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La loggia vide : Hommage à Philippe Jaccottet

Philippe Jaccottet nous a quittés le 24 février dernier. Ayant côtoyé le poète et entretenu avec lui une correspondance, Marie-Hélène Verdier rend hommage à ce peintre lyrique des paysages.

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© DR

J’ai découvert « A la lumière d’hiver, » de Philippe Jaccottet, un jour d’août, au jardin du Luxembourg. Depuis, j’ai pris l’habitude, aux beaux jours, d’emporter toujours, dans mon sac de toile, ses carnets de verdure et ses pensées sous les nuages. A l’annonce de sa mort, le 24 février, je revis Grignan, « le lieu entre tous les lieux », gardé par la montagne de la Lance et l’ombre du Ventoux, ses paysages de grand vent, de grands ciels, de fleurs, de flots de lumière et d’ombres. Dans ces paysages avec figures absentes, où bat un cœur inquiet, un lyrisme sobre cherche les signes de l’invisible. De cette poésie, à la fois paysage et contemplation, transparence et obstacle, Jean Starobisnki a magnifiquement parlé.

La poésie de Jaccottet, ce n’est pas qu’eaux et forêts, pivoines et rouges-gorges, et pensées délicates. S’il est vrai que toute poésie est, selon Starobisnski , « la voix donnée à la mort », la mort est bien présente dans l’œuvre du poète vaudois, mais sans effusions

Je me souviens d’une visite, avec une amie de jeunesse, dans sa maison de Grignan. Je revois un couloir avec un vélo, une pièce claire comme un aquarium, des tableaux, et un regard posé sur ses visiteurs, d’un bleu profond et attentif. Tant de simplicité imposait à des étudiantes auxquelles on professait, à la Faculté, que les poètes sont des voleurs de feu, et la poésie, une « parole apophatique ». Lui, se voulait déchiffreur du réel, attentif aux signes, non pas phare mais berger. Ce jour-là, il nous parla de l’exercice exigeant de la traduction - il traduisait le Journal de Musil - qu’il pratiquait avec la même humilité que la poésie. On connaît ses traductions des romantiques allemands, Novalis, Holderlin, Rilke, celle d’Ungaretti, son adaptation de l’Odyssée. Si je ne fus pas fidèle à l’hermétisme encombrant des poètes allemands, je dois à Jaccottet la lecture, toujours fidèle, de Gustave Roud et de Ramuz et de m’intéresser à la Suisse romande au si beau nom. Du poète, j’ai gardé une dizaine de lettres, écrites de sa belle écriture penchée comme ailes d'oiseau. Quand on lui écrivait, en effet, il répondait toujours, avec une attention extrême. Dans la pure tradition des Lettres à un jeune poète, il donnait des conseils sans jamais risquer quelque effraction que ce fût dans une liberté créatrice.

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