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Jérôme Rivière : « Je suis heureux d’avoir quitté le RN »

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Publié le

4 février 2022

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À la veille du grand meeting de Lille, le député européen élu sous les couleurs du RN et récemment rallié à la campagne présidentielle d’Éric Zemmour se livre sur la vision de la politique étrangère de son candidat, et confie son absence de regrets d’avoir quitté un parti dont il prédit l’implosion.
Jérôme Rivière

Vous êtes entre autres responsable de la politique internationale de Zemmour : pensez-vous donner une impulsion différente, apporter quelque chose ?

Disons que je suis le politique le plus émérite en la matière : nous sommes entourés d’experts, mais je reste la figure du pôle. J’ai déjà insisté sur le fait qu’Éric Zemmour ne devait pas faire de déplacement à l’étranger, aux États-Unis par exemple, mais que la campagne devait avoir lieu en France.

Sur la présence de la France au Mali, quelle est la position d’Éric Zemmour ?

La situation est très humiliante pour la France. Dans le fond, il y a une erreur française : l’approche que nous avons eu de Barkhane est américaine, nous n’avons pas fait la différence entre Al-Qaïda et l’État Islamique, nous n’avons pas tenu compte des rapports tribaux sur place. La France est devenue aveugle sur les spécificités du terrain – grand comme le continent européen – sur lequel elle s’est engagée. Ça ne marche pas, c’est relativement humiliant, et quelles sont les réponses de la France à cette humiliation du Mali ? Je n’en ai pas entendu, ni en matière de visas, ni en virement western union, rien. Il faut sortir de l’opération Barkhane, se replier au Tchad, se replier au Sénégal, et arrêter avec cette approche qui ne fonctionne pas.

Des experts, comme Bernard Lugan, disent qu’on pourrait négocier avec Al Qaïda.

Il a parfaitement raison, et comme il est très peu impliqué dans les conflits ethniques sur place, il aurait pu être le bon interlocuteur pour essayer de rationaliser la réponse française sur le territoire.

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Mais le fait qu’on se fasse remplacer par les Russes et les Chinois n’est-il pas gênant ?

Aujourd’hui ce ne sont pas les Russes ou les Chinois qui m’inquiètent. Ce sont les Turcs et les Israéliens, dont la présence est beaucoup plus active qu’on ne le pense. En réponse, il faudrait se rapprocher de pays comme le Kenya, même si c’est en zone anglophone : c’est plus proche de la Turquie et on a besoin de se projeter aussi de ce côté-là.

On abandonne l’Afrique de l’ouest ?

Non, ce n’est pas ça. Maison se replie sur des bases de confiance, comme au Sénégal où on a présence importante ; on achève d’accompagner la transition au Tchad, et on renégocie un véritable accord de défense avec eux.

Mais il y a toujours ce chantage inconscient : si on se retire, on va écoper de vagues d’immigrations supplémentaires.

Mais ce n’est pas se retirer : c’est se redéployer. On ne retire pas nos soldats d’Afrique, on les place dans des bases où l’on est structuré et où l’on mène des opérations en fonction des renseignements qu’on récupère. Mais tenir un vaste réseau de territoires avec 4500 hommes, ce n’est pas efficace, et à la fin on se fait détester par les populations locales. On est perdant au niveau de la France, sur place et au niveau de nos militaires.

« La situation est très humiliante pour la France »

Pensez-vous qu’originellement l’intervention de Hollande était nécessaire et utile ?

Je pense que ça a été l’honneur de la France que d’intervenir à ce moment-là : il y avait une demande, nous avons une responsabilité vis-à-vis de ces territoires, et on avait la capacité d’intervenir. Ce qui a été une erreur, c’est le maintien de cette présence sans solution politique.

À propos de Russie, quelle est votre position sur l’Ukraine ?

Depuis qu’on est entré dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, on a perdu le recul qui permettait à des pays de nous considérer comme une puissance d’équilibre, on est devenu vassaux des américains. On n’apparaît plus comme une puissance audible, on le voit bien d’ailleurs : les Américains et les Russes se rencontrent à Genève, et ne demandent rien aux Français puisque les Américains parlent pour nous. On n’est plus capable d’aller dire à la Russie ce qu’il faudrait lui dire, notamment ce manque de garantie vis-à-vis de l’étendue de l’OTAN, ce qui avait été réussi en Géorgie. Ce n’est pas beaucoup plus compliqué. Il suffit de se projeter.

Mais il y a quand même une volonté expansionniste de Poutine ?

Non, vraiment pas, non.

Si vous pensez justement à la Géorgie à l’époque, il y avait quand même une démarche expansionniste.

Toute nation puissante a envie d’avoir une zone où elle ne sent pas agressée. Quand on va à Saint-Pétersbourg, on sait que les pays baltes sont à quatre minutes de vol en F16. Je n’apprécierais pas en tant que président russe d’avoir une grande ville à quatre minutes de vol de F16 dont je ne sais pas comment ils sont équipés.

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Les pays baltes ne sont pas très rassurés non plus par voisinage russe.

Si on n’est pas capable de dépasser ces choses-là… Dans ce cas, il est très dangereux d’être à côté de l’Allemagne vu qu’on s’est tapé dessus pendant cinq siècles. L’établissement de la confiance ça se construit, et la façon dont l’OTAN se comporte n’amène pas à cet établissement de la confiance.

Mais justement que pourrait être le rôle intéressant de l’Europe dans ce sens-là ?

Il pourrait y avoir un rôle la France, mais pas de l’Europe. On n’a pas les mêmes intérêts. Les Russes tiennent l’Allemagne :  demain ils peuvent leur couper le gaz. Ils dépendent militairement des États-Unis, et économiquement de la Russie : ce n’est plus un pays, c’est un espace économique. Ils sont contraints de tous les côtés. Niveau diplomatie, ce ne sont même plus de nains à ce stade.

La France seule ?

Elle n’est pas seule, parce qu’elle entraîne d’autres nations. La France doit être une puissance d’équilibre, et affirmer que l’intégrité territoriale des États doit être respectée. On a laissé l’Otan dépecer l’ex-Yougoslavie, on a laissé faire cette aberration de couper le Soudan en deux et on a ouvert la boîte de Pandore. Nous avons par ailleurs une responsabilité particulière vis-à-vis des chrétiens d’Orient, qui sont un pont civilisationnel. Aucun de ces points-là n’a été respecté par Macron.

Sarkozy et Hollande, eux, se sont engagés dans une politique d’activisme aux États-Unis qui n’est pas la bonne – Dieu sait si j’aime les États-Unis – mais nous n’avons pas à en devenir vassal.

« Nous avons par ailleurs une responsabilité particulière vis-à-vis des chrétiens d’Orient, qui sont un pont civilisationnel »

On sortirait du commandement intégré de l’Otan.

C’est certain, mais cela demande un peu plus d’explications : on reste dans l’alliance, mais il n’est pas question de la laisser s’étendre. On assure aux Russes qu’on aura un veto constant sur ceux qui veulent entrer, ce qui aura tendance à les rassurer. Et on conclut immédiatement un contrat de défense avec les Américains comme l’avait fait le général de Gaulle, pour être capable de travailler sur des sujets stratégiques comme le nucléaire. Nous allons présenter notre programme de défense, où nous annoncerons qu’il est indispensable d’avoir une permanence à la mer : il faudra donc construire le successeur du « Charles de Gaulle » et son frère jumeau à ce moment-là. Il faut aussi conclure un accord sur la zone indopacifique avec les Américains, nous avons là-bas des intérêts communs.

Et dans votre programme, il y aura une augmentation du budget de la défense ?

Oui, tout est chiffré, et non le révélerons dans très peu de temps. Mais il faut que l’augmentation du budget ne soit pas l’augmentation des marges des sous-traitants du ministère de la défense. Cela nécessite un renforcement de la DGA, pour vérifier qu’on mette de l’argent dans des programmes sains économiquement. Le Rafale est l’exemple parfait : c’est produit en France, c’est fait sur une vision stratégique française et c’est un atout diplomatique extraordinaire. Il y aussi les personnels militaires, qui doivent être mieux rémunérés.

Sur ces plans-là, quelque chose vous distingue-t-il des autres droites ?

Je pense que l’ambition économique sera un peu plus large que dans celui de Marine Le Pen, Mais philosophiquement, il n’y a pas de différence. Il n’y a pas de lobby LGBT dans l’armée, il n’y a pas la théorie du genre donc ce n’est pas là que se révèlent les grandes différences.

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Vous trouvez qu’il y a une apologie de la théorie du genre chez Marine Le Pen ?

Je trouve qu’elle ne dit rien, quand David Rachline [maire RN de Fréjus, ndlr] par exemple tweete pour se réjouir des politiques adoptés par l’Union européenne qui sont en dehors des traités ; quand il célèbre un mariage homosexuel dans la mairie de Fréjus quatre jours avant le second tour des régionales, ça me gêne beaucoup.

Quand on en parle avec Jordan Bardella par exemple, il ne dit pas la même chose.

Mais il laisse dire tous ceux qui sont autour de Marine Le Pen. Et qui sont les plus proches de Marine Le Pen aujourd’hui ? C’est cette équipe-là plus qu’une autre.

Vous êtes heureux d’avoir quitté le RN ?

Cette partie-là du RN, oui. Nous avions des députés européens qui avaient fait un communiqué resté sur le site du RN pendant une heure, demandant d’arrêter de procéder à des essais cliniques sur les animaux pour les remplacer par des essais sur les embryons humains… Ensuite, sur l’immigration, nous sommes tous d’accord, mais Marine Le Pen elle cède sur la forme, quand elle dit qu’elle ne veut pas choquer les Marocains par exemple.

« J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose »

Pour les intentions de vote, on constate que Marine le Pen touche beaucoup plus les classes populaires, les femmes, les non-diplômés, les ruraux. Vous avez une explication ?

On a une marge de progression. Je constate une dynamique qui se traduit sur le terrain comme dans les sondages. Pécresse est créditée de 16%, or elle n’a que 60% d’électeurs sûrs d’eux. Les 40 autres disent tous que leur second choix se porterait sur Éric Zemmour. Cela représente une réserve de voix considérable pour nous ! À mon avis, c’est là que le transfert va se faire. Pour Marine Le Pen, le problème est ce qu’elle a fait faire à Marion Maréchal : le moral des troupes a été atteint, et son électorat ne se mobilisera que s’il y a un enjeu, s’il peut gagner. S’il n’y croit plus, il deviendra abstentionniste. Elle a besoin d’une sur-mobilisation.

Pour l’instant, on constate que l’électorat populaire n’est pas chez vous…

Effectivement. Mais les problèmes internes du RN vont entraîner des défections. Leur parti implose.

Vous devez convaincre les abstentionnistes ?

En tout cas, ne pas les heurter. Quand Valérie Pécresse dit qu’elle change de convictions avec la société, ce n’est pas cela qu’on attend d’un candidat. Je connais des électeurs du sud qui sont gênés par cela, des « ciottistes » par exemple.

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Vous êtes très confiant.

Oui, j’ai l’impression qu’il se passe quelque chose. C’est surprenant : pour le meeting du RN à Reims, ils ont organisé un important réseau de bus pour que des gens viennent depuis Nice ou Fréjus, et ils auront 3 000 personnes. Nous, sans cette organisation, en aurons 7 ou 8 000.

Et votre nouvel attelage – Guillaume Peltier, Gilbert Collard, vous… – n’est pas trop compliqué à gérer ?

Nous arrivons avec nos amours, nos désamours, mais tout se passe bien. Il est tout de même incroyable que nous soyons réunis tous ensemble avec Éric Zemmour. S’il caracolait dans les sondages et qu’on se ralliait, on aurait des doutes car on se dirait que nous voulons gagner des postes, mais aujourd’hui ce n’est pas une course à la soupe, mais à la conviction !

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