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Les critiques littéraires de mars 2/2

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Publié le

31 mars 2021

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Les critiques littéraires du mois de mars par Bernard Quiriny, Jacques de Guillebon, Romaric Sangars et Alain Leroy. Partie 2/2.

PERCUTANT

Muscle d’Alan Trotter, Denoël, 304 p. — 22 €

Hommage aux genres de l’ombre de la première moitié du XXe siècle, Muscle est un roman noir chargé d’images inventives, se jouant des codes d’une manière audacieuse. Au détour de ce que l’on devine  être les années 1930, dans une ville américaine ravagée par la pègre, deux gars s’associent pour devenir partenaires de crime : recouvrements de dettes avec cassages de mains à la clé. Si le narrateur est une impressionnante masse de muscles en errance, son acolyte est essentiellement animé par la violence. Entre deux missions sanglantes, l’ennui règne, sévère, absurde, aussi joue-t on aux cartes avec la faune interlope du coin après un tour de manège. C’est là que le narrateur découvre les écrits « pulp » d’un futur client. Ces nouvelles vont finir par le hanter, au point que les histoires de paradoxes temporels et autres perspectives dickiennes viendront bouleverser la trame principale. Armé d’un humour austère et d’un verbe précis, l’écossais Alan Trotter signe un premier roman percutant.  Alain Leroy

MÉTAROMAN

Apôtres d’opérette de Maximilien Friche, Sans Escale, 244 p. — 13 €

Notre collaborateur Maximilien Friche, rédacteur en chef du site « Mauvaise Nouvelle », se met en scène lui-même, son entreprise littéraire et ses collaborateurs dans ce roman fiévreux qui corrige sa grandiloquence par son dispositif. On y voit l’auteur, employé chez EDF, discuter avec sa femme de son choix de pseudonyme et lancer son site comme une conspiration littéraire radicale. Sabotage d’oeuvres d’art contemporain, attaques du consumérisme, la bande organisée va dériver jusqu’à l’attentat suicide, histoire de troubler la fête actuelle et rappeler à l’espèce qu’elle est mortelle. Le livre alterne entre l’urgence déclenchée par le passage à l’acte terroriste et le récit du récit, Friche délirant à découvert dans un processus  qu’autofictionnel. Dérisoire ou révolutionnaire, c’est dans cette ambiguïté du statut de la parole que l’auteur dérive. Roboratif. Romaric Sangars

HÔTEL PARTICULIER

Un Mauvais Maître de Frédéric Rouvillois, La Nouvelle Librairie, 280 p. — 16,90 €

Le professeur François Desnard, grand ponte du droit, très en vue dans la bourgeoisie du faubourg, est retrouvé assassiné au petit matin dans un square du IXe arrondissement, une édition de Montaigne « in octavo fin XVIe dans une reliure en maroquin noir d’époque » glissée dans la poche, et un XXI  gravé au stylet sur le front. Il n’en faut pas plus pour que le célèbre commissaire Lohmann et son fidèle bras droit, la capitaine Morin, s’emparent de l’affaire, qui les conduira des salons de l’aristocratie vénale jusqu’à ses arrière-cuisines dégénérées et adultères. Le camarade Frédéric Rouvillois, lui-même professeur de droit comme chacun sait, révèle dans cette enquête policière un de ses innombrables talents, celui de conteur. Son habituel art de l’ironique politesse s’exprime à merveille ici, parmi les ombres du complot de la haute société dont le vernis craquèle, révélant de très humaines turpitudes. Ce Mauvais Maître se déguste comme un excellent whisky ou un bon cigare, en attendant que l’hiver passe. Jacques de Guillebon

ÉTRANGE PORTRAIT

Promenades avec Robert Walser de Carl Seelig, Zoé, 220 p. — 21 €

Traduit en 1989 par Bernard Kreiss chez Rivages, retraduit aujourd’hui par Marion Graf, Promenades avec Robert Walser, de Carl Seelig, est un  témoignage précieux, et pour ainsi dire unique, sur les vingt-trois ans qu’a passés l’écrivain suisse dans son asile de Herisau. Année après année, Seelig l’a accompagné en randonnée dans les villages alentour, recueillant ses confessions, ses sentences, sondant son humeur et son état de santé. Walser parle de ses débuts, de ses romans, de l’époque, de ses lectures. Seelig rend compte et condense la conversation de son compagnon de marche en aphorismes, éclats bougons, méditations plus ou moins pénétrables. C’est un portrait étrange et saisissant du poète, où l’on se demande quelle est la part du vrai Walser et celle du Walser qu’a voulu sculpter Seelig, lequel a parfois poussé ses efforts pour rendre justice au talent de son ami jusqu’à l’identification pure, ainsi que le symbolise la signature de Walser reproduite en fin de texte, à la place de la sienne. Bernard Quiriny

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