Skip to content

Le crash annoncé du vol EZ 2022 pour l’Élysée

Par

Publié le

8 décembre 2021

Partage

Après l’envolée sondagière, la campagne d’Éric Zemmour patine. On peut même dire qu’elle s’enraye. La faute à lui-même, mais aussi à un dispositif sous-dimensionné pour une présidentielle. Chez ses partisans, l’euphorie a laissé place à l’inquiétude. Et à la désillusion. Le rôle de L’Incorrect n’étant pas de cacher la poussière sous le tapis, on vous raconte tout. Enfin presque, car hélas, c’est encore pire que ça.
EZ

Ils sont une douzaine, attablés au Mareyeur. Ils auraient pu trouver plus discret que cette table située rue de Vaugirard, juste en face du Palais du Luxembourg, mais certains y ont leurs habitudes, ne serait-ce que pour y porter un dossier au sénateur LR dont ils sont l’assistant. Ce mardi 23 novembre, l’heure n’est pas aux rêves de dorures ni de conquête du pouvoir. Pendant des mois, ils y ont cru. Ils avaient enfin là, devant eux, l’homme qui allait réaliser l’union des droites, faire la synthèse de LR et du RN, dépouiller l’un et l’autre de leurs forces vives, bâtir le grand parti conservateur qu’ils appellent de leurs vœux, et, qui sait, accéder au pouvoir dès le printemps prochain ; ils n’y croient plus.

Si tous ces militants de la campagne d’Éric Zemmour ont décidé de se retrouver, c’est même pour cela. Ils partagent le même constat et cherchent la solution. Le constat, c’est que leur grand homme va dans le mur et qu’il ne s’en rend même pas compte, tant il est emmuré dans ses certitudes et dans un discours qui vire à la monomanie. Ce ne sont pas tant les sondages qui les inquiètent – il stagne, certes, mais il se maintient à un niveau élevé – que l’impréparation de la campagne, la vraie, celle qui va débuter lorsqu’il aura fait acte de candidature, puis celle qui va s’enclencher, encore plus « pour de vrai », en début d’année. « S’il tient jusque-là… », glisse l’un, amer et déjà résigné.

Ce qu’ils lui reprochent ? Son manque de stratégie, l’absence de direction de campagne, la centralisation et les pesanteurs de son dispositif, alourdi par les tableaux Excel et la nécessité de validations successives pour la moindre décision, un entourage basé sur le copinage plus que sur les compétences, etc., et puis… Et puis il y a cette fichue Sarah. Cette Sarah Knafo qui, âgée de 29 ans, a mis le grappin sur lui et veut tout diriger, tout décider. « Elle le coupe de la réalité. Il est tout aussi “hors sol” que Macron ! Il faut qu’on le sépare d’elle ! » La suggestion fait l’unanimité. Comment faire, on ne sait pas, mais c’est ça qu’il faut obtenir.

Ils ne le savent pas encore, mais c’est impossible. Quarante-huit heures plus tard, Closer viendra refermer la possibilité d’une proche éviction.

Il n’aime rien tant que de s’écouter, au mépris des règles les plus élémentaires de la courtoisie

La grossièreté comme marque de fabrique

Sarah Knafo a peut-être le dos large mais elle concentre l’essentiel des ressentiments. Éric Zemmour serait sous sa coupe, n’écouterait qu’elle. C’est en partie faux : il écoute aussi lui-même. On peut même dire qu’il n’aime rien tant que de s’écouter, au mépris des règles les plus élémentaires de la courtoisie, qui est pourtant une de ces qualités françaises qu’il affirme vouloir défendre. Ainsi lors de ce repas en Hongrie, où il s’est emparé de la parole dès l’entrée pour ne la lâcher qu’une fois le dessert avalé, s’attirant cette remarque acerbe d’un ministre de Viktor Orban : « Ce qu’il y a de bien avec vous, les Français, c’est que vous ne doutez jamais d’avoir des leçons intéressantes à nous enseigner. » Il avait été convié, lui qui n’est rien, pour échanger avec des ministres de pays d’Europe de l’Est, et, au lieu de les écouter, il avait monopolisé la parole, leur exposant ses certitudes pendant tout le repas, à la grande honte des autres convives français qui se seraient bien réfugiés dans la contemplation de leurs chaussures si celles-ci n’étaient pas cachées sous la table…

Cette impolitesse est-elle le produit d’un sentiment de supériorité ? De la très mauvaise habitude qu’il a prise, depuis des années, de focaliser l’attention, particulièrement lorsque, sur CNews, il délivrait des cours magistraux entouré de simples faire-valoir ? Toujours est-il que le tour de France téléphonique que nous avons mené sur les lieux de ses passages est édifiant: ici, ce sont des donateurs (et pas de cinquante balles…) qui n’ont pas été remerciés, sans parler de ceux qui ont appris, par la presse, qu’il était de retour à quelques kilomètres, y donnant un repas en petit comité et qu’ils n’y avaient pas été conviés ; là, ce sont des élus et des chefs d’entreprise qui avaient réservé leur journée pour le rencontrer (et peut-être, pour ces derniers, contribuer à sa campagne), et qui ont appris peu avant qu’ils ne viendrait pas (cela peut arriver), mais ne l’ont su que par un intermédiaire local et n’ont jamais été contactés par la suite par l’intéressé, ni même par son entourage proche.

Ailleurs, sa venue tourna carrément à l’humiliation des édiles locaux, tant la toute petite équipe qui l’entourait manifestait ostensiblement qu’elle n’avait cure de ces « petites gens » et se plongeait dans ses smartphones pour y suivre ce qui se passait dans leur vie réelle à eux : les réseaux sociaux. On pourrait parler aussi de ces donateurs de province, chefs d’entreprise ayant un emploi du temps un peu chargé, conviés – ou faut-il dire convoqués ? – à Paris l’avant-veille du repas où ils étaient priés parce qu’on avait pensé à inviter les Parisiens, mais que eux, en fait, on les avait oubliés…

Lire aussi : Révélations : Éric Zemmour n’a pas toujours été ce qu’il est

« Il n’écoute plus personne »

« Il n’écoute plus personne », se désole un de ses proches de longue date, qui ne sait même plus s’il l’est encore. De l’intellectuel souverainiste Paul-Marie Coûteaux à Jean-Frédéric Poisson, le président de VIA (ex-Parti chrétien-démocrate) en passant par Marion Maréchal, tous ceux qui nous avons questionnés – et ils sont nombreux – nous tiennent le même discours, qui se résume en une phrase : « Il n’a écouté aucun de mes conseils ».

De même qu’il n’a pas suivi ceux que lui a prodigués Patrick Stefanini. L’homme qui a dirigé la campagne victorieuse de Jacques Chirac en 1995 et Dieu sait qu’il n’était pas donné favori dans son duel fratricide avec Édouard Balladur – a assisté à une réunion organisée début avril chez Sarah Knafo, rue des Saints-Pères, à Paris. Outre Éric Zemmour, deux groupes y assistaient : l’un composé de politiques, l’autre formé plutôt de dirigeants de start-up ou de petites boîtes de communication et sans aucune expérience du terrain.

Au cours d’un interminable tour de table, chacun a exposé ses vues. Patrick Stefanini, intervenant en visio, a donné raison aux premiers et expliqué à Éric Zemmour qu’il allait lui falloir sortir de sa « zone de confort » et travailler, dur, sur des champs qu’il ne maîtrise pas, en donnant pour exemple celui de l’organisation territoriale de la France. Puis Stefanini a coupé le son et l’image et on ne l’a jamais revu. Et son message a été reçu… zéro sur cinq. Car huit mois plus tard, il ne reste plus, dans l’équipe de campagne pompeusement dotée d’un Comex (un comité exécutif) totalement imaginaire, que les tenants d’une campagne digitale, et, lorsque nous avons questionné Éric Zemmour – sans savoir alors que Patrick Stefanini lui en avait parlé – sur l’organisation territoriale, sa réponse nous a indiqué que le sujet ne l’intéressait pas. Et qu’il ne l’a pas travaillé.

A cet égard, les groupes de travail thématiques, qu’il est supposé avoir mis en place il y a plusieurs mois et qui seraient plus d’une vingtaine, tournent à vide. Sans axe conducteur, sans directives, et, incroyable mais vrai, ne se réunissant pas et se contentant d’échanges au moyen de l’application Signal, celle qui est présentée comme la plus sécurisée, ce qui veut dire qu’elle n’est piratée que par la totalité des services de renseignement de la planète. Ils n’ont, à notre connaissance, jamais rien produit. Pas plus qu’il n’existe de fiches argumentaires ou tout autre memo. Il est vrai qu’Éric Zemmour n’ayant pas de porte-parole, il ne sert à rien de fournir des éléments de langage à ceux qui sont priés de ne rien dire.

En politique, déstabiliser, ainsi qu’il l’a fait, ne suffit pas ; il faut mettre une balle dans la nuque. Et cela, il ne l’a pas fait

Les charlots font de la politique

De même, ceux qui se piquent, depuis Paris, de dénicher des promesses de parrainages d’élus ne connaissent pas le terrain et se comportent comme des amateurs. Un exemple parmi trop d’autres : le message adressé par courriel « strictement confidentiel et personnel » – mais sur une adresse qui n’a rien de personnelle ! – au maire d’une commune d’environ 15 000 habitants, prospère et de droite. La signataire du message, que par charité nous ne nous nommerons pas, commence par demander au maire : « Serez-vous du camp des vainqueurs ? », puis lui parle de « l’abandon économique de territoires entiers », alors que le taux de chômage, dans cette ville, y est l’un des plus bas de France, tournant autour de 4 %.

L’élu a-t-il signé ? Évidemment pas, et, selon nos informations, le nombre de promesses de parrainage recueillies par l’équipe d’Éric Zemmour n’est pas de 250, comme elle tente de le faire croire, mais d’environ 120. Ce qui n’a pas empêché un maire, déjà, de faire défection et de le dire publiquement. Les 130 autres revendiqués ? Ils n’ont accordé, oralement, que des promesses de donner leur promesse si Zemmour venait à être candidat. Autant dire que ça ne vaut rien. Sachant qu’il faut recueillir entre 650 et 800 promesses pour avoir une chance de disposer des 500 parrainages requis, sachant de plus que les démarcheurs sont principalement recrutés parmi les recalés du RN, ex-FN, qui ne sont pas les plus appréciés par les élus locaux, la pente est raide et la route est longue… L’ex-FN Stéphane Durbec, qui courait après les parrainages dans les Bouches-du-Rhône, où il est bien connu, et pas très favorablement, a tout de même fini par être prié d’aller démarcher dans un autre département s’il ne peut pas rester chez lui…

Comme le dit Jean-Frédéric Poisson : « Cette campagne manque cruellement de vieux et de barbaque. » Autrement dit : de gens expérimentés et de chair. Sur le deuxième point, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec la campagne de Jean-Pierre Chevènement : c’est très précisément ce qui lui avait manqué en 2002. Sur le premier, c’est encore rattrapable, mais tout est à faire. Car à cette heure, Éric Zemmour est un homme seul. Seul avec Sarah Knafo, donc seul.

À cet égard, le fiasco de son voyage à Marseille est significatif. Rien n’avait été préparé en amont, hormis la réception par le sénateur RN Stéphane Ravier, lequel a bien précisé, par un tweet qu’Éric Zemmour s’est bien gardé de relayer, qu’il l’accueillait « de façon amicale » car « il est important de se parler et de se rassembler pour mettre Macron dehors en avril 2022 ». Résultat : une déambulation sans personne pour « faire la claque », une errance au petit bonheur la malchance, une vague rencontre avec « des personnalités de la région » dont les noms ne sont pas donnés et pour cause : ce sont des troisièmes couteaux, la mise en avant d’échanges avec des policiers appartenant à un syndicat ayant recueilli autour de 3 % des suffrages aux dernières élections professionnelles, une interdiction de s’exprimer sur le parvis de la basilique prononcée par le diocèse, lequel n’avait pas été approché, etc. Sans parler bien sûr de ce doigt d’honneur, qui a pour seul mérite de donner un peu plus tort aux partisans d’une campagne… digitale.

Lire aussi : Sélectron : les 10 meilleures phrases entendues au meeting de Zemmour

Le zemmourisme va prospérer, pas Zemmour

Bref, l’amateurisme est tel qu’à l’approche de son meeting parisien du 5 décembre, plus aucune des personnalités sollicitées pour s’y afficher n’était disponible, leur agenda se trouvant soudain surchargé d’affaires autrement pressantes dans le but évident de se tirer de ce bourbier avant de s’y trouver englouti. Même les « soutiens sans participation », comme on disait sous le Front populaire, se font attendre. Éric Zemmour, qui espérait avec une naïveté confondante obtenir celui de Marion Maréchal, l’a tannée. Un peu trop. Au point que, agacée, elle a fini par lui lancer : « On se calme, mon petit. »

En revanche, dans les derniers jours de novembre, les notes, courriels et textos ont afflué sur les messageries du candidat. Tous pour l’alerter. Tous pour le prier, voire le supplier, de redresser la barre au plus vite. Au nom des espoirs qu’il a suscités et suscite encore, mais pour combien de temps ? La lettre la plus étayée est celle de Pierre Meurin, ancien président des Jeunes pour la France, de Philippe de Villiers, qui a piloté (bénévolement) tout l’opérationnel de la pré-campagne d’Éric Zemmour jusqu’à ce qu’il jette l’éponge, l’été dernier. La campagne d’affichage « Zemmour président » dans la nuit suivant le second tour des élections régionales, par exemple, c’est lui.

Le constat qu’il dresse dans cette missive qu’il n’a pas souhaité nous communiquer mais qui nous est tout de même parvenue est accablant. Il y pointe tout à la fois, dans un parallèle avec les autres expériences récentes de réunion des droites, le « narcissisme » du candidat, un discours de la « droite naphtaline », l’absence de méthodologie, la « déconnexion du pays réel » et « de ses aspirations parfois triviales mais pourtant grandes [dans leur] trivialité gouailleuse […] et très française », et lui demande : « Voulez-vous être un lanceur d’alerte ou gagner l’élection présidentielle ? »

Et de prédire : « Le zemmourisme accèdera au second tour de cette élection, mais pas Éric Zemmour. LR est en train d’accaparer vos thèmes. Le vainqueur du congrès fera de M. Ciotti son porte-flingue zemmouriste […] Marine Le Pen […] se calmera sur ses marqueurs de gauche et bénéficiera par miroir d’une image de compétence grâce à l’incompétence de votre équipe. Le zemmourisme sera absorbé et vous subirez un effet ciseau qui vous abaissera aux alentours de 6-8 %. »

Lire aussi : Philippe de Villiers/Éric Zemmour : le Puy du pas si fou

L’idée germe déjà d’une sortie par le haut

Délibérément, Éric Zemmour a choisi de faire une campagne à la Donald Trump. Sans avoir analysé la façon hyper-professionnelle dont Donald Trump a pris le pouvoir, mélange de parfaite maîtrise de la data (les données numériques) et de quadrillage militant du pays. Et sans du tout prendre en compte que Trump avait réalisé une OPA sur le Parti républicain, alors que Zemmour, là encore, ne dispose d’aucune structure. Le RN comme LR vont aussi bien (ou aussi mal) qu’avant qu’il ne se soit lancé et il n’a tué aucun de ses rivaux qui peuvent maintenant, la poussée sondagière passée, reprendre leur chemin avec sérénité. En politique, déstabiliser, ainsi qu’il l’a fait, ne suffit pas ; il faut mettre une balle dans la nuque. Et cela, il ne l’a pas fait.

De même qu’il n’est pas parvenu à dépasser son rôle habituel d’analyste et de polémiste pour, d’une part, être porteur d’un véritable projet, de ceux qui font rêver les Français, et pour, d’autre part, endosser le costume présidentiel. Les Français réclament du régalien, de l’ordre, de la prospérité et de la sérénité, il ne leur propose que de l’agitation et de l’acrimonie. Comme l’avait dit l’essayiste de gauche Raphaël Enthoven à la Convention de la droite, en septembre 2019 : « Le désir d’ancrer dans un avenir commun des gens issus de toutes les sensibilités de la droite ne recouvre, en réalité, que des retrouvailles entre militants innombrables qui communient dans la déploration – ce qui est très agréable mais politiquement stérile […] Avec un tel cahier des charges, vous n’avez pas vocation à devenir majoritaires. C’est impossible. Arithmétiquement. […] Votre projet politique ne m’inquiète pas du tout car il se prive lui-même, tout seul, de l’ensemble des moyens d’action nécessaires à la conquête du pouvoir. »

Ce n’est pas tant la France qui est « à la croisée des chemins », ainsi qu’il le proclamait à l’approche de son meeting parisien du Zénith, c’est Éric Zemmour lui-même. Soit il opère sa mue vers « le deuxième corps du roi » et se donne les moyens de mener une présidentielle, soit l’aventure finira mal et Bonnie and Clyde tomberont avant même d’avoir accompli leur premier braquage. À moins qu’il ne sorte par le haut. C’est la dernière solution et pas la plus honteuse : qu’il n’obtienne pas ses parrainages. Il pourra alors dire qu’il faisait tellement peur au système que celui-ci s’est mobilisé pour lui interdire d’être candidat, adopter la posture victimaire qui lui assurera encore un peu de temps médiatique, mais échappera au ridicule et, surtout, évitera ce qui se profile : un discrédit durable des idées qu’il est supposé défendre.

À la fin novembre, nombreux étaient ceux qui le souhaitaient. Pour son bien et pour celui de l’avenir de la droite. Pour ne pas, selon la formule d’un « zemmouriste » de la première heure qui ne croit pas au sursaut, qu’après la campagne Zemmour, « tout soit à reconstruire sur un champ de cendres ».

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest