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L’hérésie populiste (3/4) : une version gauchiste du populisme

Pour dépasser le modèle traditionnel du marxisme en l'adaptant au monde né de la mondialisation, le populisme de gauche entend substituer un « peuple » largement mythifié au vieux prolétariat. Troisième article d’une série de quatre, paru sur le site espagnol El Manifiesto et traduit par Patrick de Pontonx.

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Christopher Lasch était un homme qui venait de la gauche américaine. En dépit de son propre itinéraire, il n'a pas envisagé d'alternative à cette situation pouvant venir de la gauche ; il est revenu au populisme d'il y a un siècle. Pourquoi ? Précisément parce qu'il venait de la gauche. Il savait que celle-ci, dans la dernière ligne droite du XXe siècle, n'était plus capable d'offrir une véritable alternative. En effet, la gauche occidentale a cessé d'être une puissance transformatrice ou, du moins, a cessé de l'être en termes de « peuple ». Récapitulons : les politiques de développement économique et social de la période d’après-guerre ont eu le mérite de créer une situation nouvelle dans laquelle les déshérités du capitalisme sont finalement entrés dans le système. Ce fut un processus pratiquement simultané dans toute l'Europe, sous des politiques à la fois chrétiennes-démocrates et sociales-démocrates ou autoritaires (en Espagne, ce fut l’époque du développementalisme de Franco). De là est née une classe moyenne très étendue qui a décrété l'extinction de la guerre des classes et neutralisé toute possibilité de révolution parce que, tout simplement, personne n'en voulait. Le prolétariat avait cessé d'exister en Occident. Sans prolétariat à racheter, la gauche est demeurée littéralement suspendue dans le vide.

À partir de ce moment-là, la nouvelle gauche des années 1960 et 1970 s’est mise à la recherche d'une nouvelle opposition dialectique à laquelle s'accrocher : les jeunes contre les vieux, les femmes contre les hommes, les noirs contre les blancs, les colonies contre leur métropole (les « damnés de la terre » de Franz Fanon), les homosexuels contre les hétéros, etc. La lutte pour l'émancipation du prolétariat s'est déplacée vers d'autres continents, vers d'autres « collectifs » en quête d'émancipation. Une grande partie de « l'idéologie du genre » qui est maintenant imposée en Occident avec la bénédiction officielle des pouvoirs publics vient précisément de là. À tous points de vue, personne ne peut douter que cette gauche postmoderne ait triomphé : son discours a été pleinement accepté par le système au point de devenir une référence incontournable de toute « correction politique ». Cependant, le coût de cette évolution a été brutal en termes politiques et idéologiques. En effet, non seulement ces nouvelles positions dialectiques ne nuisent pas au système de production, mais elles le renforcent, dans la mesure où elles brisent toute solidarité de classe et accentuent cette mentalité de consommation individualiste qui alimente la machine du capitalisme. Ainsi, la gauche radicale a fini par devenir une masse de manœuvre du système.

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