profils séduisants : Bruno Retailleau fait des propositions intéressantes par exemple. En dehors de notre parti, il y a Xavier Bertrand qui, lorsqu’il dit qu’il y va, y va. Il n’y en a pas cent mille qui ont le courage d’y aller. Il y a Laurent Wauquiez qui a fait un super boulot en Auvergne-Rhône-Alpes. Le sujet pour nous est de se demander ce qui peut rassembler tout le monde et poser les idées de la droite.
Il y a évidemment le sujet de l’incarnation, et ce ne sont pas les Jeunes Conservateurs qui vont trancher, mais l’on essaye d’aider les uns et les autres en mettant des idées sur la table. Ce qui est sûr, c’est que quel que soit le candidat, s’il y a une primaire, évidemment nous soumettrons nos idées et nous échangerons avec eux. S’il n’y a pas de primaire et qu’un candidat sort du chapeau, l’enjeu sera évidemment de le rencontrer et de lui faire ces propositions car il s’agit de la condition du rassemblement de notre propre force politique. En stratégie militaire, lorsque l’on s’apprête à mener une bataille, la première chose à faire est de rassembler son camp. C’est aussi notre stratégie de reconquérir le cœur des Français, car l’on doit porter un projet fort, clair, et qui se différencie non seulement d’Emmanuel Macron mais aussi de Marine le Pen.





