Kassovitz, l’adulescent

Extrait du film La Haine

Mathieu Kassovitz est un homme enfant, un adulescent. S’est-il jamais vraiment remis de la période 85-95 où, jeune francilien, il se rêvait compagnon de route du rap naissant ?

 

Qu’un adolescent de quinze ans biberonné au mitterandisme, à la scène « alternative » des Bérus qui hurlaient « la jeunesse emmerde le Front national », ayant pour mythe politique structurant l’assassinat de Malik Oussekine, arbore un pin’s Touche pas à Mon Pote et un tee-shirt « Crs SS », passe encore. Soyons cléments, l’époque le voulait, en intimait l’ordre. Au juste, il n’est pas totalement infamant d’adopter un comportement moutonnier à l’aube de sa vie.

Au fond, « Kasso » n’était rien de moins que l’un des zombies du monôme de Louis Pauwels. Un « béat de Coluche et de Renaud » parmi d’autres, hérissé par l’ « ensemble des mesures que prend la société pour ne pas achever de se dissoudre ». Alors que ses contemporains se sont aimablement rangé, fonctionnaires insoumis du dimanche ou libéraux en marche vers l’ennui, Mathieu Kassovitz n’a rien renié de ses premières amours. Une rare constance idéologique qui contredit le caractère erratique de sa filmographie, alternant des passages brillants, principalement dans le métier d’acteur, et des moments gênants, sinon ridicules.

De la pureté à la puérilité, il n’y a qu’une feuille OCB à rouler des trois feuilles

La sincérité de Mathieu Kassovitz, rare dans le milieu compassé du cinéma, pourrait toucher si elle ne se réduisait pas à des caprices d’enfant gâté. De la pureté à la puérilité, il n’y a qu’une feuille OCB à rouler des trois feuilles. Car, l’homme enfant est du genre à prendre Nicolas Sarkozy pour l’avatar d’un post fascisme triomphant : « Si NS passe un deuxième tour, la France est un pays de collabos néo fascistes. Il faut se débarrasser de ces fils de putes de l’UMP avec fracas ».  Un message témoignant d’une conscience politique superficielle, ne valant guère plus que celle d’un antifa en grenouillère à motif Che Guevara. Comment l’interprète subtil de Malotru dans Le Bureau des Légendes, l’auteur d’Assassin(s) et de La Haine,  peut-il se complaire dans de vaines et stériles polémiques, s’adonner au jeu des théories du complot vaseuses chipées à son ami Rockin Squat, frère de Vincent Cassel, ou dans des postures bêtement anti flics ? Au fil du temps, Mathieu Kassovitz s’est transformé en épigone de ses propres personnages, pis, en pastiche de banlieusard engagé, comme il n’en existe plus que sur les feuilles jaunies des bandes-dessinées de Tito que plus personne n’ouvre.

Au fil du temps, Matthieu Kassovitz s’est transformé en épigone de ses propres personnages

All cops are bastards, disait-il après que des policiers nantais se soient vantés, très bêtement, d’avoir trouvé 7 grammes de résine de cannabis lors d’une opération à l’hôpital de Rezé. Cette manie, toujours, de jouer le rôle qu’il s’est assigné lui-même, beaucoup plus que celui que le destin aurait aimé qu’il endosse : devenir un grand du cinéma français. Las, le talent brut ne suffit pas s’il est dépourvu d’une sensibilité fine. Au moins n’est-il pas un cynique désabusé. C’est déjà ça…

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grobin@lincorrect.org

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