D’où vient, pourtant, que l’on parle toujours d’Occident comme d’une réalité vivante ? Par le même artifice qui fait toujours parler de « liberté » pour justifier la licence et la tyrannie des passions ; de « démocratie » pour masquer l’emprise de l’oligarchie et de la manipulation ; ou de « droit » pour couvrir le désordre de règles échappant toujours davantage aux citoyens, voire à la raison elle-même.
Les esprits sont ainsi faits, observait Boèce, que chaque fois qu’ils abandonnent des idées vraies, ils en revêtent de fausses, encore que les mots demeurent inchangés pour les exprimer. La crise de l’intelligence provoquée par la disparition de l’Occident historique a favorisé cette « fraude des mots » qu’évoquait déjà Platon et qui permet, par la subversion de leur sens, d’en faire des armes sociales de destruction massive.
Ce qui est appelé aujourd’hui « Occident » n’est rien d’autre, en réalité, que le monde américanisé, libéralisé, crétinisé et uniformisé par ses lubies, ses subversions permanentes, ses désinformations, ses modes, sa vulgarité, son conformisme faussement rebelle et son sabir
Ce qui est appelé aujourd’hui « Occident » n’est rien d’autre, en réalité, que le monde américanisé, libéralisé, crétinisé et uniformisé par ses lubies, ses subversions permanentes, ses désinformations, ses modes, sa vulgarité, son conformisme faussement rebelle et son sabir. Un monde, par conséquent, qui n’est plus animé par le christianisme et par la culture qu’il avait assumée et développée, mais par un idéal contraire, matérialiste et relativiste, jouisseur, égoïste, affranchi de la morale comme de la nature, quoique non sans impératifs moralisateurs, forgés pour imposer les avancées de l’idéologie. Un monde libéré d’un Dieu transcendant, créateur et rémunérateur, laissant place aux dieux-nains que chacun se forge.
Un monde qui entend, lui, promouvoir par la société de consommation, considérée comme le plérôme historique de l’organisation sociale, un paradis sur terre, d’où doivent être évincés comme autant d’anomalies dépassées, les identités nationales et mêmes humaines, les cultures et les civilisations, l’aléa, la responsabilité personnelle, le sens du bien et du mal, du vrai et du faux, le sens de la nature et de la finalité, la souffrance et jusqu’à la mort elle-même.
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C’est dans cet « Occident-là » que chacun se trouve aujourd’hui mobilisé, qu’il le veuille ou non, à grand renfort de propagande, contre tout ce qui ne lui ressemble pas, contre tout ce qui refuse de lui ressembler. Quiconque y est objecteur de conscience encourt de ce seul chef la qualification d’être du côté du « Mal », d’être un ennemi irréductible de la « Liberté » auquel cet Occident-là s’identifie désormais.
De l’Occident à l’Oxydant
Ainsi, « l’Occident » contemporain, usurpant le nom de l’Occident historique et son prestige persistant, se pose en Maître de l’univers pour lui dicter ses lois et ses conceptions subverties de l’homme et de la société, soit par la violence « soft » du « politiquement correct » instrumenté par les lobbies, les médias, les lois et les juges, soit par la violence « hard » de la guerre physiquement destructrice.
Ainsi se trouvent repoussés, de fait, jusqu’en son propre sein, tous les résistants à cet Occident-là dans une sorte « d’Orient » répulsif. À cet Orient de l’intérieur s’ajoute celui de l’extérieur : l’Orient qui croit reconnaître dans les propagateurs de l’Occident moderne qui l’agresse, jusque dans ses propres fondements naturels, des héritiers des « croisés » de l’Occident historique. Ainsi chacun de nous devient-il, s’il entend résister à cet « Occident-là », un « oriental » au sens où l’Orient demeure symboliquement et mystérieusement le lieu d’éveil de la lumière du Christ, opposé à celui désormais reconquis par les ténèbres de la mort.
Aussi faut-il urgemment démasquer, jusque par le vocabulaire, cet « Occident moderne » libéral, qui ment sur lui-même et contribue, en favorisant le mal moral, à déstabiliser le monde tout entier
Les mots, nous l’avons vu, ne sont pas seulement l’instrument de la désignation des choses. Ils sont aussi le champ de bataille de leur subversion. Ils peuvent tout autant être celui de leur résurrection. Maurras disait que « le plus grand ennemi de l’esprit révolutionnaire pourrait bien être un sage qui apprendrait à nos hommes dégénérés le vieil art des définitions » (Charles Maurras). Ce « vieil art », qui est aussi celui du grand âge subsistant du sens commun, invite chacun de nous à veiller sur le dépôt sacré de notre langue et à se discipliner quotidiennement dans le rejet des sabirs qui la détruisent. Le philosophe Pierre Boutang, dans La Fontaine politique,voyait dans sa transmission religieuse et dans « le retour à son chant originel » la « seule réelle force politique » offerte à tous et susceptible de permettre à notre société de se redresser.
Aussi faut-il urgemment démasquer, jusque par le vocabulaire, cet « Occident moderne » libéral, qui ment sur lui-même et contribue, en favorisant le mal moral, à déstabiliser le monde tout entier. Il importe de le désigner uniquement par cet homophone qui rend adéquatement raison de ce qu’il est en vérité, à la fois dans son usurpation d’identité de l’Occident véritable, et dans son action corrosive de la civilisation chrétienne : l’Oxydant. Un Oxydant dont les adelphes, comme ceux du Thanatos d’Homère, sont, partout où il s’étend, la vieillesse, la détresse, la tromperie, la moquerie, l’ensommeillement et la discorde.
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Un Oxydant voué à la mort
Cet Oxydant, au demeurant, comme il est logique, est voué à s’épuiser lui-même à son tour, sous le poids de ses contradictions et de ses dérives suicidaires. À la différence de l’Occident historique, ainsi que le relève notamment Michel Onfray, il n’a rien à transmettre à quiconque, hormis des biens de consommation et l’image de populations dégradées, rongées par leurs vices mentaux et moraux et leurs mauvaises consciences. Cet Oxydant décivilisé est ainsi voué à la mort ; non pas parce qu’il serait menacé par une autre civilisation, en dépit des problèmes posés par l’immigration massive qu’il favorise, mais parce qu’il porte la mort en lui.
Bien des intellectuels, même athées, historiens, journalistes ou philosophes, perçoivent clairement la trahison que constitue cet Oxydant-là et la tragédie de sa stérilité. Ils perçoivent aussi, en contrepoint, ce qu’était un Occident redécouvert et d’aucuns en appellent, pour la sauvegarde de l’humanité, au retour des « valeurs » qu’il portait jadis et dont l’Oxydant poursuit aujourd’hui la destruction.
Douglas Murray, journaliste anglais, athée, ouvertement homosexuel, pour ne citer que lui, a eu l’occasion de déclarer que si ce monde ne trouvait de solution à ses maux ni dans la désacralisation de la vie qui l’obsède, ni dans la tentative d’ériger une sorte de version athée ou « républicaine » de la sainteté, « alors, il ne resterait qu’une autre voie à emprunter. Ce serait de revenir à la foi, que cela nous plaise ou non ».





