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Les critiques littéraires de juin 2/2

Les critiques littéraires du mois de juin par Bernard Quiriny, Romaric Sangars, Anne-Sophie Yoo, Bernard Quiriny et Jérôme Malbert. Partie 2/2.

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© Louis Lecomte pour L’Incorrect

SUPERBEMENT DÉSINVOLTE

Le complexe de l'argent de Franziska zu Reventlow, Allia, 124 p., 9,50 €

Rejeton d’une dynastie prussienne, fille de haut fonctionnaire, élevée en aristocrate, la comtesse Franziska zu Reventlow (1871-1918) a rompu avec sa famille à l’âge de vingt ans pour travailler (quelle idée) et fréquenter des artistes. Vers 1900, elle mène la vie de bohème à Munich auprès des peintres, écrivains et philosophes ; elle conspue les valeurs bourgeoises et militaristes, et vit d’expédients – petits boulots, presse, traductions (elle germanise Marcel Prévost, Maupassant, Anatole France). Elle tirera de tout cela des récits autobiographiques, dont le célèbre Herrn Dames Aufzeichnungen. Le complexe de l’argent, que reprend Allia après une première édition en 1992, est un étrange et charmant roman épistolaire inspiré du problème de sa vie, les phynances. Dans un sanatorium sont hébergés des patients atteints du « complexe de l’argent », pathologie caractérisée par un rapport déviant à l’argent. Parmi eux, la narratrice, comtesse sans le sou, s’épanche dans des lettres. Elle n’a pas l’impression d’être malade, même si la question financière la taraude : « J’en suis réellement arrivée au stade de le personnifier (l’argent). Je le considère comme un être à part entière avec lequel j’entretiens des relations privilégiées, et ces relations sont tourmentées. » Quoi qu’il en soit, la vie de sana lui plaît, et elle veut plaire à son médecin, émule de Freud... Critique de la psychanalyse toute neuve et comédie de mœurs sur l’inépuisable thème du solde positif et de l’héritage attendu, cet amusant roman – calqué sur les mésaventures de l’auteur, qui fit en 1911 un mariage blanc pour capter un héritage qui n’arrivera jamais ! – vaut pour son humour distingué (dès la dédicace : « à mes créanciers »), sa légèreté foutraque, sa galerie de personnages et l’élégance désinvolte de phrases comme celle-ci : « Le titre de prince russe sonne bien, il évoque tantôt l’argent, tantôt les spleens ». Bernard Quiriny

PARI RÉUSSI

Fièvre de cheval de Sylvain Chantal, le Dilettante, 160 p., 15 €

Anatole, quadragénaire usé par les échecs sentimentaux et un métier qui l’ennuie se prend de passion pour le PMU, au point de développer une violente assuétude mais également une méthode de pari aux résultats probants. Cela étant, de mauvaises fréquentations contractées aux comptoirs en irrésistibles opportunités, la dérive s’aggrave avec l’excitation du jeu, l’obsession, les euphories et les revers. Notre confident fuit un matin la pègre pour une station balnéaire, contrôlant de moins en moins sa vie à mesure qu’il affûte ses plans. Avec ce monologue rythmé, alerte, cocasse, Sylvain Chantal nous offre une plongée dans cet univers à la fois banal, un rien sordide, et surprenant des turfistes, croque une dizaine de portraits originaux et touchants, de chômeurs, de retraités, de magouilleurs, d’esseulés divers, et parvient à nous communiquer la démence du parieur de champs de courses en menant son roman à bride abattue. Un coup charmant, noir et burlesque. Romaric Sangars [...]

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