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Le souverainement moche

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Publié le

1 octobre 2021

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« Un pouvoir ne se maintient plus quand il a perdu sa vertu magique » – Bertrand de Jouvenel / « On mesure la misère d’un peuple à ses fêtes » – Octavio Paz / « Ce qui apparaît comme naturel ne le prenez pas pour naturel » – Brecht
nuit

Que faire dans ce nouveau monde qui ressemble à la RDA ? Les intensités qui étaient faibles se réduisent encore plus. C’est l’été pourtant. L’infini ressemble au kitsch. L’Apérol de plus en plus démodé est une sorte d’essai sur la géographie des plantes.

On végète entre incivisme et déchèterie à ciel ouvert. La nuit est à tout le monde et il ne s’y passe plus rien. On préfère aller voir les photos de vieilles fêtes berlinoises au Jeu de Paume (les photographies de Michael Schmidt sont les prémisses de celles de Tillmans, du punk populaire, ce que la France peine à faire).

Notre niveau de solidarité est au plus bas. Mais la compassion ne s’exige pas. L’angoisse du réel est étouffée dans la volupté sous le tapis. La peur naît d’une conception fausse de l’existence. C’est Foucault qui disait qu’il fallait passer par le sexe pour avoir accès à son identité. Le sexe est devenu le passe sanitaire.

L’être serait toujours au-delà comme une théologie négative. Proche d’un chef-d’œuvre oscillant entre la norme et le caprice. Jouer le jeu absolument pour ne pas être hors-jeu. Penser, ça devait ressembler au classement et à la mise en ordre. À une juste sélection du regard.

Ou bien nous acceptons de vivre la dissolution comme une émancipation ou nous attendrons la reconstruction d’une civilisation avec un chef charismatique

Le but et le mouvement avaient trop de sens ; la modernité n’a fait qu’aggraver les infirmités. Tout a perdu sa transcendance. Sauvagerie libérale du struggle for life post darwiniste. La quantification remplace la réflexion. Plan Q ou contrat de mariage, même chose on pactise. C’est la fête de l’être suprême. Le ciel étoilé est sans Dieu. Le mensonge a ses petits profits. Luther a dit que c’était la loi qui faisait le péché [en fait, c’est saint Paul, Ndlr].

Le monde fait semblant. Il est temps de refuser l’engagement et de s’abstraire de tout. Il n’y a plus ni fondements, ni métaphysique. Pas de ressentiment, pas de vengeance : nous sommes tous responsables. La décadence est somptueuse. Ou bien nous acceptons de vivre la dissolution comme une émancipation ou nous attendrons la reconstruction d’une civilisation avec un chef charismatique. On se fera toujours rattraper par l’esthétique qu’on croit combattre. En 787, le concile de Nicée II autorise les images et leur vénération. La technologie nous a mis à disposition des choses qui ne sont devenus nécessaires que par habitude. La vraie valeur (des choses) est devenue incompréhensible. La banque est la voie du silence. On a dilapidé son fric et son cerveau. On a tué le père avec Freud et le Christ avec tout le monde. Le Credo est libéral. On publicise à outrance sa vie privée. L’enfant est vu comme une expression bête de l’épanouissement individuel. L’angélisme est un piège du démon. L’éthique est réduite au clinique.

L’inscription dans le réel se fait par des liens et des médiations. La vertu réside dans l’effort de synthèse. La confiance peut parfois faire des miracles si l’on oublie la prétention ex nihilo d’un moi-je. Et nous chrétiens disposons du modèle le plus sublime.

Lire aussi : Introduction à la philosophie politique

La nécessité d’un creux, de tout ce qui échappe à la domestication s’exprime, mais pas suffisamment. Tout implose et rien n’explose. Aujourd’hui, plus qu’hier, il faut qu’il y ait des mots pour qu’il y ait des choses. Il est temps de porter nos t-shirts « Vegan, trans-noir et pas vacciné » Même si nous n’avons plus ni l’énergie ni la capacité de lutte. Ou juste assez pour faire de la déchéance un style.

L’homme nouveau est mieux éduqué aux nuances qu’aux faux combats. Doux et affadi, il ne peut qu’anticiper le rien. L’agressivité est demi-sel. On vit comme si le jeu en valait la chandelle. Mais ma chandelle est morte et je n’ai plus de feu.

Les désagréments ont remplacé les plaisirs. On ne peut plus que courir après la perte. Nous n’aurons que le lot de consolation. Une vision claire demandera de la distance et du temps ; si bien qu’on finit souvent par comprendre trop tard. On verra qui vous êtes, poussés par le sens moral et les événements. Ce n’est pas nous qui changerons le monde, mais le monde ne nous changera pas. L’or est à nouveau au fond du Rhin.

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