D’après leurs idées fondamentales, ces deux courants militants devraient pouvoir se mélanger autant que l’huile et l’eau. Les principes antifascistes stipulent que le fascisme est un mouvement politique qui survient pour sauvegarder les intérêts du grand patronat, du capitalisme, du « système », en écrasant les classes pauvres révoltées par l’injustice sociale. Le « système » ferait diversion en camouflant les luttes sociales, seules réelles, en lutes ethniques, raciales, voire religieuses. Le fascisme radicaliserait les questions de classe, afin de sauver les intérêts de la classe dominante.
Or l’indigénisme, tel qu’il est porté par Houria Bouteldja fait exactement cela : pour elle, les blancs sont forcément des oppresseurs, jamais des opprimés, si on en croit son opuscule Les Blancs, les juifs et nous. Pour la dessiller, on lui a répété inlassablement qu’il y a aussi des blancs pauvres, des Français modestes, mais en vain. Je tenterais ma chance pour briser son aveuglement : il y a eu des peuples blancs colonisés et réduits en servitude, non pas par les hordes mongoles, non pas par les Turcs ottomans, non pas il y a un millénaire, non pas il y a cinq cents ans, mais au siècle dernier. Les « pays de l’Est » de l’Europe, derrière le Rideau de Fer, ce furent des Blancs colonisés par les Russes. L’URSS a détruit les élites, déporté des populations, altéré la culture et spolié l’économie des Allemands de l’Est, des Polonais, des Roumains, des Hongrois, des Bulgares, des Tchèques et des Slovaques… qui étaient et sont toujours « blancs ». Il n’est pas étonnant que ces Européens-là n’avalent pas toutes les couleuvres progressistes.
Certains anarchistes et socialistes libertaires voient bien que le racialisme des Indigènes n’est pas soluble dans le marxisme
Mais je doute que les « indigénistes » émergent de leur folie. Toutefois, ils y entraînent d’autres. Certains anarchistes et socialistes libertaires voient bien que le racialisme des Indigènes n’est pas soluble dans le marxisme. Mais la jonction entre indigénistes et antifas a avancé à grands pas en 2016, avec la publication de l’écrit susnommé de la houri aux éditions de la Fabrique, dirigées par Éric Hazan. Or Hazan est aussi l’éditeur des gauchistes extrémistes du « Comité invisible », auteurs de L’Insurrection qui vient, pamphlet séditieux que la justice a essayé de mettre sur le compte de Julien Coupat, le philosophe qui aimait jouer avec des barres métalliques près des caténaires. La Fabrique est le creuset où l’indigénisme et l’antifascisme fondent et s’embrasent dans la même détestation du « système », des blancs et des bourgeois.
Le 28 octobre 2016, la médiathèque Mille Bâbord de Marseille, lieu de rencontres libertaires a été la cible d’un raid antifa indigéniste, qui accusait ces gauchistes sidérés de rejeter la racialisation des luttes sociales, donc d’être… racistes. Bouteldja ayant été mise en cause à ce propos par Jean Birnbaum dans Le Monde du 10 juin 2017, devinez qui vola à son secours une semaine plus tard ? Éric Hazan, bien sûr, qui qualifia le pamphlet incohérent de l’intéressée de « livre important, complexe et tiraillé ». Les indigénistes semblent vouloir exploiter le réservoir d’indignation des gauchistes à leur profit, pour faire avancer leur agenda racialiste et islamophile. Bouteldja et le PIR font du bon vieil entrisme chez les théoriciens de l’entrisme eux-mêmes.
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Les mouvements anarchistes et libertaires sont culpabilisés de ne pas « lutter contre l’islamophobie », car l’islam serait la religion des pauvres et des opprimés. (C’est vrai que l’on n’a jamais vu des gens plus opprimés que les princes saoudiens et les émirs qataris.) Ainsi, le PIR veut capter l’indignation sociale au profit exclusif des « racisés », non plus au profit des pauvres, avec derrière la « race des indigènes », leur supposée religion, l’islam. En fait, l’indigénisme est une sorte de poupée russe ou d’entonnoir : dans les opprimés, il y a les « racisés », et dans les « racisés », il y a les musulmans.
Le premier objectif des indigénistes est de faire couler la sympathie des naïfs à travers cet entonnoir pour en faire profiter les membres de la dernière strate. Le second objectif, c’est de fournir un cadre théorique propice à un certain déchaînement de violence, qui va faire planer sur les mêmes naïfs la menace de l’extorsion violente s’ils ne sont pas assez généreux avec les « opprimés ». Les indigénistes comme les antifas ont une mentalité obsidionale et les deux courants parlent d’impérialisme et de domination bourgeoise, comme si Lénine était encore en vie. Celui qui prétend se défendre contre une agression, réelle ou supposée comme ces « indigénistes », c’est celui qui commence réellement la guerre.
Et alors que les conflits sociaux existent sans aucun doute, l’oppression raciale dont les « indigénistes » s’estiment victimes n’existe que dans leurs têtes
Et alors que les conflits sociaux existent sans aucun doute, l’oppression raciale dont les « indigénistes » s’estiment victimes n’existe que dans leurs têtes. Parce qu’ils prétendent s’en défendre, ils pourraient finir par les déclencher. Ils font des prophéties qui pourraient s’avérer auto-réalisatrices. C’est pour désamorcer ce piège qu’il est important de mettre les non-blancs aussi devant leur propre racisme, à chaque fois qu’il s’exprime. La banderole de « Génération identitaire » déployée pendant la manifestation Adama Traoré, signalant juste qu’il y a aussi des victimes du racisme anti-blanc, était un réel acte de paix. Sortir les « racisés » de leur posture victimaire, c’est les confirmer dans leur dignité humaine, la dignité de pouvoir faire à la fois le bien et le mal, comme n’importe quel « blanc ».
Certains manifestants ont répondu à cette banderole : « Sales juifs ! » C’est la preuve que les délires de la houri de la République ont bien été entendus hors de son cercle de nervis. Mais c’est aussi un hommage du vice à la vertu : oui, c’est judaïque, voire pire, c’est juif et chrétien d’affirmer que chacun doit regarder leur conscience, quelle que soit la couleur de sa peau. Même les anges ne sont pas si noirs !





