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Le scandale des parrainages

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Publié le

11 mars 2022

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Alors qu’il n’a jamais été aussi manifeste que le système dit des parrainages est un scandale, un livre revient sur le glissement antidémocratique de l’élection présidentielle amorcé en 1976.
Zemmour

À quelques jours de la date limite d’envoi des parrainages pour l’élection présidentielle française, fixée au vendredi 4 mars, il était encore impossible de savoir si deux des principaux candidats à la magistrature suprême, Marine Le Pen et Éric Zemmour, seraient en mesure d’obtenir le précieux sésame. Celui-ci était pourtant conçu à l’origine, en 1958, par le général de Gaulle et ses équipes comme un simple moyen d’échapper aux candidatures fantaisistes (et pas aux petits candidats dont Marcel Barbu devient l’archétype en 1965). 

Les notables locaux, de plus en plus frileux pour accorder leur parrainage, perturbent donc le jeu démocratique

Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois, professeurs de droit public et membres de la Fondation du Pont-Neuf, viennent de publier l’étude la plus complète jamais parue sur le sujet. L’évolution de la question est connue dans ses grandes lignes : de cinquante parrainages d’élus en 1958 dans le cadre d’un scrutin réservé aux grands électeurs, on passe à cent à l’occasion du référendum de 1962 permettant l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Une loi organique, inspirée par les idées libérales de Valéry Giscard d’Estaing, instaure en 1976 l’essentiel du dispositif pré-électoral actuel : cinq cents parrainages d’élus issus d’au moins trente départements, les noms étant désormais rendus publics (la publicité intégrale ne devenant gravée dans le marbre que depuis 2016). 

Comment analyser politiquement cette évolution progressive de la législation ? « Il s’agit bien d’un amoindrissement » de la souveraineté du peuple, estiment Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois, qui parlent aussi à ce sujet de « recul démocratique » ou encore « d’un glissement progressif du suffrage universel vers le suffrage restreint ». Les notables locaux, de plus en plus frileux pour accorder leur parrainage, perturbent donc le jeu démocratique. Quitte à prendre le risque de s’opposer aux élans populaires et aux aspirations de candidats décrétés infréquentables par la bien-pensance et les médias officiels ? Nous en sommes effectivement là, ou presque. 

Lire aussi : Faut-il réformer le système des parrainages ?

Alors, que faire pour mettre fin à cette atteinte à l’esprit de la constitution de 1958 qui entendait refonder une légitimité basée sur des liens directs entre les citoyens et le chef de l’État? Les auteurs du livre présentent les pistes de réformes déjà explorées. S’écartant des fausses routes, ils agréent au possible retour à la situation prévue en 1962 : cent parrainages et/ou l’anonymat de ceux-ci, mais, selon eux, la réforme la plus efficace et probablement la plus démocratique serait la suivante : remplacer le parrainage des élus par un parrainage des électeurs. Un seuil de 150 000 parrains pourrait faire l’objet d’un consensus. Les préfectures se chargeraient de recueillir les envois de formulaires. L’idée n’est pas neuve puisqu’elle était déjà agitée par le gaulliste Alexandre Sanguinetti en 1969 et par la commission Jospin de 2012. Une chose est certaine : il reviendra au vainqueur de l’élection présidentielle de cette année de se saisir de l’urgence d’une réforme de la réforme de 1976.


Les parrainages de Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois
La Nouvelle Librairie, 180 p., 15,50 €

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